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29/05/2008

L’ATTAQUE DU 5 NOVEMBRE 1916.

(Au début de ce récit, Maurice évoque le report de cinq heures de l’offensive. C’est ce contre ordre qui provoquera le désastre, 3OOO hommes de la sixième brigade alpine sur 6000 vont périr, parce que l’artillerie, non informée de ce report pilonnera les lignes allemandes à l’heure initialement prévue, cessant le tir cinq heures trop tôt, permettant ainsi à l’ennemi de replacer ses nids de mitrailleuses et à son artillerie de régler ses tirs).

Au cours de la nuit, un contre ordre arriva, reportant l’attaque à 11H3O. Nous attendîmes sous l’avalanche qui déferlait sur nos têtes ; je revois la terre voler de tous les cotés et j ‘avais l’impression que nous serions cloués sur place dès que nous sortirions des tranchées. J’étais au coté du lieutenant et à 11H10 il me cria : ”pousse-moi au cul que je sorte”, ce que je fis. Je n’avais personne, moi, pour m’aider et je pris ainsi un retard d’une vingtaine de mètres. Je fus tout étonné d’être vivant et je courus droit devant moi, si bien que je fus arrêté par un tronçon de réseau “Brun”, sorte de boudin en fil de fer d’un mètre de diamètre que l’on déroule très rapidement devant une tranchée ; je ne cherchais même pas s’il y avait une brèche à proximité, je me couchais dessus et l’ayant écrasé, je pus me dégager et continuer à courir, je vis bien des cadavres, mais j’étais tellement crispé que je ne regardais que devant moi.. J’aperçus, tout à coup, un énorme trou d’obus contenant une bonne partie de ma section (dont mon escouade à peu près au complet). Ils étaient en train de creuser la paroi du trou pour se protéger, en attendant peut-être mieux ( ?). Mon premier mouvement fut de me placer en position de tir, mais les gars me tirèrent pour que je sois aussi à l’abri. Ils paraissaient stupéfaits de la défense allemande. Un caporal de notre section spéciale répétait continuellement “Pour un bec de gaz, c’est un bec de gaz”. Cela dura des heures, je vis soudains deux sergents se lever et sortir du trou dans la direction des “boches” Qu’avaient-ils vu ? Je m’approchais du bord, je passais le buste : je ne vis rien ! Je recevais un choc formidable à l’épaule gauche (comme un coup de masse). Je croyais avoir le bras arraché et instinctivement ma main droite se porta sur mon bras gauche qui était toujours en place. Je m’attendais à m’évanouir me connaissant très sujet à cela, mais non. Je ne pensais qu’à me libérer de mon harnachement dont je n’avais plus besoin et les copains me crièrent “Fous le camps car on ne pourra pas t’amener, tu n’as qu’a sauter de trou en trou pour te protéger”.
C’est ce que je fis et j’arrivais ainsi à une tranchée, je m’y laissais choir ! Mon lieutenant était justement à proximité et me demanda à quel endroit j’avais été touché. Il me dit que le poste de secours n’était pas très loin dans le boyau, j’avais à peine fait une cinquantaine de mètres dans le boyau que deux mitrailleurs du 6ème B.C.A, sortant d’un abri, me proposèrent de faire mon pansement. Après avoir découpé la manche de ma capote, ils me mirent le torse à nu et tentèrent de me faire un pansement avec le paquet individuel, mais cela ne tenait pas et je me remis à marcher dans la direction du poste de secours. J’entendis alors des brancardiers crier : “Tous les blessés qui peuvent marcher ont intérêt de descendre au poste de secours, ils gagnent du temps, car nous ne sommes pas assez nombreux”. C’est ce que je fis, je m’arrêtais souvent pour reprendre des forces qui commençaient à m’abandonner. Ce boyau me paraissait long ! J’étais obligé de piétiner les morts. Mon moral n’était pas brillant. Un détachement me croisa et j’implorais les gars pour qu’ils me conduisent au poste de secours, ils me répondirent qu’ils allaient en ligne creuser des parallèles de départ et qu’ils ne pouvaient pas.
Quand le dernier passa, je m’accrochais désespérément à son équipement en lui demandant de me conduire au poste de secours. Il me dit “attends-moi là, je vais prévenir les brancardiers, le poste est tout près”. Il repassa peu après suivi des brancardiers qui m’emmenèrent et me firent descendre dans la cave servant de poste de secours. Le Docteur me fit une injection antitétanique et me fit un pansement normal. En remplissant ma fiche d’évacuation et voyant mon écusson : 27, il s’écriât “Mais pourquoi es-tu venu te faire soigner ici, c’est le poste du 28ème B.C.A “. Je lui dis que je m’étais trompé mais que du fait qu’il soignait les prisonniers allemands, il pouvait bien en faire autant pour moi.
Un peu plus tard je fus emmené par quatre brancardiers au poste de secours de la brigade. Une fois sorties du boyau, ils marchèrent à découvert, ce qui était éprouvant pour moi. Enfin ! , Ils arrivèrent et me déposèrent sous une grande tente, où un infirmier vint me voir pour examiner ma fiche et mon pansement, il me dit “Ta blessure est très grave, il ne faudra pas remuer, ni chercher à boire, si tu le veux, je vais écrire à tes parents, dicte-moi l’adresse”. Il me relut et fit partir la lettre, qui est bien arrivée et que j’ai classé avec toute la correspondance de cette période (correspondance que Pierre 1 conserve). Enfin une auto ambulance arriva et mon brancard fut glissé après d’autres brancards et nous partîmes par une route défoncée et cahotante pour arriver enfin à l’hôpital d’évacuation, situé près de la ligne de chemin de fer. Je dormis un bon moment en attendant d’être transporté à la salle d’opération où les infirmiers m’installèrent sur la table en disant : “Le chirurgien va venir, ne remues pas”. Cette recommandation était superflue, j’étais tellement épuisé, tant par ma blessure que par la fatigue, que je me suis retrouvé vers dix heures du matin dans un grand baraquement contenant une centaine de lits. Un peu plus tard, le Major vint voir les opérés. Il me demanda quelques renseignements et me dit que je partirai avec le premier train sanitaire.
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1ed8521e4528eef456c896e8b0f0bcdc.jpg Ci contre la fiche d'évacuation de Maurice RENOUX
La nuit arriva et, avec elle, les avions de bombardement attirés par cette immense gare de triage où se trouvaient également des trains de munitions ; toute la nuit ce fut un fracas épouvantable, causé par la DCA, par les bombes et surtout par le crépitement ininterrompu des munitions des trains touchés par les bombes. Pensez à ce que pouvait être notre moral ? Après avoir échappés à la mort, heureux d’être encore vivants mais craignant qu’au moment de partir notre train ne soit touché et nous avec

