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16/08/2008

Décembre 44. Janvier 45- Les Ardennes:

Texte de Pierre-Jules RENOUX

Le 67 est reconstitué, je suis avec mon frère et les copains du maquis à la 2ème compagnie du bataillon VI/II qui est dirigé par le capitaine Lepape. Mon père qui vient d’avoir 47 ans, commande la compagnie. Malgré ce “maternage” qui me vaudra quelques quolibets compréhensibles, cela ne se passera pas trop mal.

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Pierre, Maurice et Claude RENOUX à la 2ème compagnie du 67ème Régiment d'Infanterie.
Après un bref séjour à Chauny dans les locaux du collège St Charles. Nous sommes embarqués en catastrophe en camion, direction les bords de la Meuse dans les environs de Sedan. Il fait un froid Sibérien et nous n’avons pas encore été équipé. On est le 23 décembre et c’est l’offensive des divisions blindées de Von Rundstedt. J’ai passé la nuit de Noël dans la neige grelottant dans une mauvaise capote d’aviateur, les autres ne sont pas mieux lotis que moi. Tous, nous brûlons d’en découdre et nous attendons de pied ferme les tanks nazis. Heureusement qu’ils ne sont pas arrivés jusqu’à nous car nous n‘aurions pas pesé lourd avec notre armement de fortune nous n‘avions aucune arme antichar!
A la compagnie, parmi l’encadrement, il y a des hommes plus mûrs que nous que je n’ai jamais oubliés le lieutenant Paraingault, un ancien du 67 RI, personnage jovial et débonnaire directement sorti des “gaietés de l’escadron” ; le lieutenant Nöel, glacial et silencieux, même le froid ne l’a jamais fait trembler; l’adjudant chef Bany, un colosse brave et ferme comme un roc. Ils nous inspirent confiance. J’ai revu Barry en septembre dernier, il a 85 ans et est toujours droit comme un chêne.
Avant le nouvel an, le brouillard s’est enfin levé et l’U.S. Air Force a pu enfin sortir, stoppant net l’avance allemande. A la demande de Churchill, l’armée soviétique a repris l’initiative sur la Vistule. L’étreinte hitlérienne s’est desserrée.
Nous regagnons Sedan et sommes logés dans un pensionnat désaffecté. Il nous faut garder les ponts sur la Meuse pour préserver les parachutistes qui ont été lâchés sur la région. Comme il fait toujours très froid, les tours de garde durent deux heures le jour et la nuit.
Au retour d’une garde, un jeune soldat de 18 ans, originaire de Longpont, vide le magasin de son fusil dans la pièce où reposent plusieurs de ses camarades. Il croit en avoir fini et appuie sur la gâchette, c’est le drame deux morts, Blum et Thoulouse qui lui dormait de l’autre côté de la cloison. Si les présents de la chambre ne l’avaient pas maîtrisé, Boris, le jeune homme, se serait suicidé.
Comme je parle un peu anglais et allemand, les américains m’emmènent souvent en patrouille en Jeep avec eux. Nous pénétrons au Luxembourg, la canonnade a disparu et cela se passe sans incident notable.