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28/05/2008

LUNDI 20 MAI 1940.

M’étant renseigné sur l’endroit où se trouvait la Direction des Contributions Indirectes, je me suis présenté au Directeur dans la matinée. Il était arrivé la veille avec une partie du personnel de la Direction. On me demanda des nouvelles de MONTCORNET et je dis ce que je savais et comment j’étais parti un peu avant l’arrivée des Allemands.
J’obtins du Directeur de rester quelques jours à LAVAL, en attendant une affectation afin de me faire soigner sérieusement de mon anthrax et, surtout, pour obtenir si possible des nouvelles de ma femme.
J’étais allé à la Direction des P.T.T demander si elle était arrivée et donner mon adresse au cas où elle aurait pu rejoindre LAVAL. J’avais également télégraphié à COLOMBES, à mon frère Félix, pour qu’il soit au courant et éventuellement renseigner l’un ou l’autre.
Je sus donc, par Félix, que ma femme était passée à COLOMBES et était en route pour LAVAL. En effet, elle nous rejoignit et nous raconta ce qui s’était passé après notre départ.
Le Vendredi 17 Mai 194O, après notre départ, Andrée été donc restée à son poste à LONGPONT. Alors qu’il y avait une cliente au guichet, les avions lâchèrent des bombes sur le pays, Dédée et sa cliente se précipitèrent à la cave, une deuxième bombe, puis une troisième éclatèrent de plus en plus près, (Dédée pensait “La quatrième sera pour nous!!!), en effet, cette bombe tomba sur le mur en face de la Poste, de l’autre coté de la route, envoyant une bonne partie des pierres du mur sur la route et fracassant par la déflagration les carreaux, portes et fenêtres de la Poste. Remontant, tout éperdue, Andrée se rendit compte qu’elle ne pouvait plus rester là et se risqua sur la route. Bien lui en pris, elle vit un camion militaire arrêté, dont les hommes déblayaient la route pour se frayer un passage. Elle s’adressa au sous-officier et lui demanda s’il pouvait l’amener, ”Vous êtes la receveuse?”, lui demanda-t-il, “Où sont vos bagages? vous n’avez rien oublié?, votre comptabilité, vos valeurs, les timbres, le timbre à date?”- ”J’ai tout cela dans mes sept sacs qui sont là. Vous avez l’air de bien connaître le service postal”. -"Oui Madame, mon père était Receveur en 1914, et, il s’est trouvé dans les mêmes conditions que vous aujourd’hui. Vous comprenez pourquoi je suis heureux de pouvoir vous être utile.
Après avoir chargé les sacs, ils partirent vers la FERTE-MILON, où se trouvait un bureau de poste. Le receveur dit, "Je ne peux rien prendre, car moi-même, je pars tout de suite, je vous conseille d’aller à MEAUX, c’est un grand bureau de Poste, il doit y avoir du monde”. De retour au camion, elle expliqua ce qu’elle venait d’entendre. Le sous-officier la fit remonter et lui dit “Nous allons nous rendre au poste de Commandement du Régiment de Chars qui est à LIZY Sous OURQ. Nous vous hébergerons et nous vous ferons dîner; Demain, il y aura certainement une corvée pour aller à MEAUX et l’on vous emmènera”.
Présentée aux officiers, Andrée fut très bien accueillie, elle raconta son histoire, et dit qu’elle avait hâte de revoir sa famille. Le Samedi 18, elle fut conduite à MEAUX, libérée de ses sacs postaux, elle prit le train pour PARIS et COLOMBES. Elle arriva chez sa mère et sa sœur. Tous furent étonnés d’apprendre que les Allemands étaient dans 1’AISNE et peut-être à SOISSONS. Elle passa le Dimanche 19 avec eux, et le Lundi 20, elle nous rejoignit à LAVAL. Andrée est enfin avec nous.
Mais nous n’étions pas au bout de nos peines; Andrée fut affectée au bureau de Saint BERTHEVIN-les-LAVAL, à une dizaine de kilomètres avec Mme DOLLE, par la Direction des P.T.T. Elle trouva à loger tout le monde et je pus, quelques jours vivre avec eux.
A mon tour, je fus affecté à la Direction de Saint LÔ (MANCHE). J’avais été placé à la brigade de surveillance et mon chef de service, M. PETANGUE m’avait trouvé une chambre quelques jours après, dans la même maison que lui. J’y étais très bien. Avec mon nouveau chef, nous parcourions la partie NORD du COTENTIN, uniquement pour des surveillances d’alambics ou des affaires de contentieux. Nous étions bien au courant des événements par la Radio et nous suivions la marche des envahisseurs. Quand les Allemands eurent atteint PARIS, nous pensions bien qu’ils ne s’arrêteraient pas là. J’envisageais un nouveau repli, mon chef aussi. Une chose me tracassait, c’était de risquer de ne plus avoir de nouvelle des miens et de me trouver sans argent. Fort heureusement, le Syndicat avait obtenu que les Directions d’origine établissent une fiche de renseignements pour chaque employé afin de pouvoir percevoir leur traitement

