Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

29/05/2008

LA MORT DE MON FRERE JEAN.

(Le Carnet de route, et les lettres de Jean RENOUX sont disponibles sur le blog "Lettres de Guerre" dont le lien se trouve dans la rubrique "Sites à visiter" dans la colonne à gauche)

J’eus encore l’occasion de revoir mon frère Jean à MARSEILLE, alors que je rejoignais à LODEVE le dépôt d’un régiment d’artillerie lourde ; j’avais été en effet changé d’Arme par la commission de réforme. J’y fus quelques jours seulement et dirigé vers le camps de SATHOLAS près de LYON, pour apprendre à conduire le matériel automobile, Pendant cette période, notre instruction fut suspendue ; Ces cours étaient spéciaux pour être nommé sous-officier. Un jour, nous fûmes alertés et embarqués en camion pour LYON, arrivés au premier pont, le chef de détachement ouvrit une enveloppe, où des instructions précises lui étaient données et à 7Hoo du matin, nous nous trouvions devant la Trésorerie Générale et le Directeur fut mis au courant des ordres venant du Gouverneur (Militaire) de la place.
Nous fûmes installés à différents endroits à l’intérieur et l’on nous fit répartir le matériel venu avec nous : outils divers, fil de fer barbelé, caisses de grenades, cartouches etc.. . On ne savait toujours pas ce que cela voulait dire. Dans la journée, nous avons appris que le gouvernement craignait une révolte dans LYON. Il fallait voir la tête des gens à l’ouverture de la Trésorerie, la porte n’était qu’entre ouverte et deux soldats en arme, baïonnette au canon étaient placés de chaque côté. Les employés posaient bien des questions, auxquelles nous ne pouvions pas répondre.

1228b00de36df12600c3d4173c02e05c.jpg

Maurice RENOUX
Cela dura quelques jours et nous retournâmes au camp. Ayant réussi l’examen de sortie de stage, je fus nommé Maréchal des Logis le 5 Août 1918 et versé au 271ème R.A.C.P, le 14 du même mois. Nous allâmes à la caserne de la PART-DIEU chercher des camions BERLIET neufs. Puis en deux ou trois étapes nous rejoignîmes la région de FONTAINEBLEAU à CHATEAU-LONDON. Après avoir été répartis dans les batteries, nous rejoignîmes le front à la fin du mois d’Août. A la première étape, nous fîmes halte près de CHATEAU-THIERRY à GRISOLLES où nous devions rester quelques jours.
f424da4aabb7f59db44a1edab83f1d8a.jpg Tombe de Jean RENOUX.
Comme je n’étais qu’à vingt-cinq kilomètres environ du cimetière où était enterré mon frère Jean, tué le 30 juin 1918, j’en causais à mon lieutenant, très gentil et compréhensif, il me dit “Je ne peux pas vous autoriser à vous absenter, mais partez, je m’arrangerai et, s’il y a lieu, je trouverai une explication”. Je pus ainsi faire l’aller et retour dans la journée, ayant vu la famille de VANDIERES qui entretenait la tombe. Je pus correspondre avec elle par la suite. Puis mes parents et mes frères vinrent en pèlerinage au moins tous les ans.
LA MARNE, LA CHAMPAGNE, LES ARDENNES.
Ayant complété notre instruction, nous fûmes installés en réserve, car notre régiment était un élément non endivisionné (E.N.E), tantôt renforçant l’artillerie divisionnaire dans un endroit, tantôt dans un autre (c’était un des premiers régiments entièrement motorisés). Ce fut d’abord l’attaque de FISINE dans la MARNE, où pour la première fois, mes camarades me firent tirer un coup de canon. Le personnel d’une batterie se composait d’artilleurs et de conducteurs, comme dans les régiments hippomobiles. Cela n’a rien d’extraordinaire, sauf que ces “coquins” de camarades ne m’avaient pas prévenu de la précaution élémentaire à prendre : regarder dans la direction du tir, je m’étais placé au contraire !!! Et mon oreille gauche reçut la déflagration et me fis rester sourd de cette oreille pendant quelques temps. Puis le 26 Septembre 1918, nous participâmes à l’offensive de la 4ème Armée du Général GOURAND, avec comme objectif initial pour le secteur la ferme de WACQUES, en CHAMPAGNE, au nord d’AUBERIVES. Puis rapidement ce furent les ARDENNES où j’appris que mon frère Émile était dans la région avec la Division de cuirassiers à pieds.

HOSPITALISATION DE MON FRERE EMILE, GAZE.

Dans les ARDENNES, j’appris que mon frère Émile était gravement “gazé”, donc atteint par “l’ypérite” et qu’il était à l’hôpital de BAR-le-DUC, j’eus l’occasion de traverser cette ville dans le courant Octobre 1918, alors que nous allions prendre position autour de METZ, pour une offensive devant avoir lieu le 12 Novembre. Cette offensive fût arrêtée en raison de l’Armistice du l1 Novembre 1918. Je pus m’arrêter en passant devant l’hôpital pour voir mon frère Émile. Je ne pouvais dissimuler mon émotion car j’avais de la peine à le reconnaître. Sa voix était rauque et à peine audible, ses yeux étaient rouges et injectés de sang, la peau du cou brunâtre. Je sus bien longtemps après que ma visite l’avait incité à demander une glace pour voir ce qui avait pu m’émouvoir. Il comprit la gravité de son état; fort heureusement pour lui, respectueux des conseils donnés, il n’avait pas mangé, sachant que dans cette nappe de gaz, les aliments devenaient particulièrement nocifs.
Cette guerre était terminée, mais notre régiment fut envoyé en ALLEMAGNE jusqu’au mois de Juin 1919. Notre régiment fut dissout pour reconstituer le 53ème RACP à CLERMONT-FERRAND. J’étais favorisé par le hasard, malgré les blessures qui laissèrent des séquelles impressionnantes. A CLERMONT-FERRAND, j’étais heureux car je pouvais voir mes parents tous les jours. Je fus démobilisé le 13 Septembre 1919, au fort de CHARENTON près de PARIS, où j ‘avais été transféré en raison de mon ancien domicile.