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16/08/2008

Lettre d’Andrée RENOUX à son mari Maurice RENOUX

Longpont le 18 septembre 1940




Mon chéri ;

Comme je te l'ai promis hier, je vais te raconter l'histoire qui amuse tant mes "copains".
Je vais d'abord te les présenter.
Ils sont quatre et ne quittent pas souvent la maison, que pour aller à Soissons.
Il y a d'abord Ralph, c'est l'intellectuel de la bande/ et c'est celui qui tâchait, non pas d'excuser ses camarades, mais de m'empêcher de faire une réclamation en me racontant certains faits qui se passaient en 1920, lors de l'occupation française. (33ans)
Puis Adolf, c'est le rigolo, celui qui dit toujours des bêtises pour amuser la galerie. (32ans)
Vient ensuite Fritz, c'est le sentimental, il aime les fleurs. Coiffeur dans le civil et dans la vie militaire. Il coupe les cheveux toute la journée/, et est obligé de tenir une comptabilité en faisant signer ses clients, car il doit donner la moitié de ses gain aux officiers. C'est celui qui me bourre de bonbons, de gâteaux, de tomates.
Hier, il m'a donné des pêches. Il adore sa mère. Il a 27 ans.
Ensuite Hantz (27à 30 ans?) fils d'agriculteur, et lui-même dans cette partie. Il ne parle jamais que pour me dire bonjour et bon appétit.
C'est l'ordonnance des officiers de la maison Binart.
S'il n'y avait qu'eux, je ne me plaindrais pas, puisqu'il faut les accepter, arrangeons nous pour rendre la vie en commun sinon agréable mais Possible ... Mais il y a l'autre clan ... et quelle bande!
Voici l'histoire racontée par Adolf en montrant Fritz du doigt:
Fritz a deux femmes/ une C.R.R.R.ANDE, et une toute petite ... A cet endroit le conteur se hausse sur la pointe des pieds en levant le bras le plus haut possible, puis il se baisse le plus possible. Tu vois çà d'ici? Puis il monte sur une chaise et fait le geste d'entourer de ses bras une grande et grosse femme ... ensuite il se met à genoux et imite celui qui embrasse une toute petite femme.
Pendant ce temps Fritz, qui est bien aussi grand que Pierre Moquet ( 1,85 m ) se plie en deux et se tord de rire, les autres en font autant.
Moi, la première fois que j'ai assisté à cette petite séance, j'ai souri par politesse et je pensais:"il n'en faut pas beaucoup pour les amuser!" Mais voilà bien 7 fois qu'il la raconte, je finis par rire d'avance et je pense cette fois "ils sont complètement mabouls".
Je te raconte tout cela pour te donner une idée de l'ambiance de notre intérieur à l'heure actuelle.
Dès le matin, au petit jour, je les entends cirer leurs bottes, puis en grande vitesse ils dégringolent l'escalier pour se rendre à l'exercice. On les entend compter, manoeuvrer sur place, puis ils défilent jusqu'à la comtesse au pas de l'oie et en chantant.
Cette petite comédie nous mène jusqu'à 9h. Je profite de ce laps de temps pour m'habiller manger et ouvrir le bureau.
Le soir à 8h (heure allemande) je suis souvent couchée de cette façon je n'use pas d'électricité. A ce propos, j'ai prévenu Dollé que je ne payais pas l'électricité tant que la maison serait occupée. Du reste je n'ai pas de lumière dans ma chambre/, la lampe et la monture sont cassées et si mes "invités" ont la lumière, c'est qu'ils l'ont fait réparer par l'un des leurs, électricien.
En parlant d'éclairage, il me faudrait bien une lampe électrique, mais d'ici, on ne peut rien acheter.
Ce matin, j'ai eu la visite de l'inspecteur des locaux, qui va, peut-être? Pouvoir me fournir des vitres, que je dois aller de sa part demander à la comtesse ( la propriétaire) qui doit hâter les réparations. Jusqu'au poêle, qui est détérioré, mais nous n'avons pas d'ouvriers sous la main dans ce pays perdu.
Madame Ponsard m'a encore écrit, je lui ai donné plusieurs adresses, et elle est tellement contente que je m'occupe de lui trouver une piste, qu'elle m'embrasse. Pauvre petite femme, j'ai bien peu d'espoir pour ce pauvre gars. Il y en a qui ont écrit à Longpont de son logement, tu pense bien que s'il était vivant, il aurait donné de ses nouvelles à sa femme qu'il aimait beaucoup et à qui il écrivait tous les jours.
Je te quitte pour aujourd'hui et te fais mille caresses.