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LES ALLEMANDS CONTINUENT À AVANCER

Au fur et à mesure qu’ils approchaient nous étions de plus en plus nerveux. Quand ils furent à ROUEN, et qu’un certain Dimanche les stocks de carburant furent incendiés, toute la région OUEST de la FRANCE fut plongée dans une demi obscurité. C’était sinistre !!!.!.
Quelques jours après, nous apprîmes que certaines Directions préparaient leur repli. La nôtre n’avait pas encore d’ordre. (Les replis individuels, comme moi, ne savaient pas s’ils devaient suivre leur Direction d’origine ou la provisoire). Nous sommes allés demander au Préfet des ordres à ce sujet, son bureau était envahi aussi bien par des hommes que par des femmes, de toutes administrations. Le Préfet ne savait pas quoi nous répondre, il nous recommandait de rester calmes, il n’avait aucune liaison avec le Ministère, il ne pouvait rien dire, ni rien faire.
Mon chef de service, M. PETANGUE, avait chargé sa voiture, comptant emmener sa femme, sa propriétaire, le plus de linge possible et les objets de valeur. Un matin, au petit jour, je fis un tour à Saint LÔ, je n’étais pas le seul et nous étions tous nerveux. Je rencontrais ainsi notre Directeur qui, m’apercevant, me dit : “M. RENOUX, il y a du nouveau, je viens d’apprendre que les P.T.T s’apprêtent à partir ainsi que la Trésorerie Générale. Il est question que les mobilisables et les affectés spéciaux pourraient partir par leurs propres moyens. Allez donc le dire à M. PETANGUE”. Ce que je fis, M. PETANGUE me posa la question “Et vous? Comment allez vous partir?”- ”Je ne sais pas encore, j’attends d’être payé pour prendre une décision, je m’achèterai un vélo et j’irai prendre un bateau pour les Iles de JERSEY ou de GUERNESEY et rejoindre l’ANGLETERRE”. (Cela, avant l’appel de DE GAULE). M. PETANGUE me dit “Si vous voulez, je vous emmènerai avec nous, nous allons modifier le chargement de la voiture” -”Entendu! lui dis-je, mais avant il faut aller à la Direction, il va être 9Hoo”. Nous partîmes et dans les bureaux, nous rencontrâmes des collègues qui ne partageaient pas notre point de vue et préféraient rester sur place. Je leur dis, ”Je vous comprends, vous pensez que tout se passera bien, votre maison est intacte, vous aimez mieux rester, je ne suis pas dans le même cas que vous. Tenez, voilà ce qu’il me reste, (Ceci en tapant sur la musette que j’avais sur moi et qui contenait mon linge de rechange), je ne sais même pas si je reverrai ma famille, alors je vais essayer à me caser ou à me rapprocher des miens!!”. Ils me répondirent que si je descendais sur BORDEAUX, les colonnes Allemandes nous couperaient la route avant. ”Peut-être, répondis-je, mais ce que je sais, c’est qu’en ne partant pas, je n’arriverai pas!”. Les papiers en règle, nous nous rendîmes à la Trésorerie Générale, où l’on nous paya trois mois de traitement d’avance.

