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29/05/2008

NOTRE VIE A L’EP0QUE DE FERE en TARDENOIS (AISNE) de 1927 à 1935.

Nous prîmes possession de la maison à FERE en TARDENOIS, le 4 Septembre 1927. C’était le jour de la fête patronale (aussi avec nos prédécesseurs nous eûmes beaucoup de monde). Tout semblait aller bien, nous fîmes quelques transformations et améliorations dans le mobilier. Je m’étais installé “aux fourneaux”, comme mon frère Émile l’avait fait dans son commerce. Je me rendis compte qu’en soignant la cuisine on avait une clientèle assidue ; d’abord les jours de Marché et les autres jours avec les représentants et voyageurs de commerce. Nos prix avaient été remarqués, et une étoile dans le guide MICHELIN nous encouragea à persévérer, Andrée de son coté plaisait beaucoup par son amabilité et sa simplicité. Pendant quelques années nous fûmes très heureux. , Lucette était pensionnaire à l’École Supérieure de CHATEAU-THIERRY, Janine et Pierre fréquentaient l’école publique et travaillaient bien, quant à Claude (il avait un an et demi à cette époque), il restait avec nous, puis alla lui aussi à l’école publique.
Par la suite nos deux gars nous causèrent des émotions ; Un jour, un scieur de long était venu chez un voisin couper des bûches avec une scie mécanique. Claude était très intéressé et regardait de plus en plus près, à tel point que subitement, la scie lui tondit le dessus de la tête, lui faisant une coupe “Bressant”, (cheveux en brosse, sa mère s’en aperçut quelques instants après et lui demanda qui lui avait fait cela). Claude dit enfin la vérité. C’est tout juste si Andrée ne s’évanouit pas. Elle alla trouver le scieur ; il était déjà parti. Le lendemain il lui dit qu’il avait tellement eu peur qu’il avait préféré s’arrêter. Une autre fois, c’est Pierre qui passa par la fenêtre de sa chambre pour aller chercher un objet tombé sur une verrière, il passa au travers en se tailladant fortement la cuise. Par chance l’artère fémorale n’avait pas été touchée.
Comment Pierre a, depuis son enfance, le tabac en horreur :
Entraîné par d’autres gamins il était aller fumer des cigarettes sous un ponceau, assez loin de la maison, Au bout d’une heure de recherches dans le pays, je le découvris et le fis rentrer à la maison. Il monta dans sa chambre, avant de l’enfermer, je lui dis, “Tiens, voilà des cigarettes puisque tu veux fumer ! Tu descendras manger quand ce paquet sera terminé”. Au bout d’un moment, je revins le voir, il avait bien fumé une ou deux cigarettes mais il avait compris la leçon et il a le tabac en horreur depuis ce jour mémorable. Aujourd’hui, il ne le regrette pas, car il a pu se rendre compte du mal que j’ai pu lui éviter ( ? !!).

Heureux souvenirs des enfants : de mes enfants et des enfants de mes frères.

Mado, (par exemple) qui était venue passer quelques jours chez nous : La Grand-mère Marguerite (c’est à dire la mère d’Andrée et de Marcelle) avait offert à ses petits enfants (aussi bien garçons que filles) des tabliers semblables. Ces cousins ou cousines étaient du même sang, puisque les parents étaient deux soeurs mariées à deux frères. Les enfants se ressemblaient comme frères et soeurs. Les tabliers étant semblables cela augmentait leur ressemblance. Dès leur plus jeune âge, ils avaient été élevés ensemble sans s’occuper de leur sexe. Un jour, ma femme conduit deux ou trois petits pour leur faire faire “pipi”. Naturellement, les garçons s’alignent le long du mur, la petite Mado qui avait quatre ans s’accroupit, en se relevant elle ne put s’empêcher de dire “Tu vois Tata, moi aussi j’avais un petit robinet, mais on me l’a coupé quand j’étais petite”.
J’ai cité l’exemple de Mado car elle est morte en 1955, elle avait trente ans, elle donnait le biberon à son fils Jean-François MAUMY qui avait un an, et Mado attendait un deuxième enfant. Jean MAUMY, le mari de Mado, par la suite a élevé son fils loin de toute la famille. Que sont-ils devenus ?????.
LA MORT DE MON PERE, ANTOINE RENOUX.
Mon père, en 1930, était venu à PARIS, pour un baptême ou une communion. Il était venu également chez nous à FERE en TARDENOIS, pour passer quelques jours avec nous. Il faisait très chaud cet été là. Quand mon père reparti à CUNLHAT, i1 prit froid dans le train, probablement. Ma mère à son retour fut obligée d’appeler le Docteur. Il avait bien une bronchite, mais en plus une angine de poitrine. Ma belle-sœur Paulette, la femme d’Emile, qui était venu passer ses vacances avec ses enfants, au lieu de repartir pour PARIS, resta avec ma mère pour soigner mon père. Leurs soins furent impuissants et mon père nous quitta le 30 Septembre 1930. Ma mère profita de notre présence (Félix, Émile et moi) pour vendre la maison et les principaux meubles. Les autres meubles furent emmenés à FERE en TARDENOIS. Ma mère vint vivre avec nous, elle avait 67 ans, mais elle était encore bien valide pour son âge. Elle avait eu tellement des soucis et des chagrins (mort de mon frère Jean) qu’elle s’exprimait beaucoup par écrit à l’intérieur des livres (missels par exemple). Ne soyez pas surpris de trouver des phrases écrites par elle, à l’intérieur des livres (dans les gros dictionnaires, missels, etc.)
Mon père fut enterré à CUNLHAT, plus tard sa femme y sera enterrée à son tour, (morte le 30 Août 1938 à LONGPONT, inhumée en 1962 à CUNLHAT).

