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24.08.2008

Avant-Propos

Lorsque j’ai ouvert ce blog, il y a quelques mois, je n’avais pas encore en ma possession des lettres que les membres de ma famille ont échangées après que les aléas de l’exode de 1940 les aient obligés à se disperser aux quatre coins de la France. Leur découverte m’amène à réorganiser « Mémoires croisées », en les divisant en deux parties ;
1. L’Exode, comprenant les lettres retrouvées, les contributions de Maurice RENOUX et de ces deux fils, ainsi qu’une présentation des personnes auteurs des lettres où évoquées dans les pages de celles-ci.
2. Les mémoires de Maurice RENOUX, de son enfance à la guerre de 1940

Avant d’ouvrir ces chapitres je voudrais souligner l’importance, à mes yeux, de ces courriers, en particulier parce qu’ils relèvent « l’esprit de résistance» qui anime la famille dès le prélude de la défaite. La lettre du 13 Août 1940 en est le meilleur témoin, où, après avoir évoqué son excellente condition physique, Maurice ajoute « À ce train là, je serai tout en fait en forme le cas échéant pour seconder le Général de Gaulle. ». Qui connaissait le général de Gaulle en Août 1940 ? , Qui savait qu’il organisait la lutte contre l’occupant à partir de Londres ? Maurice RENOUX a faillit le rejoindre en Juin, dans une autre lettre, datée du 4 Août, il y fait allusion. Mais Maurice n’est pas le seul, Janine, sa fille, participe également à Paris, avec d’autres jeunes gens, à un acte d’opposition à l’occupation. « Tu as obéi à ta conscience et tu as bien fait. C’est notre religion à nous, elle en vaut bien d’autres. Quand à tes camarades tu les remercieras de ma part. Leur action ne me surprend pas, comme parisien, à leur âge, j’aurai agi comme eux, tu peux me croire » lui écrit son père le 21 juillet.
Quand à son épouse Andrée, ses lettres relatant « l’occupation » de sa maison, par des soldats allemands démontrent ses sentiments et son courage.

Les lettres échangées ont été écrites par Maurice et Andrée, à l’exception d’une émanant de Luce TOUX, et d’une autre de Marguerite HENAULT et de sa sœur Berthe GEORGET. Il est donc important de situer tous les membres de la famille avant de découvrir leurs correspondances.

Maurice RENOUX, né en 1887, engagé volontaire en 1915, a exercé divers métiers avant de devenir contrôleur des contributions indirectes, résistant, il participe à la libération de Soissons avant de s’engager dans l’armée régulière jusqu’à la fin de la guerre. Lieutenant, faisant fonction de commandant de compagnie, il sera fait chevalier de la légion d’honneur à titre militaire, rendu à la vie civile, il reprend son métier de contrôleur jusqu’à sa retraite en 1960, veuf, il se retire à VILLIERS dans l’INDRE dont il devint le maire, fonction dont il démissionne en 1975, pour raisons de santé, il rejoint ses fils en Ardèche, où il décède en 1983.

Andrée HENAULT épouse RENOUX, veuve en première noce de Julien TOUX, tué au front le 4 mai 1915, Ensemble ils ont eu une fille LUCE TOUX né en Juillet 1914, Remariée en 1921 avec Maurice RENOUX dont elle aura trois enfants, JANINE, PIERRE et CLAUDE, Receveuse des Postes, elle ne quittera son poste qu’au dernier moment devant l’avance Allemande, on peut dire d’elle, (comme de Maurice d’ailleurs), qu’elle n’a pas fuit, mais qu’elle s’est repliée sur ordre de son administration. Elle n’a pas cessé d’exercer sa profession, de repli en repli, pendant l’exode et après l’armistice. Décédée en 1960

Marguerite HENAULT, mère d’Andrée et sœur de BERTHE GEORGET chez qui elle trouve refuge pendant l’exode, ainsi que (pendant quelques jours) PIERRE et CLAUDE

LUCE TOUX, se trouve en en soins au sanatorium de MONTFAUCON dans le LOT lors de l’offensive allemande, elle y accueille ses frères jusqu’à l’automne en compagnie de son fiancée, Gaston PREVOTAUX (décédé en 1998), Luce est la fille d’Andrée et de Julien TOUX , et la belle-fille de Maurice.

JANINE RENOUX, fille d’Andrée et de Maurice, elle échappe de peu à la mort lors d’un bombardement à RENNES, mais se retrouve isolée de sa mère, qu’elle ne retrouvera que plusieurs semaines après, agent de liaison de la résistane. Militante pacifiste elle est blessée au métro CHARONNE en 1962, au cours de la répression de la manifestation anti-OAS. Elle exerce jusqu’à sa retraite la profession de standardiste d’une grande firme informatique (IBM) mariée à Louis CHEZE, sans enfant, elle décède en 1998.