Évacuations des blessés

Enfin, nous fûmes placés dans des wagons spéciaux, et ceux qui étaient de la Région Parisienne furent assemblés dans les mêmes wagons. Dans la journée, nous arrivâmes dans une gare et chargés dans des ambulances pour être conduits (pour mon cas), à l’Hôpital Militaire BEGIN à VINCENNES. Je pus donc prévenir mes parents et amis. Quelques jours après, le médecin chef me fit enlever les deux drains que j’avais dans l’épaule, ce qui paraissait indiquer une amélioration.
Peu de temps après, ayant appris que je pouvais demander mon transport dans un autre hôpital, je fis ma demande pour aller à l’hôpital auxiliaire situé à l’Hôtel LUTECIA, près du magasin du “Bon Marché” (où mon père était revenu travailler en 1915). Parmi les infirmières se trouvait la femme d’un cousin germain à mon père, Jeanne DUVAL1 dont le mari était pépiniériste à LIEU-SAINT (SEINE & MARNE). I1 était mobilisé dans un service d’intendance. Ils avaient un fils Henri qui pouvait avoir 16 ou 17 ans à l’époque.
Je fus transféré donc à cet hôpital et fus examiné par le chirurgien. Il me palpa sous l’aisselle gauche et demanda à mon infirmière (d’origine anglaise) une sonde cannelée, sans me prévenir, il enfonça cette sonde dans la cicatrice refermée et aussitôt le pus s’en échappa. Le Docteur dit à Madame ROUSSEAU, mon infirmière : ”C’est bien ce que je pensais, il va falloir enfoncer des mèches le plus profondément possible pour que le pus s’écoule normalement et que la plaie ne se referme pas trop vite”. Ce qui fût fait ; Cela me faisait tellement souffrir que je m’évanouissais chaque fois qu’on tirait la mèche. Le 10 Février 1917 le chirurgien décida de me faire un curetage pour enlever les parties pourries de l’os. Je paraissais aller mieux ; mais en Avril le Docteur décida de m’envoyer à l’Hôtel Dieu pour un examen radiologique. J’appris ainsi qu’ils restaient de nombreuses esquilles. Je fus donc opéré le 11 avril. Je me sentis de nouveau mieux, à tel point que le Docteur décida de m’envoyer dans un hôpital en convalescence à CHARENTON.
Un jour, je sentis au toucher que j’avais un corps étranger à fleur de peau sur la clavicule, je le sentais et pouvais même le saisir avec mes doigts. J’en fis part au Docteur qui me renvoya à LUTECIA, où le chirurgien m’enleva un éclat d’obus (gros comme ce dessin à_peu_près).
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Cette blessure est pour le moins curieuse, à l’origine, le Médecin du poste de secours a marqué sur sa fiche “Plaie transfixante par balle, comportant une entrée près de la tête humérale gauche et une sortie sur l’épine de l’omoplate gauche”. Il n’y avait qu’une entrée, c’était donc un éclat d’obus qui avait été retiré et non une balle.
Par la suite, au cours de ma carrière administrative, nous étions soumis à des examens des poumons par radiographie et souvent les médecins me disaient. “Mais vous avez encore des petits éclats qui se trouvent dans la région de la cicatrice”. Deux médecins me firent la même remarque à cinquante ans d’intervalle, la première fois quand je suis entré en 1921 à la “SOCIETE GENERALE” par le médecin qui passait la visite médicale des nouveaux employés, la seconde fois par le médecin (femme) en 1972. Tous les deux s’étaient écrié “Vous ne devriez pas être vivant, en tenant compte du point d’entrée et du point de sortie de l’éclat, sur son trajet passent trois artères et les nerfs du bras ! Or, si les artères avaient été touchées, c’était la mort par hémorragie en quelques minutes, si ça avait été les nerfs vous ne pourriez plus remuer le bras, dans quelle position étiez vous lorsque vous avez été blessé ?”.
J’ai du expliquer que mon bras gauche était appuyé sur la paroi du trou d’obus, qu’en outre mon buste était penché en avant.
“Oui en effet “ dirent les deux médecins, dans cette position l’on peut se rendre compte que vos muscles avaient laissé un passage, déplaçant nerfs et artères”. Les faits sont là : ”J’ai eu une sacrée veine, c’est tout”. Pour en revenir en 1917, je fus transféré à L’hôpital secondaire rue d’ALESIA, dans le 13ème arrondissement, c’était un entrepôt des cafés “AUX PLANTEURS DE CAIFA”, c’était moins luxueux que l’Hôtel LUTECIA, mais je pouvais sortir librement, sauf en cas de pansement.

