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24/08/2008

10 MAI 1940, L’OFFENSIVE ALLEMANDE. Récit de Maurice RENOUX

Le Vendredi 10 Mai 1940, à 5Hoo du matin, avec Dédée, nous sommes réveillés par une explosion lourde (qui fait trembler la maison), éloignée de dix kilomètres à vol d’oiseau. La sonnerie du téléphone retentit, c’est le chef de gare qui me demande de lui passer la gare de VILLERS-COTTERETS, le réseau SNCF ne répondant pas. Le chef de gare m’apprend que le passage à niveau a été bombardé, bloquant la ligne et la route de la FERTE-MILON. Je comprends que ce que je redoutais commence et que les Allemands passent à l’offensive!! Je ne me doutais pas de l’ampleur qu’elle allait prendre en quelques jours.
Peu après, la Radio annonce que la BELGIQUE et la HOLLANDE sont envahies. Le Gouvernement Français invite tous les fonctionnaires civils et militaires à rejoindre leur poste s’ils sont en congé. C’est mon cas, puisque j’étais à LONGPONT depuis le 4 Mai.; Je me prépare et prends le train de 13 h pour LAON-MONTCORNET. Je fais enregistrer mon vélo, mais je laisse ma cantine à la maison.
Andrée est toujours aussi courageuse, je suis civil, aussi elle est rassurée en ce qui me concerne. Elle ne se doute pas de ce qui l’attend!!!, on ne pouvait pas concevoir que les événements se dérouleraient avec une rapidité foudroyante.
Arrivé à LAON, j’apprends que la ligne est coupée par un bombardement à LIART. Nous descendons du train et passons la nuit à proximité des abris. Les appareils de chasse français patrouillaient continuellement.
En circulant, les jours suivants, je vis des morceaux de poutrelles et de wagons à trois ou quatre kilomètres de la gare.
Rentré chez moi, je vis le receveur buraliste, remontant de la gare, assez inquiet sur la suite des événements. Le feu des wagons couvait et les explosions reprirent de plus belle jusqu’à 3 ou 4H00 du matin. Cette fois je m’étais réfugié avec les autres habitants de la maison dans la cave. Je sentais le mur vibrer à chaque explosion

11:15 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Exode

Contribution de Claude RENOUX 14 ans

10 Mal 1940 vers 9 H du matin:

Nous sommes au collège de Soissons, nous sommes à l’étude, ce qui ne veut pas dire que nous étudions, en tous cas pas moi.

Par extraordinaire, le pion qui surveille l’étude en général, et moi en particulier, semble m’avoir totalement oublié.

Il a trop a faire à parcourir la presse du matin: LA DRÔLE de GUERRE est terminée, La GUERRE pas DRÔLE vient de commencer. Les armées allemandes sont entrées en Belgique, en Hollande, au Luxembourg et en France. Des villes, des gares sont bombardées, des milliers de familles sont lâchées.
Sur les routes dans une pagaie infernale, les journaux parlent de guerre TOTALE, d’invasion. Je me revois quelques jours après à Longpont. Le Popeye arrive en vélo de Montcornet (45 Km) et nous crie “j’ai les boches au cul”.
Je regarde instinctivement dans la direction de Soissons a attendant à “ les voir “, je presque déçu, mais quand même rassuré de constater qu’en vélo mon père est plus rapide que les PANZERS.
Je dois préciser qu’à l’époque nous étions sérieusement intoxiqués par les communiqués. (Le communiqué, comme son nom l’indique, est une communication quotidienne de l’état major destiné à la population). L’héroïsme nous était servi à la louche, nous étions les plus fort, grâce à l’acier victorieux, la route du fer était coupée et si les allemands avançaient si vite les sots! , c’est que nos stratèges allaient les piéger vite fait. La grande stratégie de notre G.Q.G était absolument FABULEUSE. Nos troupes pratiquaient comme à la parade le REPLI ELASTIQUE sur des positions préparées à l’avance GENIAL!!. Popeye, avec sang froid et astuce, avait sur son vélo, attiré l’ennemi à sa poursuite pour que la tenaille se referme sur lui. Nos armées glorieuses n’auraient qu’à ramasser les prisonniers allemands coupés de leurs bases.
Bien fait! Mais je ne posais quand même la question: “ où va t’on les loger? “. Ils allaient eux mêmes résoudre le problème, mais n’anticipons pas.

11:10 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Exode

Le 12 Mai 1940 Récit de Maurice RENOUX

DIMANCHE 12 MAI 1940, (Jour de PENTECOTE).

Dans la matinée je voulus aller à la gare chercher mon vélo, mais on ne pouvait approcher, les risques étaient trop grands et inutiles.

LUNDI 13 MAI 1940.