PIERRE RENOUX, né en 1924, résistant actif dès la première heure, réfractaire et clandestin, il rejoint le maquis et participe au coté de son père à la libération de Soissons, engagé volontaire comme lui, il termine la guerre sur la poche de Saint NAZAIRE, militant communiste, il fait parti des « quatre d’AUBENAS » arrêtés en 1956 pour s’être opposé au départ d’un train de réserviste à destination de l’Algérie. Professeur d’éducation à AUBENAS où il vit après avoir pris sa retraite. (Croix de guerre)

CLAUDE RENOUX, né en 1926, prend l’exode comme une partie de rigolade, traverse la France en vélo pour rejoindre avec PIERRE, leur sœur LUCE à MONTFAUCON, résistant au coté de son père et de son frère, il terminera la guerre avec eux à Saint NAZAIRE, infirmier des hôpitaux psychiatrique, il se retire avec son épouse à SALAVAS (07) jusqu’au décès de celle-ci. Vit désormais à RUOMS en Ardèche. (Croix de guerre)

Dans les courriers sont évoqués à plusieurs reprises EMILE RENOUX, frère de MAURICE, ainsi que MARCELLE et FELIX RENOUX demeurent à COLOMBE, MARCELLE est la sœur d’Andrée, tandis que son mari FELIX est le frère de MAURICE, les deux frères ayant épousés les deux sœurs.

Ce chapitre est destiné à évoquer le rôle joué par la famille de Maurice RENOUX pendant la guerre de 1940. Janine incitant les prisonniers à s’évader avant leur départ pour l’Allemagne, ses frères participant à la récupération des armes et des équipements que les soldats français ont abandonnés dans les bois pendant la débâcle, Andrée « filtrant » les lettres de dénonciations dans son bureau de poste. Sans oublier la libération et cette situation exceptionnelle, Le Père et ses deux fils servant dans le même régiment de l’armée régulière, le lieutenant Maurice RENOUX, faisant office de commandant de compagnie (capitaine) avec sous ses ordres ses deux sous officiers de garçons. Cette aventure se terminera devant Saint Nazaire, dernière parcelle du territoire français à être libérée au soir de la capitulation de l’Allemagne le 8 Mai 1945.
Maurice RENOUX dans ses mémoires ainsi que ses fils Pierre et Claude nous ont apporté leur témoignage sur cette période. Pour relater cette époque. j’ai repris leurs écrits dans lesquels j'ai inséré les courriers rédigés pendant l'Exode.

10 MAI 1940, L’OFFENSIVE ALLEMANDE. Récit de Maurice RENOUX

Le Vendredi 10 Mai 1940, à 5Hoo du matin, avec Dédée, nous sommes réveillés par une explosion lourde (qui fait trembler la maison), éloignée de dix kilomètres à vol d’oiseau. La sonnerie du téléphone retentit, c’est le chef de gare qui me demande de lui passer la gare de VILLERS-COTTERETS, le réseau SNCF ne répondant pas. Le chef de gare m’apprend que le passage à niveau a été bombardé, bloquant la ligne et la route de la FERTE-MILON. Je comprends que ce que je redoutais commence et que les Allemands passent à l’offensive!! Je ne me doutais pas de l’ampleur qu’elle allait prendre en quelques jours.
Peu après, la Radio annonce que la BELGIQUE et la HOLLANDE sont envahies. Le Gouvernement Français invite tous les fonctionnaires civils et militaires à rejoindre leur poste s’ils sont en congé. C’est mon cas, puisque j’étais à LONGPONT depuis le 4 Mai.; Je me prépare et prends le train de 13 h pour LAON-MONTCORNET. Je fais enregistrer mon vélo, mais je laisse ma cantine à la maison.
Andrée est toujours aussi courageuse, je suis civil, aussi elle est rassurée en ce qui me concerne. Elle ne se doute pas de ce qui l’attend!!!, on ne pouvait pas concevoir que les événements se dérouleraient avec une rapidité foudroyante.
Arrivé à LAON, j’apprends que la ligne est coupée par un bombardement à LIART. Nous descendons du train et passons la nuit à proximité des abris. Les appareils de chasse français patrouillaient continuellement.
En circulant, les jours suivants, je vis des morceaux de poutrelles et de wagons à trois ou quatre kilomètres de la gare.
Rentré chez moi, je vis le receveur buraliste, remontant de la gare, assez inquiet sur la suite des événements. Le feu des wagons couvait et les explosions reprirent de plus belle jusqu’à 3 ou 4H00 du matin. Cette fois je m’étais réfugié avec les autres habitants de la maison dans la cave. Je sentais le mur vibrer à chaque explosion

Contribution de Claude RENOUX 14 ans

10 Mal 1940 vers 9 H du matin:

Nous sommes au collège de Soissons, nous sommes à l’étude, ce qui ne veut pas dire que nous étudions, en tous cas pas moi.

