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24/08/2008

Première Séparation

VENDREDI 17 MAI 1940.

J’avais organisé le départ ainsi: les deux garçons rouleraient en vélo devant la voiture, en éclaireurs, pour signaler les avions. Dans la voiture se trouveraient comme prévu: Mme DOLLE, ses deux enfants, Janine et moi-même qui conduirai. J’avais cru bon de ne pas utiliser les grandes routes surveillées par les avions, tout alla très bien jusqu’à NEUILLY Saint FRONT, où je voulais me rendre chez le Receveur pour savoir où pourrait être le Directeur des Contributions Indirectes?. Il me dit qu’il se trouvait à CHATEAU-THIERRY , mais qu’il devait rejoindre LAVAL, comme tous les autres fonctionnaires de l’AISNE. Dans ces conditions, je lui dis que j’irais directement à LAVAL, et je pris congé. Nous repartîmes en direction de Saint CYR sur MORIN, où nous arrêtâmes pour coucher. Auparavant, nous avions eu un moment d’émotions. Peu après NEUILLY Saint FRONT, nous descendions une petite route quand mes éclaireurs (Claude et Pierre) firent signe que des avions arrivaient dans notre direction. Je m’arrêtais aussitôt en disant à mes passagères d’aller se coucher dans le champ qui dominait et, reculant la voiture, je la mis derrière, contre le talus de la route. Comme j’étais, à ce moment là, presque face à l’autre talus, je vois devant moi, de l’autre coté, des grandes niches creusées dans le dit talus et bourrées de caisses d’obus de 75. C’était la réserve d’une batterie de D.C.A qui était à proximité, (Défense Contre Avions). Or, cette batterie n’a pas tiré un seul obus, alors que les avions venaient droit sur elle. Mes fils peuvent s’en souvenir, puisqu’ils étaient à coté d’elle!!!!!. Pourquoi????
REFLEXIONS. Plus tard, en fuyant à nouveau (Saint LÔ), un avion passa près d’un poste de Mitrailleurs Contre Avions. Même tactiques, les pièces ne tirèrent pas. Etait-ce une instruction précise de ne pas combattre???. C’est aussi, peut-être pour la même raison que le terrain d’aviation de CLERMONT les FERMES avait été rendu inutilisable. Comme c’est étrange. Un observateur comme moi ne peut s’empêcher de conclure. Aussi, je n’ai pas été surpris d’apprendre quelques jours plus tard que le Gouvernement du Maréchal PETAIN, demandait l’Armistice, lui qui était président du Conseil Supérieur de la Défense Nationale, avait été contre le prolongement de la ligne MAGINOT jusqu’à la mer. Pour lui, le fait qu’il y ait la forêt des ARDENNES lui paraissait un obstacle infranchissable. On a vu !!!.!!
Revenons au Vendredi 17 Mai 1940. Nous étions donc en face d’une réserve d’obus de 75 de D.C.A, il était trop tard pour changer de place. Je n’eus que le temps de quitter la voiture et de me jeter à terre, les bombes pleuvaient!. Les avions continuèrent sur CHATEAU-THIERRY. Je reviens à la voiture et la mis sur la route sans attendre mes voyageuses, je partis rejoindre mes deux fils, en leur expliquant que pour nous, la voiture était notre seule planche de salut pour nous rendre à LAVAL le plus rapidement. J’aperçus Mme DOLLE et ses enfants, mais je ne voyais pas Janine. Mme DOLLE l’appelle. Heureusement, Janine se mit debout et courut vers nous, elle avait été plus loin que les autres et avait vu tomber les bombes, elle n’avait pas perdu de vue les avions et se couchait au moment précis. Cette peur passée, nous repartîmes et traversâmes Saint CYR sur MORIN à la nuit tombante. Il y avait une unité de transport cantonnée dans le pays et le seul hôtel n’avait que deux chambres à nous offrir. Mme DOLLE en prit une avec ses enfants. Pierre et Janine couchèrent sur des coussins dans la chambre qui restait libre, laissant le lit pour Claude et moi. Nous avions besoin de repos mais les batteries de D.C.A firent leur travail. Elles protégeaient le Grand Quartier Général, installé à la FERTE sous JOUARRE. La maison tremblait et nous ne pouvions pas dormir. Claude, qui avait donc quatorze ans, se retournait souvent et me cognait l’épaule, ce qui correspondait à mon anthrax. Enfin, au matin, nous repartions après avoir pris un petit déjeuner, en direction de LAVAL

11:01 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Exode

Commentaires

Ah combien de fois ai-je lu: "ils n'ont pas tire" ou mieux encore "Ils tiraient à blanc"
Le tir anti-aérien n'est pas comme le tir au canard ! Si l'avion vient en pique droit sur la pièce il y de bonne chance que le préavis (détection!) n'a pas été donne a temps pour mettre en œuvre les calculs des APT (appareil de préparation de tir) Or les systèmes de détection et d'alerte (avant les radars) étaient en 1940 tres aléatoires!
Tirer pour dépenser des obus (forts onéreux) pour le moral n'est pas admissible... Bien sur Monsieur ou Madame Lambda ne le savent pas!
Pour ce qui est des mitrailleuses, c'est un peu différent. Il faudrait en connaître les détails. Mais la aussi, tirer au "pif" ca fait bon au cœur, sans plus!
G DeSornes
Chef de pièce (40mm et 90mm antiaérien)

Écrit par : G DeSorne | 26/03/2009

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