Étant retourné à la gare, j’aperçus mon vélo sur la voie près du quai, au milieu des wagons déchiquetés. Il avait la roue avant broyée, la selle et le guidon arrachés gisaient un peu plus loin. Je pris les restes et retournais chez moi. Je demandais à mon propriétaire si je pouvais prendre la roue d’un vieux vélo qui était dans un coin pour la remonter sur le mien. Je me mis au travail pour reconstituer mon seul moyen de locomotion. Car je n’avais plus la possibilité de rester là. Tous les gens qui possédaient une auto étaient déjà partis en majorité, quelques retardataires s’affairaient pour en faire autant. Les propriétaires de grosses fermes avaient aménagé remorques et tracteurs et installé des matelas et du matériel de cuisine, ainsi que vivres et bagages. Nous ne pouvions plus recevoir de courrier et le téléphone coupé tout le long de la ligne. J’allais voir mon Receveur et lui remis mes quittanciers après avoir arrêté mes comptes et versé l’argent à la caisse.

MARDI 14 MAI 1940.

Nous assistons au défilé lamentable des réfugiés belges, ainsi que des douaniers de la frontière marchant à pieds. Rares étaient ceux qui avaient des vélos

11:04 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Exode

L’ EXODE Récit de Maurice RENOUX

Mercredi 15 MAI 1940

Toujours le même défilé, nous étions les rares fonctionnaires a être restés, mon chef ne paraissait pas vouloir prendre l’initiative de partir. Mon vélo était chargé. Dans l’après midi, je vais sur la place le long de la route, soudain, j’aperçois un détachement de soldats du P.M.A qui avait été cantonné à MONTCORNET, avant l’attaque. Ils marchaient en colonne par un, à cinq ou six pas de distance le long des murs, de chaque coté de la route. M’approchant d’un sous-officier, je lui demandais de quel coté ils se dirigeaient, il me répondit: “Nous nous replions sur MARLES, est-ce loin????”. Je lui répondis “dix-huit “ kilomètres!”. Cette fois-ci, .j’étais fixé, et bien décidé à retourner voir mon contrôleur- receveur, je lui dis, ”Je vous ai rendu mes comptes, êtes-vous au courant de ce qui se passe?” “Non je ne vois pas”. Je lui explique l’arrivée, plus exactement le passage de l’armée qui se repliait. Nous ne pouvions plus recevoir d’ordre de repli en ce qui nous concernait (puisque les communications étaient coupées). Il nous fallait prendre la décision nous mêmes. Il me répondit “Je suis de votre avis, nous ne pouvons pas rester là. En ce qui me concerne, je vais à la poste effectuer mon virement comptable et je vais rejoindre ma femme dans l’AUBE”.
Je lui fais mes adieux et je pars en vélo, il était environ l3Hoo. Je connaissais bien la route, je suis passé à CLERMONT-les-FERMES et je reconnus en passant des gens qui me firent un signal amical, mais ils avaient l’air anxieux. Puis, un peu plus loin, aux abords de BUEY-les-PIERREPON j‘aperçois des soldats qui courent et subitement s’arrêtent; ils mettent un fusil mitrailleur en batterie sur le bas coté de la route. Je suis tenté de me retourner, mais j’appuis un peu plus sur les pédales et je continue ma route de concert avec un couple de Belges, également à vélo. Je vois les avions allemands qui passent en direction de LAON, j’abandonne l’idée de passer à la Direction des Contributions Indirectes et je contourne la ville par le SUD, je croise un convoi de plusieurs canons anti-chars de 77 qui semblent sortir de l’usine. A l’entrée de SOISSONS, je vois un régiment d’Infanterie qui marche en direction de LAON. J’ai su plus tard que ces soldats allaient prendre position sur le canal de l’AISNE. Je traverse SOISSONS, puis à la sortie de la ville, je m’arrête dans un café pour casser la croûte, il doit être 2Ohoo. Je m’installe dans le jardin de ce café et je vois défilé d’innombrables réfugiés, l’un d’eux a un pansement à la tête, je lui demande s’il a eu un accident. ”Non me dit-il, ce sont les Allemands qui m’ont tiré dessus, alors que j’étais sur le pas de ma porte à ROZOY sur SERRE, les trois automitrailleuses allemandes ont débouché dans la rue principale et ont ouvert le feu aussitôt pour dégager la route, je fus éraflé par une balle et je suis entré aussitôt à l’intérieur, ma femme m’a fait un pansement sommaire. Nous sommes passés par une porte de derrière, où se trouve le garage, j’ai pris ma voiture qui était déjà prête pour le départ et sans plus attendre nous prîmes une route parallèle pour rejoindre la route de SOISSONS.”
Je connaissais bien ROSOY sur SERRE, puisque nous y allions en tournée au moins une fois par semaine. Peu après une femme passe près de moi, elle sortait du café, et je l’entends dire aux personnes qui étaient avec elle, ”Je ne peux plus retourner chez moi, je me suis trouvée nez à nez avec trois automitrailleuses allemandes”.
Cette fois, il n’y avait plus de doute, les Allemands avaient rompu le front. Sur ma route, je n’avais pas rencontré de renfort de troupes françaises qui allaient barrer la route aux Allemands. Je n’avais plus de temps à perdre, je repartis aussitôt et après quinze kilomètres très pénibles j’arrivais à LONGPONT, où tout était bien calme. Pas de lumière, je sonne et j’entends descendre ma femme et crier “Qui est là?.”- ”C’est moi., Maurice”. Elle ouvre le vasistas et ensuite la porte en me disant, ”Mais pourquoi es-tu là?”, réponse brève, ”J’ai les hoches au cul”. Elle n’en croyait pas ses oreilles.
Là dessus, les enfants, qui ont entendu sonner et reconnu ma voix, descendent à leur tour et je dois raconter les événements. Ils ne savent pas du tout ce qui se passe, tout c’est passé dans le secret quasiment absolu, je leur dis de remonter se coucher, que nous devons tous nous reposer car nous ne savons pas ce que l’avenir nous réservera.
J’avais fait quatre-vingt dix kilomètres sur un vieux vélo et j’étais très fatigué. A partir du Jeudi 16 Mai 1940, je commençais à préparer le départ de notre petite famille et nos aventures à travers la FRANCE, sous les bombardements allaient commencer.