Par extraordinaire, le pion qui surveille l’étude en général, et moi en particulier, semble m’avoir totalement oublié.

Il a trop a faire à parcourir la presse du matin: LA DRÔLE de GUERRE est terminée, La GUERRE pas DRÔLE vient de commencer. Les armées allemandes sont entrées en Belgique, en Hollande, au Luxembourg et en France. Des villes, des gares sont bombardées, des milliers de familles sont lâchées.
Sur les routes dans une pagaie infernale, les journaux parlent de guerre TOTALE, d’invasion. Je me revois quelques jours après à Longpont. Le Popeye arrive en vélo de Montcornet (45 Km) et nous crie “j’ai les boches au cul”.
Je regarde instinctivement dans la direction de Soissons a attendant à “ les voir “, je presque déçu, mais quand même rassuré de constater qu’en vélo mon père est plus rapide que les PANZERS.
Je dois préciser qu’à l’époque nous étions sérieusement intoxiqués par les communiqués. (Le communiqué, comme son nom l’indique, est une communication quotidienne de l’état major destiné à la population). L’héroïsme nous était servi à la louche, nous étions les plus fort, grâce à l’acier victorieux, la route du fer était coupée et si les allemands avançaient si vite les sots! , c’est que nos stratèges allaient les piéger vite fait. La grande stratégie de notre G.Q.G était absolument FABULEUSE. Nos troupes pratiquaient comme à la parade le REPLI ELASTIQUE sur des positions préparées à l’avance GENIAL!!. Popeye, avec sang froid et astuce, avait sur son vélo, attiré l’ennemi à sa poursuite pour que la tenaille se referme sur lui. Nos armées glorieuses n’auraient qu’à ramasser les prisonniers allemands coupés de leurs bases.
Bien fait! Mais je ne posais quand même la question: “ où va t’on les loger? “. Ils allaient eux mêmes résoudre le problème, mais n’anticipons pas.

Le 12 Mai 1940 Récit de Maurice RENOUX

DIMANCHE 12 MAI 1940, (Jour de PENTECOTE).

Dans la matinée je voulus aller à la gare chercher mon vélo, mais on ne pouvait approcher, les risques étaient trop grands et inutiles.

LUNDI 13 MAI 1940.

Étant retourné à la gare, j’aperçus mon vélo sur la voie près du quai, au milieu des wagons déchiquetés. Il avait la roue avant broyée, la selle et le guidon arrachés gisaient un peu plus loin. Je pris les restes et retournais chez moi. Je demandais à mon propriétaire si je pouvais prendre la roue d’un vieux vélo qui était dans un coin pour la remonter sur le mien. Je me mis au travail pour reconstituer mon seul moyen de locomotion. Car je n’avais plus la possibilité de rester là. Tous les gens qui possédaient une auto étaient déjà partis en majorité, quelques retardataires s’affairaient pour en faire autant. Les propriétaires de grosses fermes avaient aménagé remorques et tracteurs et installé des matelas et du matériel de cuisine, ainsi que vivres et bagages. Nous ne pouvions plus recevoir de courrier et le téléphone coupé tout le long de la ligne. J’allais voir mon Receveur et lui remis mes quittanciers après avoir arrêté mes comptes et versé l’argent à la caisse.

MARDI 14 MAI 1940.

Nous assistons au défilé lamentable des réfugiés belges, ainsi que des douaniers de la frontière marchant à pieds. Rares étaient ceux qui avaient des vélos