MA RENCONTRE AVEC UN GENERAL D’ARMEE

Un jour que j’étais allé, 7 rue RAMEAU, et que j’allais voir mon père au “Bon Marché”, en passant sur le pont du CARROUSEL, j’aperçois venant à ma rencontre, sur le même trottoir, un général. Dès que je fus à proximité, je lui fis un salut impeccable, en le regardant droit dans les yeux ! Il s’arrêta à ma hauteur et me dit : ”Petit, je vois que tu es du 27ème B.C.A, que tu es blessé et que tu as la Croix de Guerre, étais-tu avec moi dans les VOSGES ?”.
“Non, Mon général, je suis arrivé en renfort dans la SOMME, où j’ai été blessé le 5 Novembre 1916”.
“J’espère que tu vas mieux, mais si tu retournes à ton bataillon, tu souhaiteras le bonjour à tes camarades de la part du général de MAUDHUY, le père des chasseurs”.
Dans ce court laps de temps les passants s’étaient déjà groupés autour de nous, sympathiques. Le général me serra la main, et nous nous séparèrent. J’appris ensuite que le général de MAUDHUY fut plus tard nommé gouverneur de METZ.

LA MORT DE MON FRERE JEAN.

(Le Carnet de route, et les lettres de Jean RENOUX sont disponibles sur le blog "Lettres de Guerre" dont le lien se trouve dans la rubrique "Sites à visiter" dans la colonne à gauche)

J’eus encore l’occasion de revoir mon frère Jean à MARSEILLE, alors que je rejoignais à LODEVE le dépôt d’un régiment d’artillerie lourde ; j’avais été en effet changé d’Arme par la commission de réforme. J’y fus quelques jours seulement et dirigé vers le camps de SATHOLAS près de LYON, pour apprendre à conduire le matériel automobile, Pendant cette période, notre instruction fut suspendue ; Ces cours étaient spéciaux pour être nommé sous-officier. Un jour, nous fûmes alertés et embarqués en camion pour LYON, arrivés au premier pont, le chef de détachement ouvrit une enveloppe, où des instructions précises lui étaient données et à 7Hoo du matin, nous nous trouvions devant la Trésorerie Générale et le Directeur fut mis au courant des ordres venant du Gouverneur (Militaire) de la place.
Nous fûmes installés à différents endroits à l’intérieur et l’on nous fit répartir le matériel venu avec nous : outils divers, fil de fer barbelé, caisses de grenades, cartouches etc.. . On ne savait toujours pas ce que cela voulait dire. Dans la journée, nous avons appris que le gouvernement craignait une révolte dans LYON. Il fallait voir la tête des gens à l’ouverture de la Trésorerie, la porte n’était qu’entre ouverte et deux soldats en arme, baïonnette au canon étaient placés de chaque côté. Les employés posaient bien des questions, auxquelles nous ne pouvions pas répondre.

