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28/05/2008

L'Arrivée à Montfaucon

A Souillac, nous n’étions plus qu’à une étape de Montfaucon du Lot où Lucette, pensions nous, devait se ronger les sangs, impatiente de nous presser tendrement sur son coeur. Pierre, qui cumulait les fonctions de chef de file et d’intendant, décida à l’unanimité plus ma voix, qu’on allait se payer une boite de ce fameux pâté de foie gras de Souillac dont la réputation avait passé les frontières.
Le pâté de Souillac était digne de sa réputation et je félicitais Pierre de l’étendue de ses connaissances gastronomiques. J’admettais que dans certains cas, l’instruction pouvait avoir du bon. J’en concluais que c était le contenu des programmes qui était à revoir. Réflexion sans originalité d’ailleurs, cette idée faisant toujours son chemin.
Voilez vous la face chers lecteurs, et surtout lectrices, l’heure du mélodrame sonne au clocher des souvenirs, je mets un crêpe à mon stylo, j’écris à l’encre noire, et vais avoir la douloureuse et redoutable tâche de vous conter l’accueil que nous réserva notre soeur bien aimée...
Crottés, poussiéreux, misérables, affamés, la larme à l’oeil, les pieds meurtris, l’émotion nous serrant la gorge nous approchions de Montfaucon, jetant nos dernières forces dans la bataille finale...
Je n’espérais pas le tapis rouge, ni la fanfare des pompiers. Non.
J’imaginais Sainte Luce (patronne des lumières) interprétant au piano la marche turque de Mozart. Ange de bonté et. De miséricorde, le visage ravagé par les larmes. Maternelle, dégoulinante d’émotion, contenant sa joie, elle va apparaître rayonnante comme une aurore.
... COMME UNE AURORE BOREALE.
Silence glacial.
Et la FOUDRE TOMBE, c’est fort, c’est net, c’est définitif et sans appel.
AH, CE QUE VOUS SALES ET DEGOUTANTS!!....Les autres réfugiés sont arrivés propres, EUX.!
C’était Lucette en chair et en os, surtout en os. Car il faut dire que l’on était vraiment tombé sur un os. Je dois dire en toute justice, que par la suite Lucette, avec l’aide de Gaston, a tout fait pour nous faire oublier cet accueil aussi glacial que véhément. Sans toutefois y parvenir complètement, puisque malgré ma mémoire aujourd’hui défaillante, je m’en souviens encore.
Pour en finir avec cet épisode, que tout le monde sache que je lui ai pardonné depuis bien longtemps. Me pardonnera t’elle d’avoir écrit tout ça ?

....VA SAVOIR!

20:14 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode, Capitulation

L'Exode vu par Pierre-Jules RENOUX

A la fin 37, mon père est reçu au concours, il devient commis aux contributions indirectes, son premier poste -MQNTCORNET- 80 km de Longpont au nord du département.
Entre Montcornet et Soissons, à part quelques soldats éparpillés en tirailleurs le long des routes, aucune formation militaire; c’est à dire que la voie est libre pour l’invasion. Mais Hitler a un plan diabolique : il fait foncer ses panzers en direction de la mer pour prendre au piège l’armée française qui s’est portée le 10 mai 1940 en Belgique, vers la Meuse. Un répit est donc accordé à notre région. Cela, nous le comprendrons plus tard.

L’évacuation, 1er acte:

Le vendredi 17 mai, la femme du facteur Marcel Dolle qui est aux armées, demande à mon père qui doit rejoindre Laval dans la Mayenne, de conduire sa voiture pour évacuer sa famille vers le sud. Tout le monde embarque : madame Dolle, ses deux enfants, mon père bien sûr et ma soeur Janine. Mon frère Claude et moi suivons en vélo. Seule ma mère reste à son poste au bureau des PTT de Longpont. Elle ne partira que dans les tous derniers jours de mai après qu’une bombe, tombée sur la route à 15 mètres de la maison, ait fait voler en éclats portes et fenêtres. C’est un officier d’une unité de cavalerie qui lui dit : “Mais, madame, il faut partir. Vous ne recevrez de vos supérieurs à Laon aucune directive. Il y a longtemps que tout le monde a foutu le camp.”
Elle part sur une auto mitrailleuse jusqu’à Meaux où elle peut prendre le train pour rejoindre Laval, où nous sommes arrivés le 20 Mai.
A Pithiviers, Madame Dolle a retrouvé son mari. Nous quittons donc la famille Dolle, et c’est par le train, après de multiples changements et péripéties diverses, que nous arrivons dans le chef-lieu de la Mayenne, point de regroupement des fonctionnaires de l’Aisne, toutes administrations confondues. Nous avons trouvé à nous loger à St Berthevin les Laval. Mon frère et moi avons du boulot dans une ferme : on coupe, on met en bottes, et on rentre le foin. Ce n’est pas le bagne, loin s’en faut : travail 2 heures, collation, travail, collation etc. A ce rythme, on attrape peut-être des ampoules, mais on se fait surtout du lard. On en oublie presque la guerre, mais elle ne va pas tarder à nous rattraper.