L’ EXODE Récit de Maurice RENOUX

Mercredi 15 MAI 1940

Toujours le même défilé, nous étions les rares fonctionnaires a être restés, mon chef ne paraissait pas vouloir prendre l’initiative de partir. Mon vélo était chargé. Dans l’après midi, je vais sur la place le long de la route, soudain, j’aperçois un détachement de soldats du P.M.A qui avait été cantonné à MONTCORNET, avant l’attaque. Ils marchaient en colonne par un, à cinq ou six pas de distance le long des murs, de chaque coté de la route. M’approchant d’un sous-officier, je lui demandais de quel coté ils se dirigeaient, il me répondit: “Nous nous replions sur MARLES, est-ce loin????”. Je lui répondis “dix-huit “ kilomètres!”. Cette fois-ci, .j’étais fixé, et bien décidé à retourner voir mon contrôleur- receveur, je lui dis, ”Je vous ai rendu mes comptes, êtes-vous au courant de ce qui se passe?” “Non je ne vois pas”. Je lui explique l’arrivée, plus exactement le passage de l’armée qui se repliait. Nous ne pouvions plus recevoir d’ordre de repli en ce qui nous concernait (puisque les communications étaient coupées). Il nous fallait prendre la décision nous mêmes. Il me répondit “Je suis de votre avis, nous ne pouvons pas rester là. En ce qui me concerne, je vais à la poste effectuer mon virement comptable et je vais rejoindre ma femme dans l’AUBE”.
Je lui fais mes adieux et je pars en vélo, il était environ l3Hoo. Je connaissais bien la route, je suis passé à CLERMONT-les-FERMES et je reconnus en passant des gens qui me firent un signal amical, mais ils avaient l’air anxieux. Puis, un peu plus loin, aux abords de BUEY-les-PIERREPON j‘aperçois des soldats qui courent et subitement s’arrêtent; ils mettent un fusil mitrailleur en batterie sur le bas coté de la route. Je suis tenté de me retourner, mais j’appuis un peu plus sur les pédales et je continue ma route de concert avec un couple de Belges, également à vélo. Je vois les avions allemands qui passent en direction de LAON, j’abandonne l’idée de passer à la Direction des Contributions Indirectes et je contourne la ville par le SUD, je croise un convoi de plusieurs canons anti-chars de 77 qui semblent sortir de l’usine. A l’entrée de SOISSONS, je vois un régiment d’Infanterie qui marche en direction de LAON. J’ai su plus tard que ces soldats allaient prendre position sur le canal de l’AISNE. Je traverse SOISSONS, puis à la sortie de la ville, je m’arrête dans un café pour casser la croûte, il doit être 2Ohoo. Je m’installe dans le jardin de ce café et je vois défilé d’innombrables réfugiés, l’un d’eux a un pansement à la tête, je lui demande s’il a eu un accident. ”Non me dit-il, ce sont les Allemands qui m’ont tiré dessus, alors que j’étais sur le pas de ma porte à ROZOY sur SERRE, les trois automitrailleuses allemandes ont débouché dans la rue principale et ont ouvert le feu aussitôt pour dégager la route, je fus éraflé par une balle et je suis entré aussitôt à l’intérieur, ma femme m’a fait un pansement sommaire. Nous sommes passés par une porte de derrière, où se trouve le garage, j’ai pris ma voiture qui était déjà prête pour le départ et sans plus attendre nous prîmes une route parallèle pour rejoindre la route de SOISSONS.”
Je connaissais bien ROSOY sur SERRE, puisque nous y allions en tournée au moins une fois par semaine. Peu après une femme passe près de moi, elle sortait du café, et je l’entends dire aux personnes qui étaient avec elle, ”Je ne peux plus retourner chez moi, je me suis trouvée nez à nez avec trois automitrailleuses allemandes”.
Cette fois, il n’y avait plus de doute, les Allemands avaient rompu le front. Sur ma route, je n’avais pas rencontré de renfort de troupes françaises qui allaient barrer la route aux Allemands. Je n’avais plus de temps à perdre, je repartis aussitôt et après quinze kilomètres très pénibles j’arrivais à LONGPONT, où tout était bien calme. Pas de lumière, je sonne et j’entends descendre ma femme et crier “Qui est là?.”- ”C’est moi., Maurice”. Elle ouvre le vasistas et ensuite la porte en me disant, ”Mais pourquoi es-tu là?”, réponse brève, ”J’ai les hoches au cul”. Elle n’en croyait pas ses oreilles.
Là dessus, les enfants, qui ont entendu sonner et reconnu ma voix, descendent à leur tour et je dois raconter les événements. Ils ne savent pas du tout ce qui se passe, tout c’est passé dans le secret quasiment absolu, je leur dis de remonter se coucher, que nous devons tous nous reposer car nous ne savons pas ce que l’avenir nous réservera.
J’avais fait quatre-vingt dix kilomètres sur un vieux vélo et j’étais très fatigué. A partir du Jeudi 16 Mai 1940, je commençais à préparer le départ de notre petite famille et nos aventures à travers la FRANCE, sous les bombardements allaient commencer.