LE PRELUDE D’UNE NOUVELLE GUERRE.

C’est à cette époque que les politiciens du monde s’agitèrent de plus en plus. Jusque là, en ce qui me concerne, je ne pouvais imaginer qu’après une guerre aussi désastreuse pour beaucoup de nations, il pouvait se trouver des fous pour songer à employer la force en vue de conquérir le monde. En FRANCE en 1932, le Président de la République, Paul DOUMER est assassiné à l’occasion d’une exposition des Écrivains en vue. Cela était complètement inutile car la politique de la FRANCE était l’affaire du pouvoir législatif, le pouvoir exécutif ne faisait qu’appliquer les lois votées par le parlement. Il fut remplacé aussitôt par l’élection d’Albert LEBRUN.
Puis, aux élections qui suivirent normalement, les Partis de Gauche recueillirent la majorité des voix. Un nouveau gouvernement s’installa. Nos relations avec les pays voisins étaient excellentes.
Seule l’ALLEMAGNE se trouvait à l’écart et subissait les effets du Traité de VERSAILLES, après sa défaite, bien méritée en 1918. Des clans ne tardèrent pas à se manifester en ALLEMAGNE prônant plus ou moins ouvertement la Revanche, mais c’était nouveau, également la supériorité de la Race Blanche et des Aryens, dirigée contre les juifs. Ces mêmes théories étaient prônées en FRANCE par une petite poignée de “Camelots du Roy” dirigés par le journal “L’Action Française”... mais sans influence réelle!!!!
La Propagande “fasciste- raciste”. Il s’était produit un revirement dû à une propagande insidieuse dans les milieux bourgeois. A FERE en TARDENOIS, à l’occasion de la fête patronale, des jeunes gens de bonne famille étaient venus boire le Champagne dans la petite salle à manger, réservées pour des occasions semblables. L’un d’eux, jeune Allemand paraissait bien “correct”, il commença à s’énerver sous l’effet de quelques coupes. Il jeta son masque et s’écria.. provoquant: ”Nous avons dix députés au REICHSTAG (dix députés racistes), et Dimanche, après les élections, nous en aurons cent”. Effectivement, c’est ce qui arriva. Dans cette même période de vacances scolaires, un autre Allemand d’une quarantaine d’années était venu déjeuner au restaurant. Il m’expliqua qu’il était professeur à COLOGNE. Je lui dis qu’un de son compatriote était en ce moment dans la ville. Je m’offris de les présenter. Quand je revis le professeur, il me dit: “Attention, ce petit jeune homme est un fasciste, moi, c’est tout le contraire, je suis pour la Paix.” Je me mis à lire sérieusement toutes les informations politiques: les événements se succédèrent très rapidement.
En ALLEMAGNE, HITLER arriva au pouvoir en 1933 et continua à se livrer à une propagande effrénée et ne se cachait pas pour préparer ouvertement la guerre.
Comment je réagis devant ce danger.
J’appris que le gouvernement Français venait de créer des cours de perfectionnements pour les officiers et sous-officiers de réserve, afin de les tenir au courant des nouvelles méthodes de combat et armes modernes. Je me fis inscrire car je tenais à être au courant de ce qui se passait dans les milieux militaires et para militaires. Je pus constater par la suite que je n’avais pas tort de me méfier: Les officiers de carrière qui nous faisaient les cours étaient sincères, en revanche, certains officiers de réserve discutaient entre eux, sans se gêner, des mérites des régimes fascistes; il fallait d’après eux, maîtriser les forces de Gauche. Je pus par la suite me rendre compte que cette propagande intense nous préparait des désastres pour les Années 1940 et suivantes.
Il en était de même en ITALIE, MUSSOLINI préparait la guerre économique en attendant de préparer l’autre. Il négocia avec Pierre LAVAL, ministre des affaires étrangères. Pierre LAVAL signa de nombreux décrets et accords qui eurent des conséquences redoutables pour notre économie. C’est ainsi que notamment furent abaissés les droits de Douane sur les feutres à chapeaux, en provenance d’ITALIE.
Les événements se succédèrent avec rapidité au cours des années qui suivirent l’avènement de HITLER, autant en FRANCE, qu’en ALLEMAGNE et qu’en ITALIE.