20:05 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

L’évacuation, 2ème acte:

Texte de Pierre-Jules RENOUX

On arrive à la mi-juin. La famille, à peine rassemblée va se disloquer. Mon père part dans la Manche rejoindre la Direction Départementale des C.I. Mon frère Claude et moi partons en vélo pour le Lot; ma soeur aînée est dans un sana des PTT à Montfaucon du Lot.
Pour ma mère et ma soeur Janine, l’évacuation tourne au drame, à la limite de l’épouvante. Après notre départ, elles quittent Laval par le train le 16 ou le 17 juin en direction de Nantes. A Rennes, les trains de réfugiés, de militaires, de munitions sont bombardés par la Luftwaffe : un carnage ! Plusieurs milliers de morts... Ma mère et ma soeur ont sauté du train. Dans l'affolement général, elles sont séparées et se perdent de vue. Ma mère, pendant 3 jours, va faire les hôpitaux et les morgues pour retrouver Janine, en vain... Vers le 14 Juillet, elle saura enfin que ma soeur a été récupérée par de braves gens qui l’ont emmenée et hébergée à Vannes.
Pendant ce temps, mon frère et moi, 14 et 16 ans et demi, nous filons vers le sud. Les échos de la guerre roulent dans le lointain : ce sont les ponts de la Loire qui plient sous les bombes allemandes ou italiennes. Nous n’en avons cure, pour nous, cette période prend des airs d’escapade et de liberté. Pas de parents. Pas de profs, nous faisons près de 500 km en nous accrochant parfois aux camions, militaires de préférence, car ils vont plus vite. Nous posons enfin nos sacs à Montfaucon le 21 juin pour apprendre que Pétain vient de demander l’armistice. Nous sommes harassés et en loques, nos semelles de chaussures sont usées à force d’avoir remplacé les patins de freins déficients depuis longtemps dans les descentes.

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Avec notre futur beau-frère, nous nous installons dans une chaumière en bas du village. Nous touchons l’allocation des réfugiés, 10 Frs par jour je crois mais je n’en suis plus très sûr. Pendant 3 mois, nous allons vivre des vacances de rêves, nous qui ne connaissons que le Soissonais ou le Tardenois. Nous découvrons des paysages, des climats, des accents nouveaux. Chaque soir, nous montons au village pour écouter Londres chez une amie de ma soeur qui est anglaise d’origine. Nous applaudissons les exploits de la R.A.F. lors de la bataille d’Angleterre, par contre, nous sommes choqués par l’affaire de Mers El-Kébir. Plus de 50 ans après, je continue à penser que ce raid meurtrier contre l’escadre française basée en Algérie fut une grosse erreur car 2 ans plus tard, au lieu de rejoindre l’Afrique du Nord, la flotte française préféra se saborder dans la rade de Toulon ni aux allemands, ni aux anglais. La France Libre fut ainsi privée d’un renfort qui aurait pesé lourd dans le rapport des forces en Méditerranée.
Tout à une fin, même les allocations aux réfugiés. Début octobre, nous décidons de rentrer en zone occupée. Je n’oublierai jamais le pincement au coeur ressenti en voyant les silhouettes vert de gris debout jambes écartées tous les 10 ou 15 mètres sur le quai de la gare de Vierzon

20:03 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode, Capitulation

27/05/2008

ODYSSEE DE JANINE.

Texte de Maurice RENOUX

C’est à RENNES sur les lieux du bombardement que Janine et Andrée avaient été séparées. Andrée avait crié à Janine. “Ne retourne pas dans le train, car il y a des bombes non éclatées”. C’était trop tard, car Janine, n’ayant pas entendu, est retournée dans le wagon, a pris tous les bagages (qu’elles avaient abandonnés), et s’est enfuie dans la plaine. Aussi, Andrée a cherché en vain Janine dans les décombres, au milieu des morts et des blessés!
Janine, arrivée sur une route où passaient des convois, fit signe et une voiture s’arrêta. C’était des Médecins français. Ils firent monter Janine dans la voiture et mirent les bagages dans l’ambulance qui suivait. Arrivés à VANNES, i1s la laissèrent dans cette ville. Quant aux valises elles continuèrent dans une direction inconnue. Elles revinrent deux ou trois ans après, au bureau de LONGPONT, car notre adresse y figurait dessus... (Mais il a fallu du temps pour trier les bagages échappés sur les routes).