Jeudi 16 Mai 1940 Récit de Maurice RENOUX

JEUDI 16 MAI 1940.

Ma femme ouvre le bureau de poste, comme d’habitude, et raconte à ses deux facteurs ce que j’avais vu et entendu, donc mon retour auprès des miens. Mme MONQUET, propriétaire de la ferme de la Grange me téléphone; elle me demande si c’est exact que les Allemands sont à MONTCORNET, sur ma réponse positive, elle me dit, ”Mon fils ne s’était donc pas trompé”. En sortant, je me rends sur la place et j’aperçois le Maire qui marche sur moi en me criant “C’est honteux de faire courir des bruits semblables, vous mériteriez d’être arrêté”, j’étais stupéfait de cet accueil, et, en apercevant au loin des soldats venant de S0ISSONS, sans veste, montés sur des chevaux à peine sellés, et qui ont l’air ahuri et effrayé, je réponds au Maire, “Demandez Donc à ces gars-là, pourquoi ils sont ici, et vous verrez bien si j’ai menti” .Le Maire discuta avec ces soldats, cela a du être efficace car j’appris après que le Maire était parti avec sa femme dans la direction de VILLERS-COTTERETS !!!.
Dans la matinée, Mme DOLLE, (1a femme d’un facteur qui remplaçait son mari mobilisé), dit à ma femme ”La voiture de mon mari est au garage, mais elle est en panne, si M. RENOUX pouvait la remettre en état, elle pourrait nous être utile”. Après examen, je vis qu’en effet la cuve du carburateur fuyait. La vis de la bride qui retenait cette cuve en avait usé le fond et fait un trou. Je lui en fis part et lui demandais de regarder dans les anciens outils de son mari, (qui était plombier avant d’être facteur), s’il n’y aurait pas un fer à souder, du décapant, une baguette de soudure, elle me ramena ce que je demandais, et je me mis au travail. A cette époque, il existait encore des pièces de monnaie en bronze de cinq et dix centimes. Je pris une pièce de dix centimes, bien passée à la toile émeri, ainsi que le fond de la cuve, et je fis chauffer le fer à souder sur mon réchaud à gaz, et avec la soudure, je pus fixer la pièce au fond de la cuve. Après m’être assuré qu’il n’y avait plus de fuite, je fis un essai qui fut concluant, la voiture pouvait rouler. C’était une 10 CV RENAULT, en très bon état. Mme DOLLE, (DOLLÉ) fit une proposition à ma femme, ”Je ne sais pas conduire, si M. RENOUX veut bien, nous pourrions partir ensemble”. Ma femme lui répondit qu’en tant que Receveuse des Postes, elle ne pouvait pas partir sans ordre, en revanche, elle dit que je pouvais conduire la voiture en amenant les deux enfants DOLLE, leur maman et Janine. Mes deux gars, (Claude, 14 ans, et Pierre, 16 ans) partiraient en vélo. De plus, je ne pouvais pas rester à LONGPONT, il me fallait reprendre contact avec mon administration. Nous décidâmes de partir le lendemain, aussitôt après le repas de midi. Je fis une visite au train militaire qui était en gare depuis longtemps pour me faire soigner mon anthrax, (contracté le 5 Mai par une bestiole, piqûre dans le jardin). Cet anthrax devenait de plus en plus gros et me faisait sérieusement souffrir.

Première Séparation

VENDREDI 17 MAI 1940.