Dédée

22:55 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

28/05/2008

10 MAI 1940, L’OFFENSIVE ALLEMANDE.

Le Vendredi 10 Mai 1940, à 5Hoo du matin, avec Dédée, nous sommes réveillés par une explosion lourde (qui fait trembler la maison), éloignée de dix kilomètres à vol d’oiseau. La sonnerie du téléphone retentit, c’est le chef de gare qui me demande de lui passer la gare de VILLERS-COTTERETS, le réseau SNCF ne répondant pas. Le chef de gare m’apprend que le passage à niveau a été bombardé, bloquant la ligne et la route de la FERTE-MILON. Je comprends que ce que je redoutais commence et que les Allemands passent à l’offensive!! Je ne me doutais pas de l’ampleur qu’elle allait prendre en quelques jours.
Peu après, la Radio annonce que la BELGIQUE et la HOLLANDE sont envahies. Le Gouvernement Français invite tous les fonctionnaires civils et militaires à rejoindre leur poste s’ils sont en congé. C’est mon cas, puisque j’étais à LONGPONT depuis le 4 Mai.; Je me prépare et prends le train de 13 h pour LAON-MONTCORNET. Je fais enregistrer mon vélo, mais je laisse ma cantine à la maison.
Andrée est toujours aussi courageuse, je suis civil, aussi elle est rassurée en ce qui me concerne. Elle ne se doute pas de ce qui l’attend!!!, on ne pouvait pas concevoir que les événements se dérouleraient avec une rapidité foudroyante.
Arrivé à LAON, j’apprends que la ligne est coupée par un bombardement à LIART. Nous descendons du train et passons la nuit à proximité des abris. Les appareils de chasse français patrouillaient continuellement.
En circulant, les jours suivants, je vis des morceaux de poutrelles et de wagons à trois ou quatre kilomètres de la gare.
Rentré chez moi, je vis le receveur buraliste, remontant de la gare, assez inquiet sur la suite des événements. Le feu des wagons couvait et les explosions reprirent de plus belle jusqu’à 3 ou 4H00 du matin. Cette fois je m’étais réfugié avec les autres habitants de la maison dans la cave. Je sentais le mur vibrer à chaque explosion.

DIMANCHE 12 MAI 1940, (Jour de PENTECOTE).

Dans la matinée je voulus aller à la gare chercher mon vélo, mais on ne pouvait approcher, les risques étaient trop grands et inutiles.

LUNDI 13 MAI 1940.

Étant retourné à la gare, j ‘aperçus mon vélo sur la voie près du quai, au milieu des wagons déchiquetés. Il avait la roue avant broyée, la selle et le guidon arrachés gisaient un peu plus loin. Je pris les restes et retournais chez moi. Je demandais à mon propriétaire si je pouvais prendre la roue d’un vieux vélo qui était dans un coin pour la remonter sur le mien. Je me mis au travail pour reconstituer mon seul moyen de locomotion. Car je n’avais plus la possibilité de rester là. Tous les gens qui possédaient une auto étaient déjà partis en majorité, quelques retardataires s’affairaient pour en faire autant. Les propriétaires de grosses fermes avaient aménagé remorques et tracteurs et installé des matelas et du matériel de cuisine, ainsi que vivres et bagages. Nous ne pouvions plus recevoir de courrier et le téléphone coupé tout le long de la ligne. J’allais voir mon Receveur et lui remis mes quittanciers après avoir arrêté mes comptes et versé l’argent à la caisse.

MARDI 14 MAI 1940
.

Nous assistons au défilé lamentable des réfugiés belges, ainsi que des douaniers de la frontière marchant à pieds. Rares étaient ceux qui avaient des vélos

