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23/08/2008

OU NOUS VECUMES UNE SERIE DE COINCIDENCES EXTRAORDINAIRES. Récit de Maurice RENOUX

L’ARMISTICE était donc signé, j’étais à BORDEAUX sans nouvelles de ma femme et de mes enfants.
Le beau-frère de M. PETANGUE, qui tenait une droguerie, m’offrit l’hospitalité. On me trouva un lit cage que l’on installa dans un cabinet de rangement avec fenêtre. J’étais donc très bien, je prenais mes repas avec eux et comme ils ne voulaient pas m’indiquer un prix de pension, je m’arrangeais pour amener mon écot en achetant ceci ou cela pour tout le monde.
Un jour, vers midi, nous attendions le retour de Mme et M. PETANGUE, qui étaient allés faire des courses. Comme ils tardaient beaucoup, mes hôtes dirent “Tant pis, nous allons commencer à manger” Enfin, les retardataires arrivèrent, mon collègue me tendit une lettre, ”Connaissez-vous cette écriture? “- “ C’est l’écriture de ma femme! !“. D’ailleurs, au, dos elle avait mentionné sur l’enveloppe: Mme A.RENOUX, receveuse des P.T.T, repliée à la Direction Générale de RENNES. Cette lettre ne m’était pas adressée!!, (Andrée ne connaissait pas mon adresse). Cette lettre était adressée à Mme CARRE (Carré), à ANGOULEME.
Je savais qui était Mme CARRE, elle avait été receveuse des Postes à LONGPONT avant Andrée, elle nous avait même rendu visite.
Je pris donc connaissance de cette lettre.
J’appris que partant de LAVAL, où elle était réfugiée, elle devait avec Janine rejoindre ANGOULEME. Le train qui les amenait à RENNES avait été bombardé et mitraillé par les Allemands. Ma femme et ma fille se trouvèrent séparées, l’une se sauvant à droite de la ligne de chemin de fer, l’autre à gauche. Elles ne se retrouvèrent que trois mois plus tard!!!.
Je demandais à mon collègue comment il avait pu entrer en possession de cette lettre qui ne m’était pas destinée.
Il me raconta ceci: ”Nous marchions, ma femme et moi, sur une des grandes avenues de BORDEAUX, quand, une Division de blindés allemands défila, se dirigeant vers le SUD, 1’ESPAGNE probablement. J’aperçus une voiture en stationnement, immatriculée dans la MANCHE, je demandais donc au conducteur dans quel état il avait quitté la ville de CHERBOURG, dont il me dit être originaire, (l’état des ponts, des villes etc.)”. Le conducteur lui donna des détails, dit qu’ils avaient traversé POITIERS, ANGOULEME, puis il s’écria, ”J’avais une lettre à poster pour ANGOULEME!. J’ai oublié de le faire, pourriez vous la poster à ma place??”. C’est ainsi que M. PETANGUE prit la lettre. Il l’a mit dans sa poche avec l’intention de la poster, quand la circulation aura été rétablie. Devant la Poste il dit à sa femme “Il faut que je poste la lettre”. Il allait la glisser dans la boite quant il aperçut au verso le nom de Mme A.RENOUX etc. etc. . Il dit alors “La femme de M. RENOUX est bien receveuse des Postes?. Cette lettre parait bien être de sa part. Nous allons bien voir, il verra bien si c’est l’écriture de sa femme”.
C’est ainsi que j’ai eu des nouvelles de ma femme. Aussitôt, je partis à la Poste pour envoyer la lettre en question à Mme CARRE, sa destinataire, je lui racontais comment cette lettre m’était parvenue. Je télégraphiais à Lucette qui était à MONTFAUCON sur LOT avec ses deux frères. J’expliquais à l’employée du guichet cette aventure, ”Madame, pardonnez-moi cette exaltation mais je suis bouleversé par ce qui m’arrive, c’est tellement extraordinaire! !! ”.
J’écrivis aussitôt à ma femme, en utilisant l’adresse qu’elle avait mise au verso de l’enveloppe (adresse provisoire puisque son ordre de mission pour ANGOULEME n’était plus valable, et qu’elle devait retourner dans l’AISNE)

23:45 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

Lettre de Madame Carré

LETTRE QUE MADAME CARRE A ECRITE À ANDREE, FAISANT ALLUSION A LA FAMEUSE LETTRE RECUE PAR HASARD!
La photocopie de cette lettre se trouve aussi dans l’album « Lettres d’Exode »em>


Angoulême le 12 Juillet 1940.