J’avais organisé le départ ainsi: les deux garçons rouleraient en vélo devant la voiture, en éclaireurs, pour signaler les avions. Dans la voiture se trouveraient comme prévu: Mme DOLLE, ses deux enfants, Janine et moi-même qui conduirai. J’avais cru bon de ne pas utiliser les grandes routes surveillées par les avions, tout alla très bien jusqu’à NEUILLY Saint FRONT, où je voulais me rendre chez le Receveur pour savoir où pourrait être le Directeur des Contributions Indirectes?. Il me dit qu’il se trouvait à CHATEAU-THIERRY , mais qu’il devait rejoindre LAVAL, comme tous les autres fonctionnaires de l’AISNE. Dans ces conditions, je lui dis que j’irais directement à LAVAL, et je pris congé. Nous repartîmes en direction de Saint CYR sur MORIN, où nous arrêtâmes pour coucher. Auparavant, nous avions eu un moment d’émotions. Peu après NEUILLY Saint FRONT, nous descendions une petite route quand mes éclaireurs (Claude et Pierre) firent signe que des avions arrivaient dans notre direction. Je m’arrêtais aussitôt en disant à mes passagères d’aller se coucher dans le champ qui dominait et, reculant la voiture, je la mis derrière, contre le talus de la route. Comme j’étais, à ce moment là, presque face à l’autre talus, je vois devant moi, de l’autre coté, des grandes niches creusées dans le dit talus et bourrées de caisses d’obus de 75. C’était la réserve d’une batterie de D.C.A qui était à proximité, (Défense Contre Avions). Or, cette batterie n’a pas tiré un seul obus, alors que les avions venaient droit sur elle. Mes fils peuvent s’en souvenir, puisqu’ils étaient à coté d’elle!!!!!. Pourquoi????
REFLEXIONS. Plus tard, en fuyant à nouveau (Saint LÔ), un avion passa près d’un poste de Mitrailleurs Contre Avions. Même tactiques, les pièces ne tirèrent pas. Etait-ce une instruction précise de ne pas combattre???. C’est aussi, peut-être pour la même raison que le terrain d’aviation de CLERMONT les FERMES avait été rendu inutilisable. Comme c’est étrange. Un observateur comme moi ne peut s’empêcher de conclure. Aussi, je n’ai pas été surpris d’apprendre quelques jours plus tard que le Gouvernement du Maréchal PETAIN, demandait l’Armistice, lui qui était président du Conseil Supérieur de la Défense Nationale, avait été contre le prolongement de la ligne MAGINOT jusqu’à la mer. Pour lui, le fait qu’il y ait la forêt des ARDENNES lui paraissait un obstacle infranchissable. On a vu !!!.!!
Revenons au Vendredi 17 Mai 1940. Nous étions donc en face d’une réserve d’obus de 75 de D.C.A, il était trop tard pour changer de place. Je n’eus que le temps de quitter la voiture et de me jeter à terre, les bombes pleuvaient!. Les avions continuèrent sur CHATEAU-THIERRY. Je reviens à la voiture et la mis sur la route sans attendre mes voyageuses, je partis rejoindre mes deux fils, en leur expliquant que pour nous, la voiture était notre seule planche de salut pour nous rendre à LAVAL le plus rapidement. J’aperçus Mme DOLLE et ses enfants, mais je ne voyais pas Janine. Mme DOLLE l’appelle. Heureusement, Janine se mit debout et courut vers nous, elle avait été plus loin que les autres et avait vu tomber les bombes, elle n’avait pas perdu de vue les avions et se couchait au moment précis. Cette peur passée, nous repartîmes et traversâmes Saint CYR sur MORIN à la nuit tombante. Il y avait une unité de transport cantonnée dans le pays et le seul hôtel n’avait que deux chambres à nous offrir. Mme DOLLE en prit une avec ses enfants. Pierre et Janine couchèrent sur des coussins dans la chambre qui restait libre, laissant le lit pour Claude et moi. Nous avions besoin de repos mais les batteries de D.C.A firent leur travail. Elles protégeaient le Grand Quartier Général, installé à la FERTE sous JOUARRE. La maison tremblait et nous ne pouvions pas dormir. Claude, qui avait donc quatorze ans, se retournait souvent et me cognait l’épaule, ce qui correspondait à mon anthrax. Enfin, au matin, nous repartions après avoir pris un petit déjeuner, en direction de LAVAL