23:23 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

Mercredi 15 MAI 1940 L’EXODE

Toujours le même défilé, nous étions les rares fonctionnaires a être restés, mon chef ne paraissait pas vouloir prendre l’initiative de partir. Mon vélo était chargé. Dans l’après midi, je vais sur la place le long de la route, soudain, j’aperçois un détachement de soldats du P.M.A qui avait été cantonné à MONTCORNET, avant l’attaque. Ils marchaient en colonne par un, à cinq ou six pas de distance le long des murs, de chaque coté de la route. M’approchant d’un sous-officier, je lui demandais de quel coté ils se dirigeaient, il me répondit: “Nous nous replions sur MARLES, est-ce loin ????”. Je lui répondis “dix-huit “ kilomètres!”. Cette fois-ci, .j’étais fixé, et bien décidé à retourner voir mon contrôleur- receveur, je lui dis, ”Je vous ai rendu mes comptes, êtes-vous au courant de ce qui se passe ?” “Non je ne vois pas”. Je lui explique l’arrivée, plus exactement le passage de l’armée qui se repliait. Nous ne pouvions plus recevoir d’ordre de repli en ce qui nous concernait (puisque les communications étaient coupées). Il nous fallait prendre la décision nous mêmes. Il me répondit “Je suis de votre avis, nous ne pouvons pas rester là. En ce qui me concerne, je vais à la poste effectuer mon virement comptable et je vais rejoindre ma femme dans ”.
Je lui fais mes adieux et je pars en vélo, il était environ l3Hoo. Je connaissais bien la route, je suis passé à CLERMONT les FERMES et je reconnus en passant des gens qui me firent un signal amical, mais ils avaient l’air anxieux. Puis, un peu plus loin, aux abords de BUEY-les-PIERREPON j‘aperçois des soldats qui courent et subitement s’arrêtent; ils mettent un fusil mitrailleur en batterie sur le bas coté de la route. Je suis tenté de me retourner, mais j’appuis un peu plus sur les pédales et je continue ma route de concert avec un couple de Belges, également à vélo. Je vois les avions allemands qui passent en direction de LAON, j’abandonne l’idée de passer à la Direction des Contributions Indirectes et je contourne la ville par le SUD, je croise un convoi de plusieurs canons anti-chars de 77 qui semblent sortir de l’usine. A l’entrée de SOISSONS, je vois un régiment d’infanterie qui marche en direction de LAON. J’ai su plus tard que ces soldats allaient prendre position sur le canal de l’AISNE. Je traverse SOISSONS, puis à la sortie de la ville, je m’arrête dans un café pour casser la croûte, il doit être 2Ohoo. Je m’installe dans le jardin de ce café et je vois défilé d’innombrables réfugiés, l’un d’eux a un pansement à la tête, je lui demande s’il a eu un accident. ”Non me dit-il, ce sont les Allemands qui m’ont tiré dessus, alors que j’étais sur le pas de ma porte à ROZOY sur SERRE, les trois automitrailleuses allemandes ont débouché dans la rue principale et ont ouvert le feu aussitôt pour dégager la route, je fus éraflé par une balle et je suis entré aussitôt à l’intérieur, ma femme m’a fait un pansement sommaire. Nous sommes passés par une porte de derrière, où se trouve le garage, j’ai pris ma voiture qui était déjà prête pour le départ et sans plus attendre nous prîmes une route parallèle pour rejoindre la route de SOISSONS.”
Je connaissais bien ROSOY sur SERRE, puisque nous y allions en tournée au moins une fois par semaine. Peu après une femme passe près de moi, elle sortait du café, et je l’entends dire aux personnes qui étaient avec elle, ”Je ne peux plus retourner chez moi, je me suis trouvée nez à nez avec trois automitrailleuses allemandes”.
Cette fois, il n’y avait plus de doute, les Allemands avaient rompu le front. Sur ma route, je n’avais pas rencontré de renfort de troupes françaises qui allaient barrer la route aux Allemands. Je n’avais plus de temps à perdre, je repartis aussitôt et après quinze kilomètres très pénibles j’arrivais à LONGPONT, où tout était bien calme. Pas de lumière, je sonne et j’entends descendre ma femme et crier “Qui est là?”- ”C’est moi. Maurice”. Elle ouvre le vasistas et ensuite la porte en me disant, ”Mais pourquoi es-tu là ?”, réponse brève, ”J’ai les hoches au cul”. Elle n’en croyait pas ses oreilles.
Là dessus, les enfants, qui ont entendu sonner et reconnu ma voix, descendent à leur tour et je dois raconter les événements. Ils ne savent pas du tout ce qui se passe, tout c’est passé dans le secret quasiment absolu, je leur dis de remonter se coucher, que nous devons tous nous reposer car nous ne savons pas ce que l’avenir nous réservera.
J’avais fait quatre-vingt dix kilomètres sur un vieux vélo et j’étais très fatigué. A partir du Jeudi 16 Mai 1940, je commençais à préparer le départ de notre petite famille et nos aventures à travers la FRANCE, sous les bombardements allaient commencer.