DIRECTION SUD-EST: Saint LÔ, POITIERS, .BORDEAUX

23:18 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

DIRECTION SUD-EST: Saint LÔ, POITIERS, .BORDEAUX.

Nous partîmes, M. PETANGUE ayant un beau-frère à BORDEAUX, nous comptions donc s’y arrêter. Vers midi, brusquement, nous vîmes de la vapeur s’échapper du radiateur, la durit était crevée, je m’offris de démonter cette durit et d’aller au garage le plus proche pour en chercher une autre. Je partis à pieds, le personnel du garage était allé déjeuner, j’attendis leur retour pour repartir aussitôt servi. En traversant le passage à niveau, (j’étais au beau milieu des voies), quand j’aperçus un avion qui volait en rase motte. Je n’ai eu que le temps de me coucher, mais il ne tira pas sur la gare. J’appris plus tard, qu’il était allé reconnaître l’important embranchement de FOLLIGNY (MANCHE). Peu après, en effet nous entendîmes des explosions, c’était une escadrille qui bombardait cet objectif, (il y avait des cratères énormes de cinquante mètres de diamètre). Les locomotives étaient réduites à la verticale; Je rejoignis la voiture et effectuais la réparation. Nous repartîmes et nous avons croisé une unité de chars anglais retournant s’embarquer à CHERBOURG. Les Anglais nous faisaient des signes indiquant que leur moral était très bas. Mon collègue accepta de faire un détour pour passer à Saint BERTHEMIN rassurer ma femme. Nous apprîmes que la famille était partie!!!.

LA FAMILLE EST À NOUVEAU DISPERSEE.

Mes fils, Pierre et Claude, étaient partis à vélo, envoyés par leur mère à VILLIERS (Chez la Tante BERTHE). Ils devaient par la suite, aller à MONTFAUCON, dans le LOT, le cas échéant; Leur soeur aînée, Lucette, étant, dans cette ville, dans une maison de convalescence. Quant à ma femme et à Janine, ainsi que les autres P.T.T de l’AISNE, elles avaient un ordre de mission pour rejoindre ANGOULEME par RENNES et NANTES.
Quant à nous, nous partîmes en direction de POITIERS, où nous arrivâmes à la nuit tombante. Je ne me souviens pas comment nous fûmes hébergés. Au restaurant, un officier, qui était en face de moi, me dit “Je viens de téléphoner à ma femme pour qu’elle retourne à la maison, sans perdre de temps, les Allemands vont être dans tout le pays avant peu, il est préférable qu’elle soit chez elle que réfugiée on se sait où!!”
Nous quittâmes POITIERS le 19 Juin 194O, nous venions d’apprendre que l’ARMISTICE était signé. A BORDEAUX cela nous fut confirmé, et en même temps, on nous apprenait qu’il était interdit de quitter la ville. Nous nous présentâmes à la Direction des Contributions Indirectes. Nous n’avions aucune affectation, mais nous devions passer tous les jours prendre des ordres

23:17 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

OU NOUS VECUMES UNE SERIE DE COINCIDENCES EXTRAORDINAIRES.