Contribution de Claude RENOUX 14 ans

J’étais à l’époque grassement nourri de littérature ne figurant pas au programme; à 14 ans, on préfère d’ Artagnan à Rodrigue; entre deux traîneurs de sabre, je préférais celui qui ne parlait pas en alexandrin: question de goût. Ce qui ne devait être que provisoire d’ailleurs le Poupou, (que Je ne connaissais pas), ne m’avait pas encore présenté Cyrano de Bergerac, que je connaissais de réputation, mais sans plus.
Pour le présent, c’est à dire mi-mai 1940, je m’identifiais à Raoul, vicomte de Bragelonne, et j’avais fait de mon père un grand CONDE tout à fait présentable, sauf que le grand Condé ne montait pas à bicyclette tandis que le Popeye avait fait ses début au 26èmè B.C.P, compagnie cycliste.
Mes 14 ans étaient frustrés.
Ca allait trop vite! Jamais Je n’aurais le temps d’intervenir - croyais Je! Mais l’essentiel est de participer. Et pour participer... on y a participé à la défense élastique!
Nous en tûmes, Pierre et moi, le centre, le noyau dur, la cible mobile, le leurre.
Et quand c’est LEURRE!
Nous avons attiré les hardes barbares, successivement sur l’Ourq, la Marne, la Seine, la Mayenne et la Loire avant d’atterrir, vidés, exténués et la langue pendante à Montfaucon du Lot.
Ah, on leur en a fait voir du pays, mais ils nous en ont fait voir bien davantage, car chaque fois que nous arrivions à une ligne de résistance soigneusement préparée à l’avance par le G.Q.G. VLAN! “ Ils” arrivaient sur nos talons.
Tels l’héroïque Popeye, nous avions “ les boches au cul. Nous étions heureusement d’excellents cyclistes. Etant les moins forts nous nous devions d’être les plus rapides.
Cette promenade de santé, ce parfum d’aventure et la découverte chaque jour d’un nouvel horizon; c’était vraiment trop beau.
Admirateurs de Viétto, d’ Antonin Magne autant que de d’Artagnan et les 3 boys scouts ‘-Conscients de faire partie d’un grand peuple - (fallait voir le monde qui nous accompagnait) nous ôtions libres comme l’air, maîtres de nos destinées et fier comme Artaban.
Et tout ça au milieu d’une pagaïe monumentale, sans le moindre BISON FUTE pour y mettre un peu d’ordre.
Nous ne savions pas encore que nous étions les précurseurs de ces migrations annuelles qui Jetteraient des millions d’Européens sur ces mêmes routes, cap sur le sud, à partir des années 50.
Les intellos appellent ça 1’ instinct grégaire avec une certaine teinte de mépris qui ne les empêchent pas de faire partie du troupeau.
A propos de troupeau, revenons à nos moutons.
Le Popeye nous a conté notre baptême du feu à Neuilly Saint Front.
J’ y reviens.
Lorsque les premières bombes ont commencé à tomber, je trouvais cela extrêmement excitant, spectaculaire, captivant.
Je vivais enfin la guerre, POUR DE VRAI! Mieux; je la faisais, je pourrais comme le Popeye la raconter à mes descendants.
Oui, mes petits, ces bons dieux de Boches m’avaient visé et manqué. Je ne doutais pas, en ma naïve candeur que nous constituions un objectif militaire de première importance -le noyau central de la défense élastique.
Depuis quelques temps de menues branchettes me tombaient sur la tête, coupées nettes. Je n’y attachais aucun intérêt dans mon exaltation. Mon cerveau, dans les grandes circonstances, fonctionne toujours avec une certaine lenteur, que j’attribuais, à l’époque à un très flatteur mépris du danger.
Cerveau.., lent . .. . mais. . . ces branchettes étaient coupées “ net “ ... Nom de. bleu! Mais c’est bien sûr, LES ECLATS DE BOMBES! Et tout ça à quelques centimètres de ma pauvre tête! Je fus pris subitement d’un amour sans pareil pour la terre nourricière, et je ne jurerais pas que l’empreinte de mon visage n’y soit pas encore imprimée. Je réalisais enfin que ça n’était pas du cinéma, d’autant que j’entendais mon cher Popeye qui HURLAIT
“Nom de Dieu, on est sur un dépôt de munitions, c’est ça qu’ils visent!”
Enfin lucide, je sentis monter en moi un brutal flux de quelque chose que je sus plus tard être de l’adrénaline, faute de connaître la chose, j’employais le mot trouille, tout simplement.
Heureusement, les pilotes nazis n ayant pas remarqué ma faiblesse passagère, partirent chercher ailleurs, d’autres victimes innocentes.
N’écoutant que son courage, notre petite troupe se rua vers le Sud. L’amour sacré de la Patrie ne conduisant plus nos bras vengeurs, il fallut chercher à l’étage du dessous le soutien de nos mollets.
Qui répondirent PRESENTS! Nous avons dû faire, Pierre et moi, une sacrée moyenne ce jour là! Il me semble même que la voiture avait du mal à nous suivre.
Il est vrai qu’elle était en surcharge et que le Popeye ne conduisait que d’un bras, l’autre étant réduit à l’impuissance par un anthrax passé sournoisement à l’ennemi.
A l’étape se situe l’épisode de Morin. Je ne puis rien en dire, sinon que pendant des années j’ai entendu le récit de cette nuit d’épouvante. Moi, je me souviens simplement m’être écroulé sur le billard du bistrot - mort de fatigue au point d’oublier de ne sustenter. (Je n’ai su que plus tard que j’avais dormi avec le Popeye).
Profitait de mon sommeil la FRANGE s’écroulait, son armée victime d’une erreur d’orientation partait courageusement à l’assaut de la Méditerranée et des Pyrénées.
Et toujours je dormais
Il est probable que j’ai dû continuer à dormir debout, puis assis jusqu’à Pithiviers.
Car pour permettre sans doute à la voiture d’aller aussi vite que les vélos, le Popeye avait eu l’ingénieuse idée de fixer ceux ci sur le toit de celle là.
Cette surcharge conséquente fut acceptée sans trop de mauvaise humeur par la 10 CV Renault qui y trouvait son compte sur le plan de l’amour propre.
Pithiviers nous laissa le souvenir de son pâté d’alouette et de sa recette bien connue: mélange de viande de cheval et d’alouette, moitié moitié, un cheval- une alouette. La même recette a été appliquée depuis au Centralisme Démocratique. Question à 10 Frs: qui fait le cheval?

