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16/08/2008

L’affaire de St Jean des Vignes.

Texte de Pierre-Jules RENOUX

Nous sommes rassemblés dans la cour de la caserne, des coups de feu ont-ils vraiment éclaté ? Nous sommes une dizaine à nous précipiter vers l’église qui fait face à l’entrée de la caserne. Des américains à coups de hache fracturent la porte de la tour de gauche. Je monte avec eux par l’escalier en colimaçon, étaient-ils plus poussifs que moi ou moins décidés, bref, je me retrouve en tête et débouche le premier sur la plate forme. Par la tour de droite, des F.T.P. sont montés aussi, il y a mon frère Claude. Nous continuons dans le second escalier, eux par la droite, moi par la gauche. Après 20 ou 30 marches, il y a solution de continuité. Il y a bien une niche à 2 ou 3m, mais il faudrait une échelle. Y avait-il quelqu’un dans la niche ? On ne l’a jamais su. Quelques jours plus tard, le bruit a couru que des drapeaux blancs avaient été agités et que 3 allemands se seraient rendus. Cela n’a jamais été confirmé. Personnellement, je ne le crois pas.

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Un accident stupide:

Nous nous préparons pour le défilé de la Libération. Macadré est à mes côtés. On s’exerce au maniement d’armes, après avoir présenté l’arme, il la repose trop rapidement sur le sol, il n’a pas mis le cran de sécurité et avec la force d’inertie, le percuteur recule et en revenant engage une cartouche qui claque comme un coup de fouet: Macadré s’effondre, la balle est entrée par le foie et est ressortie par l’épaule gauche. Il meurt quelques instants plus tard. Quelle tristesse et quel gâchis ! Il a échappé à la mort au bois des Châssis et pourtant, il n’assistera pas aux Fêtes de la Libération pour laquelle il a tant luné. Ses obsèques auront lieu à la cathédrale de Soissons, en même temps que celles des autres victimes de cette semaine de combats. Ces mitraillettes STEN étaient une calamité!

Septembre 44:

Explosion populaire, après 5 ans de silence, les organisations politiques et syndicales apparaissent au grand jour. Tout parait possible à certain d’entre nous. Je me souviens d’un responsable de la jeunesse communiste. Il a notre âge, mais se prend très au sérieux. Il est de Billy sur Aisne ; deux de ses copains, les frères Flegny ont été fusillés le 16 août dans la cour de la caserne Gouraud. Veste de cuir gris, ceinturon, baudrier, pistolet au côté ; il porte également une casquette Lénine, il a tout du commissaire politique, on l’a surnommé Bela Kum. Il propose la constitution d’un conseil de soldats à la caserne. Nous, on est d’accord. Ça n’a pas tramé ! Un gars descend de Paris dans les 24 heures. C’est le colonel Baudouin, nom de guerre de René Camphin, membre de l’état major national des F.T.P. En 1942, deux de ces frères ont été fusillés à la Citadelle d’Arras. Il a fait convoquer les responsables pour leur dire qu’ils se trompaient d’époque et de pays. La France n’était que partiellement libérée. Il fallait s’unir, se battre pour la libération totale du pays, le rétablissement de la République et pour L’application du programme du C.N.R- ni plus, ni moins. Le conseil de soldats était mort avant d’avoir vécu. Comme nous ne demandons qu’à nous éduquer politiquement, nous avons bien reçu le message. Dans le bouillonnement général il y a forcément de l’écume. Une poignée de F.T.P. a agi pour son propre compte dans une ferme de la région. Pour échapper à d’éventuelles poursuites, ils ont profité du passage de la colonne Fabien pour partir avec elle en Lorraine. Je crois me souvenir qu’ils ont été arrêtés, jugés et condamnés à quelques mois de prison ferme.
Nous sommes affectés à diverses missions de ratissage des bois entre Vic sur Aisne et Attichy, à la recherche d’éventuels traînards de la Wehrmacht, à la garde d’un important dépôt de munitions à Vivières en forêt de Villers Cotterêts. En octobre, il y a une session spéciale du bac. J’ai la permission de m’inscrire. Il n’y a pas d’oral, je suis reçu avec mention AB. Ce bac 1ère partie mettra un point final à mes études interrompues en 42.