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Maurice RENOUX
Cela dura quelques jours et nous retournâmes au camp. Ayant réussi l’examen de sortie de stage, je fus nommé Maréchal des Logis le 5 Août 1918 et versé au 271ème R.A.C.P, le 14 du même mois. Nous allâmes à la caserne de la PART-DIEU chercher des camions BERLIET neufs. Puis en deux ou trois étapes nous rejoignîmes la région de FONTAINEBLEAU à CHATEAU-LONDON. Après avoir été répartis dans les batteries, nous rejoignîmes le front à la fin du mois d’Août. A la première étape, nous fîmes halte près de CHATEAU-THIERRY à GRISOLLES où nous devions rester quelques jours.
f424da4aabb7f59db44a1edab83f1d8a.jpg Tombe de Jean RENOUX.
Comme je n’étais qu’à vingt-cinq kilomètres environ du cimetière où était enterré mon frère Jean, tué le 30 juin 1918, j’en causais à mon lieutenant, très gentil et compréhensif, il me dit “Je ne peux pas vous autoriser à vous absenter, mais partez, je m’arrangerai et, s’il y a lieu, je trouverai une explication”. Je pus ainsi faire l’aller et retour dans la journée, ayant vu la famille de VANDIERES qui entretenait la tombe. Je pus correspondre avec elle par la suite. Puis mes parents et mes frères vinrent en pèlerinage au moins tous les ans.
LA MARNE, LA CHAMPAGNE, LES ARDENNES.
Ayant complété notre instruction, nous fûmes installés en réserve, car notre régiment était un élément non endivisionné (E.N.E), tantôt renforçant l’artillerie divisionnaire dans un endroit, tantôt dans un autre (c’était un des premiers régiments entièrement motorisés). Ce fut d’abord l’attaque de FISINE dans la MARNE, où pour la première fois, mes camarades me firent tirer un coup de canon. Le personnel d’une batterie se composait d’artilleurs et de conducteurs, comme dans les régiments hippomobiles. Cela n’a rien d’extraordinaire, sauf que ces “coquins” de camarades ne m’avaient pas prévenu de la précaution élémentaire à prendre : regarder dans la direction du tir, je m’étais placé au contraire !!! Et mon oreille gauche reçut la déflagration et me fis rester sourd de cette oreille pendant quelques temps. Puis le 26 Septembre 1918, nous participâmes à l’offensive de la 4ème Armée du Général GOURAND, avec comme objectif initial pour le secteur la ferme de WACQUES, en CHAMPAGNE, au nord d’AUBERIVES. Puis rapidement ce furent les ARDENNES où j’appris que mon frère Émile était dans la région avec la Division de cuirassiers à pieds.

HOSPITALISATION DE MON FRERE EMILE, GAZE.

Dans les ARDENNES, j’appris que mon frère Émile était gravement “gazé”, donc atteint par “l’ypérite” et qu’il était à l’hôpital de BAR-le-DUC, j’eus l’occasion de traverser cette ville dans le courant Octobre 1918, alors que nous allions prendre position autour de METZ, pour une offensive devant avoir lieu le 12 Novembre. Cette offensive fût arrêtée en raison de l’Armistice du l1 Novembre 1918. Je pus m’arrêter en passant devant l’hôpital pour voir mon frère Émile. Je ne pouvais dissimuler mon émotion car j’avais de la peine à le reconnaître. Sa voix était rauque et à peine audible, ses yeux étaient rouges et injectés de sang, la peau du cou brunâtre. Je sus bien longtemps après que ma visite l’avait incité à demander une glace pour voir ce qui avait pu m’émouvoir. Il comprit la gravité de son état; fort heureusement pour lui, respectueux des conseils donnés, il n’avait pas mangé, sachant que dans cette nappe de gaz, les aliments devenaient particulièrement nocifs.
Cette guerre était terminée, mais notre régiment fut envoyé en ALLEMAGNE jusqu’au mois de Juin 1919. Notre régiment fut dissout pour reconstituer le 53ème RACP à CLERMONT-FERRAND. J’étais favorisé par le hasard, malgré les blessures qui laissèrent des séquelles impressionnantes. A CLERMONT-FERRAND, j’étais heureux car je pouvais voir mes parents tous les jours. Je fus démobilisé le 13 Septembre 1919, au fort de CHARENTON près de PARIS, où j ‘avais été transféré en raison de mon ancien domicile.