11:03 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

Jeudi 16 Mai 1940 Récit de Maurice RENOUX

JEUDI 16 MAI 1940.

Ma femme ouvre le bureau de poste, comme d’habitude, et raconte à ses deux facteurs ce que j’avais vu et entendu, donc mon retour auprès des miens. Mme MONQUET, propriétaire de la ferme de la Grange me téléphone; elle me demande si c’est exact que les Allemands sont à MONTCORNET, sur ma réponse positive, elle me dit, ”Mon fils ne s’était donc pas trompé”. En sortant, je me rends sur la place et j’aperçois le Maire qui marche sur moi en me criant “C’est honteux de faire courir des bruits semblables, vous mériteriez d’être arrêté”, j’étais stupéfait de cet accueil, et, en apercevant au loin des soldats venant de S0ISSONS, sans veste, montés sur des chevaux à peine sellés, et qui ont l’air ahuri et effrayé, je réponds au Maire, “Demandez Donc à ces gars-là, pourquoi ils sont ici, et vous verrez bien si j’ai menti” .Le Maire discuta avec ces soldats, cela a du être efficace car j’appris après que le Maire était parti avec sa femme dans la direction de VILLERS-COTTERETS !!!.
Dans la matinée, Mme DOLLE, (1a femme d’un facteur qui remplaçait son mari mobilisé), dit à ma femme ”La voiture de mon mari est au garage, mais elle est en panne, si M. RENOUX pouvait la remettre en état, elle pourrait nous être utile”. Après examen, je vis qu’en effet la cuve du carburateur fuyait. La vis de la bride qui retenait cette cuve en avait usé le fond et fait un trou. Je lui en fis part et lui demandais de regarder dans les anciens outils de son mari, (qui était plombier avant d’être facteur), s’il n’y aurait pas un fer à souder, du décapant, une baguette de soudure, elle me ramena ce que je demandais, et je me mis au travail. A cette époque, il existait encore des pièces de monnaie en bronze de cinq et dix centimes. Je pris une pièce de dix centimes, bien passée à la toile émeri, ainsi que le fond de la cuve, et je fis chauffer le fer à souder sur mon réchaud à gaz, et avec la soudure, je pus fixer la pièce au fond de la cuve. Après m’être assuré qu’il n’y avait plus de fuite, je fis un essai qui fut concluant, la voiture pouvait rouler. C’était une 10 CV RENAULT, en très bon état. Mme DOLLE, (DOLLÉ) fit une proposition à ma femme, ”Je ne sais pas conduire, si M. RENOUX veut bien, nous pourrions partir ensemble”. Ma femme lui répondit qu’en tant que Receveuse des Postes, elle ne pouvait pas partir sans ordre, en revanche, elle dit que je pouvais conduire la voiture en amenant les deux enfants DOLLE, leur maman et Janine. Mes deux gars, (Claude, 14 ans, et Pierre, 16 ans) partiraient en vélo. De plus, je ne pouvais pas rester à LONGPONT, il me fallait reprendre contact avec mon administration. Nous décidâmes de partir le lendemain, aussitôt après le repas de midi. Je fis une visite au train militaire qui était en gare depuis longtemps pour me faire soigner mon anthrax, (contracté le 5 Mai par une bestiole, piqûre dans le jardin). Cet anthrax devenait de plus en plus gros et me faisait sérieusement souffrir.

11:02 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Exode