L’ARMISTICE était donc signé, j’étais à BORDEAUX sans nouvelles de ma femme et de mes enfants.
Le beau-frère de M. PETANGUE, qui tenait une droguerie, m’offrit l’hospitalité. On me trouva un lit cage que l’on installa dans un cabinet de rangement avec fenêtre. J’étais donc très bien, je prenais mes repas avec eux et comme ils ne voulaient pas m’indiquer un prix de pension, je m’arrangeais pour amener mon écot en achetant ceci ou cela pour tout le monde.
Un jour, vers midi, nous attendions le retour de Mme et M. PETANGUE, qui étaient allés faire des courses. Comme ils tardaient beaucoup, mes hôtes dirent “Tant pis, nous allons commencer à manger” Enfin, les retardataires arrivèrent, mon collègue me tendit une lettre, ”Connaissez-vous cette écriture? “- “ C’est l’écriture de ma femme! !“. D’ailleurs, au, dos elle avait mentionné sur l’enveloppe: Mme A.RENOUX, receveuse des P.T.T, repliée à la Direction Générale de RENNES. Cette lettre ne m’était pas adressée! (Andrée ne connaissait pas mon adresse). Cette lettre était adressée à Mme CARRE (Carré), à ANGOULEME.
Je savais qui était Mme CARRE, elle avait été receveuse des Postes à LONGPONT avant Andrée, elle nous avait même rendu visite.
Je pris donc connaissance de cette lettre.
J’appris que partant de LAVAL, où elle était réfugiée, elle devait avec Janine rejoindre ANGOULEME. Le train qui les amenait à RENNES avait été bombardé et mitraillé par les Allemands. Ma femme et ma fille se trouvèrent séparées, l’une se sauvant à droite de la ligne de chemin de fer, l’autre à gauche. Elles ne se retrouvèrent que trois mois plus tard!
Je demandais à mon collègue comment il avait pu entrer en possession de cette lettre qui ne m’était pas destinée.
Il me raconta ceci: ”Nous marchions, ma femme et moi, sur une des grandes avenues de BORDEAUX, quand, une Division de blindés allemands défila, se dirigeant vers le SUD, 1’ESPAGNE probablement. J’aperçus une voiture en stationnement, immatriculée dans la MANCHE, je demandais donc au conducteur dans quel état il avait quitté la ville de CHERBOURG, dont il me dit être originaire, (l’état des ponts, des villes etc.)”. Le conducteur lui donna des détails, dit qu’ils avaient traversé POITIERS, ANGOULEME, puis il s’écria, ”J’avais une lettre à poster pour ANGOULEME! J’ai oublié de le faire, pourriez vous la poster à ma place??”. C’est ainsi que M. PETANGUE prit la lettre. Il l’a mit dans sa poche avec l’intention de la poster, quand la circulation aura été rétablie. Devant la Poste il dit à sa femme “Il faut que je poste la lettre”. Il allait la glisser dans la boite quant il aperçut au verso le nom de Mme A.RENOUX etc. etc. Il dit alors “La femme de M. RENOUX est bien receveuse des Postes? Cette lettre parait bien être de sa part. Nous allons bien voir, il verra bien si c’est l’écriture de sa femme”.
C’est ainsi que j’ai eu des nouvelles de ma femme. Aussitôt, je partis à la Poste pour envoyer la lettre en question à Mme CARRE, sa destinataire, je lui racontais comment cette lettre m’était parvenue. Je télégraphiais à Lucette qui était à MONTFAUCON sur LOT avec ses deux frères. J’expliquais à l’employée du guichet cette aventure, ”Madame, pardonnez-moi cette exaltation mais je suis bouleversé par ce qui m’arrive, c’est tellement extraordinaire! !! ”.
J’écrivis aussitôt à ma femme, en utilisant l’adresse qu’elle avait mise au verso de l’enveloppe (adresse provisoire puisque son ordre de mission pour ANGOULEME n’était plus valable, et qu’elle devait retourner dans l’AISNE)

LETTRE QUE MADAME CARRE A ECRITE À ANDREE, FAISANT ALLUSION A LA FAMEUSE LETTRE RECUE PAR HASARD!
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Angoulême le 12 Juillet 1940.