23:22 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

JEUDI 16 MAI 1940.

Ma femme ouvre le bureau de poste, comme d’habitude, et raconte à ses deux facteurs ce que j’avais vu et entendu, donc mon retour auprès des miens. Mme MONQUET, propriétaire de la ferme de la Grange me téléphone; elle me demande si c’est exact que les Allemands sont à MONTCORNET, sur ma réponse positive, elle me dit, ”Mon fils ne s’était donc pas trompé”. En sortant, je me rends sur la place et j’aperçois le Maire qui marche sur moi en me criant “C’est honteux de faire courir des bruits semblables, vous mériteriez d’être arrêté”, j’étais stupéfait de cet accueil, et, en apercevant au loin des soldats venant de S0ISSONS, sans veste, montés sur des chevaux à peine sellés, et qui ont l’air ahuri et effrayé, je réponds au Maire, “Demandez Donc à ces gars-là, pourquoi ils sont ici, et vous verrez bien si j’ai menti” .Le Maire discuta avec ces soldats, cela a du être efficace car j’appris après que le Maire était parti avec sa femme dans la direction de VILLERS-COTTERETS !!!.
Dans la matinée, Mme DOLLE, (1a femme d’un facteur qui remplaçait son mari mobilisé), dit à ma femme ”La voiture de mon mari est au garage, mais elle est en panne, si M. RENOUX pouvait la remettre en état, elle pourrait nous être utile”. Après examen, je vis qu’en effet la cuve du carburateur fuyait. La vis de la bride qui retenait cette cuve en avait usé le fond et fait un trou. Je lui en fis part et lui demandais de regarder dans les anciens outils de son mari, (qui était plombier avant d’être facteur), s’il n’y aurait pas un fer à souder, du décapant, une baguette de soudure, elle me ramena ce que je demandais, et je me mis au travail. A cette époque, il existait encore des pièces de monnaie en bronze de cinq et dix centimes. Je pris une pièce de dix centimes, bien passée à la toile émeri, ainsi que le fond de la cuve, et je fis chauffer le fer à souder sur mon réchaud à gaz, et avec la soudure, je pus fixer la pièce au fond de la cuve. Après m’être assuré qu’il n’y avait plus de fuite, je fis un essai qui fut concluant, la voiture pouvait rouler. C’était une 10 CV RENAULT, en très bon état. Mme DOLLE, (DOLLÉ) fit une proposition à ma femme, ”Je ne sais pas conduire, si M. RENOUX veut bien, nous pourrions partir ensemble”. Ma femme lui répondit qu’en tant que Receveuse des Postes, elle ne pouvait pas partir sans ordre, en revanche, elle dit que je pouvais conduire la voiture en amenant les deux enfants DOLLE, leur maman et Janine. Mes deux gars, (Claude, 14 ans, et Pierre, 16 ans) partiraient en vélo. De plus, je ne pouvais pas rester à LONGPONT, il me fallait reprendre contact avec mon administration. Nous décidâmes de partir le lendemain, aussitôt après le repas de midi. Je fis une visite au train militaire qui était en gare depuis longtemps pour me faire soigner mon anthrax, (contracté le 5 Mai par une bestiole, piqûre dans le jardin). Cet anthrax devenait de plus en plus gros et me faisait sérieusement souffrir

23:21 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

VENDREDI 17 MAI 1940.