NOS ENNUIS PROFESSIONNELS.

L’usine de FERE en TARDENOIS, qui depuis peu avait transformé son matériel pour fabriquer des cloches à chapeaux, fut touchée à mort. Les industriels italiens reprirent en mains le marché français. L’usine de FERE en TARDENOIS passa de quatre cents ouvriers à une trentaine, et le commerce local en supporta les conséquences. Pour compenser cette perte que nous subissions dans notre profession, je m’étais adjoint la représentation d’un importateur de charbon (des flambants polonais et des anthracites allemands)...mais, toujours à cause de la crise, le patron fut amené à supprimer les nouveaux secteurs qu’il avait crée quelques années avant.
Il ne me restait plus qu’à vendre ma voiture CITROEN B 14 et à chercher un autre travail.
A FERE, un de notre client, propagandiste de l’Action Française, se vanta d’avoir reçu des ordres préparatoires pour occuper le bureau des P.T.T à FERE. I1 n’eut pas le temps de recevoir d’ordre d’exécution, la riposte de la Gauche Unie avait arrêté cette tentative. Ceci pour vous dire combien les esprits étaient échauffés.Finalement, Andrée ayant obtenu un poste de Receveuse des Postes à LONGPONT (AISNE) nous revendîmes le commerce (1935).

DES EVENEMENTS TRES INQUIETANTS.

En Février 1934, ce fut l’émeute préparée depuis longtemps par les fascistes français, avec la complicité du Préfet de Police François CHIAPPE. Le 67ème Régiment d’Infanterie de SOISSONS fut transporté d’urgence à PARIS pour occuper des points stratégiques et s’opposer aux factieux. Je l’ai déjà dit, les esprits étaient de plus en plus échauffés. Ce fut successivement la violation du traité de VERSAILLES, en rétablissant le service militaire en ALLEMAGNE, puis l’occupation de la rive gauche du RHIN en 1935. (L’Armée française était prête à intervenir mais nos alliés Anglais ne voulurent pas nous suivre.On laissa faire une fois de plus.)