Bien chère Madame,
Suis navrée d’apprendre que vous n’avez pu encore joindre votre jeune fille. Quel dommage que son séjour à VANNES ne soit pas prolongé. Peut-être tente-t-elle de venir jusqu’à Angoulême ou bien retourner dans la Mayenne ! C’est désolant!! Soyez assurée, au cas où elle arriverai ici, que l’aide la meilleure lui serait apportée. Les P.T.T de l’Aisne sont toujours là ! Aucune nouvelle pour le retour. Les DELBOEUFS sont sans nouvelle de leur soldat. Mme DOLLÉ repliée à Tarbes. Vous enverrez un mot pour indiquer le départ d’Angoulême de la Colonie de l’Aisne. Quoi qu’il en soit, le Directeur n’est jamais arrivé jusqu’ici, non plus que nombre d’employés, lesquels se trouvaient égarés un peu partout.
Ici, le personnel de Château-Thierry, parmi lesquels des amis à moi, que j’ai pu héberger, certains ont fait le trajet Château-Thierry, Angoulême en vélo. Que de tribulations pour tous. Ne me remerciez pas, Chère Madame, d’avoir fait si peu de choses (que de vous communiquer une adresse). Tant mieux que grâce au hasard, votre première lettre qui m’était adressée, soit miraculeusement passée dans les mains de votre mari, ayant, ainsi servi à renouer le fil familial, etc. etc., j’ai eu la joie de relier une autre famille des P.T.T du Loiret, etc., etc.
Signé Madame CARRÉ

C’est à NANTES, qu’Andrée (par hasard) avait appris que Mme CARRE avait été envoyée en 1939 à ANGOULEME. Elle espérait donc, par cette collègue avoir des nouvelles de Janine. C’est également par hasard qu’elle avait entendu parler entre eux des ouvriers de CHERBOURG. Ils discutaient haute voix pour déterminer leur itinéraire. ’”A mon avis, dit l’un d’eux, c’est de passer par ANGOULEME”. A ce nom, ma femme se retourne et se fait confirmer qu’ils avaient l’intention de passer par ANGOULEME. Elle leur demanda d’avoir la gentillesse de déposer une lettre à la Poste. Elle leur expliqua pourquoi. C’est grâce à ce conducteur de la voiture stationnant à BORDEAUX, de son oubli (Poster la lettre à ANGOULEME), du passage de la division blindée allemande, de la présence de M. et Mme PETANGUE à ce moment là, de l’intérêt que M. PETANGUE porta à cette lettre, (que j’habite, en plus chez son beau-frère).Bref!!! C’est grâce à ces multiples coïncidences que la liaison fut en partie rétablie entre les membres de la famille.

23:10 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

L'Exode vu par Claude RENOUX

Texte de Claude RENOUX

AVERTISSEMENT
Deux vérités premières:
• Si la vérité sort toute nue du puits, c ‘est pour que chacun puisse l’habiller à sa façon.
• L’information est sacrée, le commentaire est libre Bref, si le cadre historique de ce récit est rigoureusement authentique, si toute ressemblance avec des personnes etc... etc... est parfaitement vraie, n’a rien de fortuite etc... etc... La façon de donner vaut mieux que ce que l‘on donne. .. . Tout cela pour vous dire que l’assaisonnement est de mon cru, que j ‘ai pu quelquefois forcer le trait, que pour suppléer aux défaillances de ma mémoire, j’ai pu de ci de là, faire appel à mon imagination.
Claude RENOUX