EXTRAITS DES LETTRES DE JANINE, qui m’arrivèrent également par hasard, sans doute par l’intermédiaire de Lucette;

“Le 6 Juillet 1940: Ayant trouvé une occasion d’aller à VANNES, j’y suis restée huit jours bloquée toutes les communications étant coupées. Je n’ai plus rien en poche, Maman ayant l’argent sur elle. Heureusement, j’ai trouvé des braves gens. Puis, j’ai eu une occasion d’aller à PARIS. J’espérais trouver Félix, et Émile, mais ceux-ci étaient partis. Je suis chez Mme GUERY, 22 Rue ETEX, PARIS 18ème
Mon cher petit papa, je t’enverrai un mot ce soir, pour te dire si je peux partir. Sinon, tu enverras un mandat dès que cela sera rétabli, etc.;”; Janine avait dix-huit ans à l’époque.
Elle put aller chez Marcelle et Félix à COLOMBES, dès que ceux-ci revinrent, le 26 juillet 1940. Elle y resta en attendant que sa mère puisse lui écrire de rentrer à LONGPONT. (La maison de LONGPONT était très abîmée, plus de matelas, pillées, dévastée etc.).

23:07 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Bombardements, Exode

RETOUR D’ ANDREE A LONGPONT.

Texte de Maurice RENOUX

A NANTES, Andrée avait eu un “Ausweis” délivré par les Allemands. C’était l’autorisation de circuler que délivraient les Allemands pendant l’occupation (194O-1944). Elle était “invitée” à retourner à LONGPONT. La maison, en Mai Juin, avait été habitée par les troupes françaises. Quand Andrée arriva, elle était habitée par des soldats allemands. Pendant l’exode tout avait été pillé, souillé, cassé, (cela en plus des bombardements). Andrée demanda à un officier allemand d’évacuer la maison, lui rappela qu’en temps de Paix, il était interdit de loger la troupe dans un immeuble administratif.
L’officier prit très mal et lui répondit, ”Vous avez six soldats, mais, demain, vous en aurez douze, car les Allemands ne sont pas des voleurs”. Il tint parole. Les enfants revinrent en Septembre à la maison. Andrée retourna à la KOMMANDANTUR. L’évacuation complète se fit alors. (1er Octobre 1940).
Quant à moi, je quittais BORDEAUX pour retourner dans la MANCHE en chemin de fer. Je fis un détour pour aller embrasser ma femme. Elle était bien ébranlée par tous les événements qui avaient eu lieu depuis son départ le 17 Mai ! J’avais donc été affecté à Saint LÔ; puis à JUVIGNY le TERTRE, puis à VALOGNES, enfin, fin Septembre, je fus provisoirement affecté à VILLERS-COTTERETS, (tout près de LONGPONT), en attendant de rejoindre MONTCORNET.
Petit à petit la famille retournait à LONGPONT.

LA FAMILLE SOUS L’OCCUPATION.


Nous souffrions journellement de l’occupation, (quatre ans c’est long), il fallait se soumettre continuellement aux tracasseries et aux vexations des occupants, se méfier des uns et des autres, ne pas se trouver en défaut. Andrée surprit des lettres de dénonciation adressée à la KOMMANDANTUR. Elle essayait d’y remédier adroitement. Le Dimanche, nous faisions de longues promenades dans cette forêt de VILLERS-COTTERETS, si belle, si agréable .Les enfants, dans la semaine étaient au Lycée ou au Collège. Comme tous, nous souffrions des restrictions à tous les niveaux (alimentation, vêtements, chauffage etc.). En 1941, Lucette et Poupou. (Gaston PREVOTEAUX) se sont mariés. En Juin 1942, Marie-Anne est née. Les nouvelles n’étaient pas bonnes, on parlait d’arrestations, d’otages, de victoires allemandes, d’avance sur le front russe etc., etc., Je ne parle pas des bombardements! De plus en 1943, Pierre fut requis au Service du Travail Obligatoire (S.T.O) pour aller travailler sur un des innombrables chantiers de l’organisation TODT, L’organisation TODT s’occupait d’aménager une zone fortifiée dans la région, (Tunnel de VIERZY, défendu par des fortifications en béton, à MARGIVAL, un autre tunnel avait été aménagé pour établir le Poste de Commandement du FURHER, en cas d’attaque des Alliés sur la MANCHE).