Travaux sur la ligne MAGINOT

Dans les années précédentes, au cours de mes voyages (dans le secteur), que je faisais pour le compte de la maison de charbon, j’étais passé à plusieurs reprises dans la région frontière des ARDENNES et, notamment, avec l’un de mes fils. J’avais remarqué les travaux de fortification qui prolongeaient la ligne MAGINOT, dont les derniers ouvrages s’arrêtaient à MONTMEDY (Frontière BELGE). La ligne MAGINOT était une suite de fortifications françaises qui étaient sensées être infranchissables de la SUISSE à la Mer du NORD. Les nouveaux ouvrages étaient placés aux bons endroits, mais ils n’avaient pas de résistance ayant été construits à la hâte. Le Commandement (PETAIN en particulier) ne comptait pas qu’une offensive Allemande s’engagerait à travers la forêt des ARDENNES. Ils estimaient que la nature même du terrain suffirait à empêcher un ennemi de passer par l’endroit le plus difficile. Pour ceux, qui comme nous, avaient pu le voir, (Pierre et moi), en passant en 1937 dans cette vallée de la MEUSE, franchir cet obstacle paraissait, en effet, une très grande difficulté. L’Armée Allemande a fait la démonstration du contraire.
Revenons à 1937, les Allemands et les Italiens se lancent dans la Guerre civile Espagnole et ont une belle occasion d’expérimenter de nouvelles méthodes de combat.
En EUROPE, ces violations successives du traité de VERSAILLES émeuvent profondément les populations, mais les gouvernements ne se mettent pas d’accord pour opposer un front uni; Ainsi, la POLOGNE (qui fut très longtemps aux prises avec la RUSSIE des Tsars) se laissa intoxiquer par la propagande Nazie. Elle refusa toute entente avec la RUSSIE (URSS), toute protection. Elle refusa également qu’un plan de défense de son territoire soit élaboré à l’avance par les alliés, (la FRANCE, les ETATS UNIS, l’ANGLETERRE la BELGIQUE, etc...), Elle devait payer très cher la trahison de ses gouvernements dans les années qui suivirent. Car le 2 Septembre 1939 la POLOGNE sera envahie par les Allemands. Ce qui provoqua la Guerre.
Petite anecdote, J’ai signalé la nomination d’Andrée à LONGPONT, en tant que receveuse des Postes. (LONGPONT est un petit village dans l’AISNE, près de SOISSONS, et de VILLERS-COTTERETS), ceci en 1935. Étant donc à LONGPONT en 1937, je fus amené à passer le brevet sportif; Mon voisin, l’instituteur, (M. DELAVALLEE), avec lequel j’étais au mieux, m’expliqua un jour qu’il avait l’intention de faire passer le brevet sportif aux enfants, mais aussi aux autres catégories: 20, 30, 40 (quarante ans et plus), mais il se plaignait du manque de sportivité de ceux-ci.. J’avais en effet constaté que des jeunes gens de dix-huit ans avaient bien de la peine à sauter plus de 1,10 m, Autrefois, j’aimais sauter, je fis donc un essai et je franchis sans aucune difficulté, en pantalons longs, sans préparation, l’élastique. M. DELAVALLEE me dit :
• “Vous devriez bien vous faire inscrire, cela les encourageraient... .peut-être”.
• “Si vous le croyez, je ne risque rien”.
Je ne craignais donc pas le saut même le lancement du poids, mais je craignais surtout le grimper et le 1000 mètres. Je réfléchis qu’il était beaucoup trop tard pour m’entraîner et je risquais de me fatiguer. Aussi, je fis des essais de 100 M sur la route, montre en main, à petites foulées.
Le jour des épreuves, je m’alignais dans le 1000 m, et, comme j’étais seul dans la quatrième catégorie, on me fit partir avec ceux de la troisième. J’avais ma montre dans ma main gauche pour pouvoir contrôler mon temps, je savais que nous avions trois tours de piste à parcourir, si toutefois on peut appeler “piste”, un pré où l’on faisait paître les bêtes !!!!..Les jeunes de la 3ème catégorie partirent comme des fous, à toute allure. Quant à moi, je savais que je devais m’échauffer pendant le premier tour. Au 2ème souff1e, c’est à dire au 2ème tour, tout se passait bien, aussi au 3ème tour j’accélérais l’allure, au point que je revenais sur les derniers du peloton de jeunes. A l’arrivée ceux-ci, (les trois ou quatre derniers) s’écroulèrent. Ils étaient arrivés dans le temps fixé. .et moi aussi!!!.. C’était le principal.
Ceci se passait en 1937, étant né en 1897, j’avais quarante ans!

MON ENTREE DANS L’ADMINISTRATION.

Me rendant compte que cette instabilité politique n’était pas du tout favorable à trouver un emploi définitif, (le nombre des chômeurs augmentait sans cesse, et j’avais plus de quarante ans), je fus renseigné à temps sur la possibilité d’utiliser la faculté de solliciter un emploi réservé aux victimes de la guerre. C’était mon cas. La brigade de Gendarmerie de VILLERS-COTTERETS me confia le Journal Officiel traitant de cette question. Je choisis les emplois de deuxième catégorie, qui semblaient correspondre à mes connaissances.
Peu de temps après, je reçus une convocation pour passer un examen à BEAUVAIS (OISE). Je connus le résultat de cet examen quelques temps après. J’avais obtenu huit un quart sur dix. J’ai gardé le détail de cet examen dans un dossier. Je fus nommé le 16 Mars 1939 et affecté au Contrôle des Contributions Indirectes de MONTCORNET (AISNE) comme commis.
Entre-temps, le 30 Août 1938, ma mère (Mémé Louise pour les enfants) mourrait subitement dans nos bras après une courte indisposition. (Elle avait soixante-quinze ans). Elle fut d’abord inhumée à LONGPONT. En 1962, je fis exhumer ses restes pour les inhumer dans le cimetière de CUNLHAT (Puy de DOME) auprès de mon père.