Direction Laval Récit de Maurice RENOUX

SAMEDI 18 MAI 1940.

En passant à PITHIVIERS, je me fis soigner à l’hôpital. Janine était venue m’accompagner, mes autres compagnons étaient restés à proximité de l’hôpital avec la voiture. Le Docteur regarda et, sans me prévenir, pressa l’anthrax entre deux compresses. Je poussais un cri terrible et je m’évanouis, quand Janine entendit mon cri, elle fut toute bouleversée mais heureusement je revenais à moi. Je crois que nous avons couché à PITHIVIERS, mais je n’en suis pas certain.

DIMANCHE 19 MAI 1940.

Nous démontâmes les vélos, pour aller plus vite, et les casèrent tant bien que mal sur le toit, ceci pour que Claude et Pierre puissent prendre place à l’intérieur, (Nous étions huit dans la voiture, trois devant et cinq derrière!!!). Nous arrivâmes dans la soirée et nous avons pu être logé provisoirement.

LUNDI 20 MAI 1940.

M’étant renseigné sur l’endroit où se trouvait la Direction des Contributions Indirectes, je me suis présenté au Directeur dans la matinée. Il était arrivé la veille avec une partie du personnel de la Direction. On me demanda des nouvelles de MONTCORNET et je dis ce que je savais et comment j’étais parti un peu avant l’arrivée des Allemands.
J’obtins du Directeur de rester quelques jours à LAVAL, en attendant une affectation. pour me faire soigner sérieusement de mon anthrax et, surtout, pour obtenir si possible des nouvelles de ma femme.
J’étais allé à la Direction des P.T.T demander si elle était arrivée et donner mon adresse au cas où elle aurait pu rejoindre LAVAL. J’avais également télégraphié à COLOMBES, à mon frère Félix, pour qu’il soit au courant et éventuellement renseigner l’un ou l’autre.
Je sus donc, par Félix, que ma femme était passée à COLOMBES et était en route pour LAVAL. En effet, elle nous rejoignit et nous raconta ce qui s’était passé après notre départ.

Témoignage de Pierre-Jules RENOUX- 16 ans

L’évacuation, 1er acte:

Le vendredi 17 mai, la femme du facteur Marcel Dolle qui est aux armées, demande à mon père qui doit rejoindre Laval dans la Mayenne, de conduire sa voiture pour évacuer sa famille vers le sud. Tout le monde embarque : madame Dolle, ses deux enfants, mon père bien sûr et ma soeur Janine. Mon frère Claude et moi suivons en vélo. Seule ma mère reste à son poste au bureau des PTT de Longpont. Elle ne partira que dans les tous derniers jours de mai après qu’une bombe, tombée sur la route à 15 mètres de la maison, ait fait voler en éclats portes et fenêtres. C’est un officier d’une unité de cavalerie qui lui dit : “Mais, madame, il faut partir. Vous ne recevrez de vos supérieurs à Laon aucune directive. Il y a longtemps que tout le monde a foutu le camp.”
Elle part sur une auto mitrailleuse jusqu’à Meaux où elle peut prendre le train pour rejoindre Laval, où nous sommes arrivés le 20 Mai.
A Pithiviers, Madame Dolle a retrouvé son mari. Nous quittons donc la famille Dolle, et c’est par le train, après de multiples changements et péripéties diverses, que nous arrivons dans le chef-lieu de la Mayenne, point de regroupement des fonctionnaires de l’Aisne, toutes administrations confondues. Nous avons trouvé à nous loger à St Berthevin les Laval. Mon frère et moi avons du boulot dans une ferme : on coupe, on met en bottes, et on rentre le foin. Ce n’est pas le bagne, loin s’en faut : travail 2 heures, collation, travail, collation etc. A ce rythme, on attrape peut-être des ampoules, mais on se fait surtout du lard. On en oublie presque la guerre, mais elle ne va pas tarder à nous rattraper.

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