Bien chère Madame,
Suis navrée d’apprendre que vous n’avez pu encore joindre votre jeune fille. Quel dommage que son séjour à VANNES ne soit pas prolongé. Peut-être tente-t-elle de venir jusqu’à Angoulême ou bien retourner dans la Mayenne !. C’est désolant!! soyez assurée, au cas où elle arriverai ici, que l’aide la meilleure lui serait apportée. Les P.T.T de l’Aisne sont toujours là !, Aucune nouvelle pour le retour. Les DELBOEUFS sont sans nouvelle de leur soldat. Mme DOLLÉ repliée à Tarbes. Vous enverrez un mot pour indiquer le départ d’Angoulême de la Colonie de l’Aisne. Quoi qu’il en soit, le Directeur n’est jamais arrivé jusqu’ici, non plus que nombre d’employés, lesquels se trouvaient égarés un peu partout.
Ici, le personnel de Château-Thierry, parmi lesquels des amis à moi, que j’ai pu héberger, certains ont fait le trajet Château-Thierry, Angoulême en vélo. Que de tribulations pour tous. Ne me remerciez pas, Chère Madame, d’avoir fait si peu de choses (que de vous communiquer une adresse). Tant mieux que grâce au hasard, votre première lettre qui m’était adressée, soit miraculeusement passée dans les mains de votre mari, ayant, ainsi servi à renouer le fil familial, etc. etc., j’ai eu la joie de relier une autre famille des P.T.T du Loiret, etc., etc.

signé Madame CARRÉ

23:42 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

Lettre de Maurice RENOUX à Luce Toux et ses frères

Maurice RENOUX 76 rue P.L. LANDE BORDEAUX
A Luce TOUX et ses frères
Sanatorium des PTT Montfaucon Lot

Bordeaux le 2 Juillet 1940

Mes chers petits,
Je suis inquiet sur Janine, Madame CARRE vient de me répondre qu’elle ne l’avait pas vu à ANGOULEMES, alors que les familles Dollé, Wargnier, et Deboeuf y sont bien arrivées. Votre maman qui est, je le pense, toujours à RENNES, à la Direction Régionale, doit se faire un mauvais sang terrible.
Ne manquez pas de m’écrire dès que cela vous sera possible car depuis la carte de Lucette du 26 juin je n’ai rien reçu.
Je recommande à Pierre et à Claude d’être gentils et bien obéissants avec Lucette et de chercher à s’occuper et à servir.
Amitiés à Gaston et à vous trois, mille affectueux baisers de votre papa.
Maurice RENOUX

23:40 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

Lettre de Maurice RENOUX à Luce TOUX

Monsieur Maurice RENOUX Bordeaux le 4 Juillet 1940
76 rue P.L Lande
Bordeaux

A Mademoiselle Luce TOUX
Sanatorium des PTT
Montfaucon Lot

Je suis toujours très inquiet sur le sort de Janine dont je ne sais toujours rien. De votre maman rien de plus, je lui écris à RENNES, mais la liaison postale ne doit pas être encore rétablie. Quel mauvais sang elle doit se faire ! J’ai bien reçu hier votre lettre. Je suis content que vous soyez à l’abri, aussi mal que vous puissiez être, cela vaut mieux que les bois. J’ai reçu hier également une lettre de Tante Berthe qui était inquiète sur votre sort mais entre-temps je lui avais adressé un télégramme qui a du la rassurer pour vous mais bien l’angoisser sur Janine. Mémère Marguerite est à Villiers et mes frères Félix et Emile sont à Clermont Ferrand avec leur famille (sauf Ginette qui est à Vichy ; Simone dont on est sans nouvelle ainsi que Madame Astier qui a du rester à Paris)
Vous devriez écrire à ces deux endroits : Villiers et Clermont-Ferrand ainsi qu’à Rennes et Saint Berthevin à tout hasard, peut-être qu’un service sera en avance sur une autre région. J’ai même écrit à Longpont au cas où votre maman y serait envoyée avant que le trafic soit repris par ici
En ce qui vous concerne, je vous confirme qu’il faut rester où vous êtes, ce n’est pas le moment de remonter où vous étiez. Tachez de faire le plus économiquement possible car je ne suis pas payé maintenant avant fin Septembre ! Et d’ici là, il se passera encore bien des évènements du train où ça va ! Inquiétez vous de savoir quel est le collège le plus près pour tacher d’y aller comme internes à la reprise. J’aime mieux vous voir par là : l’air est meilleur !
Je remercie beaucoup Gaston et Lulu de s’occuper de vous et de votre part soyez disciplinés et ordonnés. Je serai encore bien plus fier de vous si vous tenez compte de mes conseils. Dès que je saurais quelque chose au sujet de mon départ, je vous en aviserais ainsi que Clermont et Villiers : de même en ce qui concerne votre maman, il faut en faire de même de votre coté. De cette façon nous triplerons les chances d’être renseignés, et faites comme moi, 20% d’économie de timbre.
Vous connaissez ma façon de penser, elle n’a pas variée et bien des choses me font énormément souffrir en dehors de la séparation et du manque de nouvelles, mais vous, faites attention à vos propos et mettez « un bœuf sur la langue »
Bons et affectueux à tous de votre papa
Maurice RENOUX