MA RENCONTRE AVEC UN BARYTON D ‘ OPERA.

Pour en revenir à l’Hôpital de la Rue d’ALESIA, j’y fis la connaissance d’un baryton d’Opéra, CABUZAC, il était de TOULOUSE, et avait, comme beaucoup de ses compatriotes, une voix pour faire un chanteur. Sa voix était puissante et bien timbrée. Il connaissait bien la science du chant. Il était invité à donner une audition chez des particuliers. Il avait chanté à l’Opéra de MONTE-CARLO et le Directeur qui l’avait entendu, lui avait dit “Si votre jambe peut être arrangée, je vous ferai rentrer à l’opéra de PARIS”.
CABUZAC avait été blessé très gravement à une jambe. A cette époque les greffes d’os ne paraissaient pas être employées. Hélas, le pauvre gars avait un raccourcissement de la jambe de onze centimètres ; Or à l’opéra de PARIS, il lui aurait fallu jouer le répertoire, et certains rôles se jouaient en collants ! , Un appareillage n’était pas possible. Il ne devait plus tard, que donner des auditions à la Radio ou chez des particuliers. Quant à moi, ainsi que je l’ai déjà signalé, j’étais donc à l’hôpital. Rue d’ALESIA à PARIS dans le 13ème arrondissement, et j ‘avais la facilité de sortir comme je le voulais. C’était au cours de l’été 1917.

LA CONGESTION CEREBRALE DE MON PERE.

Donc, pendant l’été 1917, je passais tous mes Dimanches avec mon père, (ma mère était restée à CHAMALIERRES avec sa mère et sa tante Émilie). Un Dimanche, il fut convenu que ma belle-sœur Paulette (la femme de mon frère Émile), viendrait déjeuner avec nous. Elle avait leur fille Suzanne qui avait trois ans. Après le déjeuner nous allâmes aux TUILERIES, pour écouter un concert donné dans les jardins autour du kiosque, Paulette conduisait Suzanne autour du bassin et voir “GUIGNOL”. Il faisait très chaud, mon père se renversa sur sa chaise, inerte, frappé d’une congestion cérébrale. Une infirmière qui se trouvait par hasard, à proximité me dit ”coupez-lui vite le lobe de l’oreille pour le faire saigner. Ce que je fis aussitôt avec mon couteau de poche. Paulette arriva auprès de nous, un agent nous ramena à la maison ; l’infirmière avait ajouté : “Il faudra le coucher, lui mettre de la glace sur la tête et des sinapismes aux pieds”. C’est ce que je fis avec l’aide de l’agent. Nous habitions au 6ème étage je m’évanouissais. Une fois allongé, je revins à moi rapidement, cet agent avait été très complaisant. Le docteur arriva en fin d’après-midi. Il écouta nos explications, et dit “C’est parfait, retenez bien ceci : tête froide, ventre libre, pieds chauds”. (Je crois me souvenir que c’est à partir de cette époque que ma mère, laissant les deux pauvres vieilles à CHAMALIERES, revint vivre à PARIS, jusqu’à ce que mon père aille mieux et puisse reprendre son travail).
Au cours de l’hiver 1917/1918 j’eus l’occasion de revoir mes frères Jean et Émile (Émile était déjà marié et papa). Quant à Félix il était prisonnier. Après une convalescence, je rejoignis mon dépôt situé à MENTON (ALPES MARITIMES), le 10 Janvier 1918. J’y fus peu de temps, cependant, un jour, je fus appelé au bureau de la Compagnie et le Capitaine me dit “Mettez-vous en tenue de sortie, car vous irez chez la marraine du Bataillon, elle a un peintre chez elle qui voudrait peindre un chasseur.” Elle avait une somptueuse villa sur la promenade des Anglais, Madame WHITNEY était américaine et pouvait avoir cinquante soixante ans. Un valet de chambre vint m’ouvrir la porte et me conduire au salon. Elle, (Mme WHITNEY), me fit asseoir et me demanda des renseignements sur ma famille et me fixa un jour pour que l’artiste puisse faire son premier croquis. Je revins quelques jours après pour lui dire que j ‘avais une permission pour PARIS et que je m’excusais de ne pouvoir donner suite à son invitation. Elle appela son valet de chambre et lui donna des ordres. Quand elle revint, elle me remit une panière en roseaux garnie de fleurs et de mimosa pour ma mère.