J’avais organisé le départ ainsi: les deux garçons rouleraient en vélo devant la voiture, en éclaireurs, pour signaler les avions. Dans la voiture se trouveraient comme prévu: Mme DOLLE, ses deux enfants, Janine et moi-même qui conduirai. J’avais cru bon de ne pas utiliser les grandes routes surveillées par les avions, tout alla très bien jusqu’à NEUILLY Saint FRONT, où je voulais me rendre chez le Receveur pour savoir où pourrait être le Directeur des Contributions Indirectes ?. Il me dit qu’il se trouvait à CHATEAU-THIERRY, mais qu’il devait rejoindre LAVAL, comme tous les autres fonctionnaires de l’AISNE. Dans ces conditions, je lui dis que j’irais directement à LAVAL, et je pris congé. Nous repartîmes en direction de Saint CYR sur MORIN, où nous arrêtâmes pour coucher. Auparavant, nous avions eu un moment d’émotions. Peu après NEUILLY Saint FRONT, nous descendions une petite route quand mes éclaireurs (Claude et Pierre) firent signe que des avions arrivaient dans notre direction. Je m’arrêtais aussitôt en disant à mes passagères d’aller se coucher dans le champ qui dominait et, reculant la voiture, je la mis derrière, contre le talus de la route. Comme j’étais, à ce moment là, presque face à l’autre talus, je vois devant moi, de l’autre coté, des grandes niches creusées dans le dit talus et bourrées de caisses d’obus de 75. C’était la réserve d’une batterie de D.C.A qui était à proximité, (Défense Contre Avions). Or, cette batterie n’a pas tiré un seul obus, alors que les avions venaient droit sur elle. Mes fils peuvent s’en souvenir, puisqu’ils étaient à coté d’elle!!!!!. Pourquoi????
REFLEXIONS. Plus tard, en fuyant à nouveau (Saint LÔ), un avion passa près d’un poste de Mitrailleurs Contre Avions. Même tactiques, les pièces ne tirèrent pas. Etait-ce une instruction précise de ne pas combattre ???. C’est aussi, peut-être pour la même raison que le terrain d’aviation de CLERMONT les FERMES avait été rendu inutilisable. Comme c’est étrange. Un observateur comme moi ne peut s’empêcher de conclure. Aussi, je n’ai pas été surpris d’apprendre quelques jours plus tard que le Gouvernement du Maréchal PETAIN, demandait l’Armistice, lui qui était président du Conseil Supérieur de la Défense Nationale, avait été contre le prolongement de la ligne MAGINOT jusqu’à la mer. Pour lui, le fait qu’il y ait la forêt des ARDENNES lui paraissait un obstacle infranchissable. On a vu !!!.!!
Revenons au Vendredi 17 Mai 1940. Nous étions donc en face d’une réserve d’obus de 75 de D.C.A, il était trop tard pour changer de place. Je n’eus que le temps de quitter la voiture et de me jeter à terre, les bombes pleuvaient! Les avions continuèrent sur CHATEAU-THIERRY. Je reviens à la voiture et la mis sur la route sans attendre mes voyageuses, je partis rejoindre mes deux fils, en leur expliquant que pour nous, la voiture était notre seule planche de salut pour nous rendre à LAVAL le plus rapidement. J’aperçus Mme DOLLE et ses enfants, mais je ne voyais pas Janine. Mme DOLLE l’appelle. Heureusement, Janine se mit debout et courut vers nous, elle avait été plus loin que les autres et avait vu tomber les bombes, elle n’avait pas perdu de vue les avions et se couchait au moment précis. Cette peur passée, nous repartîmes et traversâmes Saint CYR sur MORIN à la nuit tombante. Il y avait une unité de transport cantonnée dans le pays et le seul hôtel n’avait que deux chambres à nous offrir. Mme DOLLE en prit une avec ses enfants. Pierre et Janine couchèrent sur des coussins dans la chambre qui restait libre, laissant le lit pour Claude et moi. Nous avions besoin de repos mais les batteries de D.C.A firent leur travail. Elles protégeaient le Grand Quartier Général, installé à la FERTE sous JOUARRE. La maison tremblait et nous ne pouvions pas dormir. Claude, qui avait donc quatorze ans, se retournait souvent et me cognait l’épaule, ce qui correspondait à mon anthrax. Enfin, au matin, nous repartions après avoir pris un petit déjeuner, en direction de LAVAL

SAMEDI 18 MAI 1940.


En passant à PITHIVIERS, je me fis soigner à l’hôpital. Janine était venue m’accompagner, mes autres compagnons étaient restés à proximité de l’hôpital avec la voiture. Le Docteur regarda et, sans me prévenir, pressa l’anthrax entre deux compresses. Je poussais un cri terrible et je m’évanouis, quand Janine entendit mon cri, elle fut toute bouleversée mais heureusement je revenais à moi. Je crois que nous avons couché à PITHIVIERS, mais je n’en suis pas certain.

DIMANCHE 19 MAI 1940.

Nous démontâmes les vélos, pour aller plus vite, et les casèrent tant bien que mal sur le toit, ceci pour que Claude et Pierre puissent prendre place à l’intérieur, (Nous étions huit dans la voiture, trois devant et cinq derrière!!!). Nous arrivâmes dans la soirée et nous avons pu être logé provisoirement

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