23:39 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

Lettre de Marguerite HENAULT et Berthe GEORGET à Luce TOUX

Villiers le 4 Juillet 1940

Mon cher petit,
Aujourd’hui seulement je t’écris te sachant avec tes frères, cela nous tranquillise car depuis leur départ de chez Berthe nous ne vivions plus, nous demandant chaque jour ce qu’ils étaient devenus. Nous regrettions de les avoir laissé partir ; enfin ils sont en lieu sûr, mais comment fais-tu ? Je voulais t’envoyer un peu d’argent, nous ne le pouvons pas (la poste n’accepte pas les mandats, et je me demande comment nous allons faire. Nous avons reçu un télégramme de ton petit père qui est à Bordeaux, nous mettant au courant de la situation. Ta maman est à Rennes, elle a quitté Laval avec Janine et moi, je suis chez Berthe, attendant les évènements. Ton oncle, ta Tante, tes cousines doivent être à Clermont Ferrand. C’est te dite que toute la famille est dispersée. Il y a déjà longtemps que tu as écrit, fais le pour nous rassurer et nous dire comment tu fais pour y arriver ? Ta tante veut t’écrire. Je fini donc ma lettre pour lui laisser la place et je t’embrasse bien, bien fort comme je t’aime. Ta mémère qui ne cesse de penser à toi.
Marguerite

Ma chère Lulu,
Que d’ennuis depuis ta dernière lettre, l’arrivée de la Grand-mère le 16 Juin, celle de Pierre et Claude le lendemain, leur départ précipité le 19, tout cela pour arriver à quoi ? à tomber sur ce qu’ils voulaient éviter. Le jour de leur départ nous avons couché dans la cave de la classe avec Monsieur Villedieu, Colette et ses grand-père et grand-mère. Colette a trouvé que c’était joli d’être tous ensemble, elle aurait voulu recommencer, le lendemain Jeudi à notre rentrée dans notre maison les « 1ers éléments » ont fait leur entrée dans le bourg. J’ai eu l’honneur la première de leur donner des renseignements. J’étais très, très calme, il n’y a absolument rien eu , tes frères auraient resté ici ils auraient mieux fait, c’était pour eux comme pour les autres , rien, rien. A Mézières, il y a eu bataille. Lucienne et ses enfants, et tout le monde du reste, est indemne. Comment fais tu ? Je me le demande, Quelle idée d’aller te retrouver, pauvre enfant ! Enfin espérons des jours meilleurs. Ici nous manquons à peu près de tout sauf de pain. Il se tue veau et porc, on en a un kilo par ci, par là. Il y encore quantité de réfugiés et ils n’ont pas le droit de partir.
Ecris nous, ma chère Lucette si tu as le temps ou fais écrire à tes frères. Ils auraient bien pu le faire pour nous rassurer. Je t’assure que je regrette de les avoir laissé partir. Je les croyais à saint Hilaire, aujourd’hui, seulement, Jules nous avise qu’ils n’ont fait qu(y coucher.
Préviens ta mère si tu peux. Reçu une dépêche de Maurice hier qui nous dit qu’Andrée est à rennes. Direction Régionale et Janine peut-être à Angoulême.
Ta grand-mère ne peut pas te le dire, mais je trouve qu’il vaut mieux dire la vérité.
Je vous embrasse tous les trois bien affectueusement pour Auguste aussi. Votre tante qui vous aime Bien
Berthe

23:38 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ex