L’EXODE
Tribulations, heurs et malheurs de quelques pauvres créatures et particulièrement des frères RENOUX, Pierre 16 ans, Claude 14 ans. Malgré son titre biblique ce récit n’a rien à voir avec l’ancien testament, ni avec le nouveau d’ailleurs.
10 Mai 1940 vers 9 H du matin:
Nous sommes au collège de Soissons, nous sommes à l’étude, ce qui ne veut pas dire que nous étudions, en tous cas pas moi. Par extraordinaire, le pion qui surveille l’étude en général et moi en particulier, semble m’avoir totalement oublié.
Il a trop a faire à parcourir la presse du matin: LA DRÔLE de GUERRE est terminée, La GUERRE pas DRÔLE vient de commencer. Les armées allemandes sont entrées en Belgique, en Hollande, au Luxembourg et en France. Des villes, des gares sont bombardées, des milliers de familles sont lâchées. Sur les routes dans une pagaie infernale, les journaux parlent de guerre TOTALE, d’invasion. Je me revois quelques jours après à Longpont. Le Popeye arrive en vélo de Montcornet (45 Km) et nous crie “j’ai les boches au cul”.
Je regarde instinctivement dans la direction de Soissons a attendant à “ les voir “, je presque déçu, mais quand même rassuré de constater qu’en vélo mon père est plus rapide que les PANZERS. Je dois préciser qu’à l’époque nous étions sérieusement intoxiqués par les communiqués. (Le communiqué, comme son nom l’indique, est une communication quotidienne de l’état major destiné à la population). L’héroïsme nous était servi à la louche, nous étions les plus fort, grâce à l’acier victorieux, la route du fer était coupée et si les allemands avançaient si vite les sots! , c’est que nos stratèges allaient les piéger vite fait. La grande stratégie de notre G.Q.G était absolument FABULEUSE. Nos troupes pratiquaient comme à la parade le REPLI ELASTIQUE sur des positions préparées à l’avance GENIAL!!. Popeye, avec sang froid et astuce, avait sur son vélo, attiré l’ennemi à sa poursuite pour que la tenaille se referme sur lui. Nos armées glorieuses n’auraient qu’à ramasser les prisonniers allemands coupés de leurs bases.
Bien fait! Mais je ne posais quand même la question: “ où va t’on les loger? “. Ils allaient eux mêmes résoudre le problème, mais n’anticipons pas.
J’étais à l’époque grassement nourri de littérature ne figurant pas au programme; à 14 ans, on préfère d’ Artagnan à Rodrigue; entre deux traîneurs de sabre, je préférais celui qui ne parlait pas en alexandrin: question de goût. Ce qui ne devait être que provisoire d’ailleurs le Poupou, (que Je ne connaissais pas), ne m’avait pas encore présenté Cyrano de Bergerac, que je connaissais de réputation, mais sans plus. Pour le présent, c’est à dire mi-mai 1940, je m’identifiais à Raoul, vicomte de Bragelonne, et j’avais fait de mon père un grand CONDE tout à fait présentable, sauf que le grand Condé ne montait pas à bicyclette tandis que le Popeye avait fait ses début au 26èmè B.C.P, compagnie cycliste.
Mes 14 ans étaient frustrés. Ca allait trop vite! Jamais Je n’aurais le temps d’intervenir - croyais Je! Mais l’essentiel est de participer. Et pour participer... on y a participé à la défense élastique! Nous en tûmes, Pierre et moi, le centre, le noyau dur, la cible mobile, le leurre.
Et quand c’est LEURRE! Nous avons attiré les hardes barbares, successivement sur l’Ourq, la Marne, la Seine, la Mayenne et la Loire avant d’atterrir, vidés, exténués et la langue pendante à Montfaucon du Lot. Ah, on leur en a fait voir du pays, mais ils nous en ont fait voir bien davantage, car chaque fois que nous arrivions à une ligne de résistance soigneusement préparée à l’avance par le G.Q.G. VLAN! “ Ils” arrivaient sur nos talons. Tels l’héroïque Popeye, nous avions “ les boches au cul. Nous étions heureusement d’excellents cyclistes. Etant les moins forts nous nous devions d’être les plus rapides. Cette promenade de santé, ce parfum d’aventure et la découverte chaque jour d’un nouvel horizon; c’était vraiment trop beau. Admirateurs de Viétto, d’ Antonin Magne autant que de d’Artagnan et les 3 boys scouts conscients de faire partie d’un grand peuple - (fallait voir le monde qui nous accompagnait) nous ôtions libres comme l’air, maîtres de nos destinées et fier comme Artaban.
Et tout ça au milieu d’une pagaïe monumentale, sans le moindre BISON FUTE pour y mettre un peu d’ordre. Nous ne savions pas encore que nous étions les précurseurs de ces migrations annuelles qui Jetteraient des millions d’Européens sur ces mêmes routes, cap sur le sud, à partir des années 50. Les intellos appellent ça 1’ instinct grégaire avec une certaine teinte de mépris qui ne les empêchent pas de faire partie du troupeau.

20:35 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode