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29/05/2008

Évacuations des blessés

Enfin, nous fûmes placés dans des wagons spéciaux, et ceux qui étaient de la Région Parisienne furent assemblés dans les mêmes wagons. Dans la journée, nous arrivâmes dans une gare et chargés dans des ambulances pour être conduits (pour mon cas), à l’Hôpital Militaire BEGIN à VINCENNES. Je pus donc prévenir mes parents et amis. Quelques jours après, le médecin chef me fit enlever les deux drains que j’avais dans l’épaule, ce qui paraissait indiquer une amélioration.
Peu de temps après, ayant appris que je pouvais demander mon transport dans un autre hôpital, je fis ma demande pour aller à l’hôpital auxiliaire situé à l’Hôtel LUTECIA, près du magasin du “Bon Marché” (où mon père était revenu travailler en 1915). Parmi les infirmières se trouvait la femme d’un cousin germain à mon père, Jeanne DUVAL1 dont le mari était pépiniériste à LIEU-SAINT (SEINE & MARNE). I1 était mobilisé dans un service d’intendance. Ils avaient un fils Henri qui pouvait avoir 16 ou 17 ans à l’époque.
Je fus transféré donc à cet hôpital et fus examiné par le chirurgien. Il me palpa sous l’aisselle gauche et demanda à mon infirmière (d’origine anglaise) une sonde cannelée, sans me prévenir, il enfonça cette sonde dans la cicatrice refermée et aussitôt le pus s’en échappa. Le Docteur dit à Madame ROUSSEAU, mon infirmière : ”C’est bien ce que je pensais, il va falloir enfoncer des mèches le plus profondément possible pour que le pus s’écoule normalement et que la plaie ne se referme pas trop vite”. Ce qui fût fait ; Cela me faisait tellement souffrir que je m’évanouissais chaque fois qu’on tirait la mèche. Le 10 Février 1917 le chirurgien décida de me faire un curetage pour enlever les parties pourries de l’os. Je paraissais aller mieux ; mais en Avril le Docteur décida de m’envoyer à l’Hôtel Dieu pour un examen radiologique. J’appris ainsi qu’ils restaient de nombreuses esquilles. Je fus donc opéré le 11 avril. Je me sentis de nouveau mieux, à tel point que le Docteur décida de m’envoyer dans un hôpital en convalescence à CHARENTON.
Un jour, je sentis au toucher que j’avais un corps étranger à fleur de peau sur la clavicule, je le sentais et pouvais même le saisir avec mes doigts. J’en fis part au Docteur qui me renvoya à LUTECIA, où le chirurgien m’enleva un éclat d’obus (gros comme ce dessin à_peu_près).
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Cette blessure est pour le moins curieuse, à l’origine, le Médecin du poste de secours a marqué sur sa fiche “Plaie transfixante par balle, comportant une entrée près de la tête humérale gauche et une sortie sur l’épine de l’omoplate gauche”. Il n’y avait qu’une entrée, c’était donc un éclat d’obus qui avait été retiré et non une balle.
Par la suite, au cours de ma carrière administrative, nous étions soumis à des examens des poumons par radiographie et souvent les médecins me disaient. “Mais vous avez encore des petits éclats qui se trouvent dans la région de la cicatrice”. Deux médecins me firent la même remarque à cinquante ans d’intervalle, la première fois quand je suis entré en 1921 à la “SOCIETE GENERALE” par le médecin qui passait la visite médicale des nouveaux employés, la seconde fois par le médecin (femme) en 1972. Tous les deux s’étaient écrié “Vous ne devriez pas être vivant, en tenant compte du point d’entrée et du point de sortie de l’éclat, sur son trajet passent trois artères et les nerfs du bras ! Or, si les artères avaient été touchées, c’était la mort par hémorragie en quelques minutes, si ça avait été les nerfs vous ne pourriez plus remuer le bras, dans quelle position étiez vous lorsque vous avez été blessé ?”.
J’ai du expliquer que mon bras gauche était appuyé sur la paroi du trou d’obus, qu’en outre mon buste était penché en avant.
“Oui en effet “ dirent les deux médecins, dans cette position l’on peut se rendre compte que vos muscles avaient laissé un passage, déplaçant nerfs et artères”. Les faits sont là : ”J’ai eu une sacrée veine, c’est tout”. Pour en revenir en 1917, je fus transféré à L’hôpital secondaire rue d’ALESIA, dans le 13ème arrondissement, c’était un entrepôt des cafés “AUX PLANTEURS DE CAIFA”, c’était moins luxueux que l’Hôtel LUTECIA, mais je pouvais sortir librement, sauf en cas de pansement.