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24/08/2008

Contribution de Claude RENOUX 14 ans

J’étais à l’époque grassement nourri de littérature ne figurant pas au programme; à 14 ans, on préfère d’ Artagnan à Rodrigue; entre deux traîneurs de sabre, je préférais celui qui ne parlait pas en alexandrin: question de goût. Ce qui ne devait être que provisoire d’ailleurs le Poupou, (que Je ne connaissais pas), ne m’avait pas encore présenté Cyrano de Bergerac, que je connaissais de réputation, mais sans plus.
Pour le présent, c’est à dire mi-mai 1940, je m’identifiais à Raoul, vicomte de Bragelonne, et j’avais fait de mon père un grand CONDE tout à fait présentable, sauf que le grand Condé ne montait pas à bicyclette tandis que le Popeye avait fait ses début au 26èmè B.C.P, compagnie cycliste.
Mes 14 ans étaient frustrés.
Ca allait trop vite! Jamais Je n’aurais le temps d’intervenir - croyais Je! Mais l’essentiel est de participer. Et pour participer... on y a participé à la défense élastique!
Nous en tûmes, Pierre et moi, le centre, le noyau dur, la cible mobile, le leurre.
Et quand c’est LEURRE!
Nous avons attiré les hardes barbares, successivement sur l’Ourq, la Marne, la Seine, la Mayenne et la Loire avant d’atterrir, vidés, exténués et la langue pendante à Montfaucon du Lot.
Ah, on leur en a fait voir du pays, mais ils nous en ont fait voir bien davantage, car chaque fois que nous arrivions à une ligne de résistance soigneusement préparée à l’avance par le G.Q.G. VLAN! “ Ils” arrivaient sur nos talons.
Tels l’héroïque Popeye, nous avions “ les boches au cul. Nous étions heureusement d’excellents cyclistes. Etant les moins forts nous nous devions d’être les plus rapides.
Cette promenade de santé, ce parfum d’aventure et la découverte chaque jour d’un nouvel horizon; c’était vraiment trop beau.
Admirateurs de Viétto, d’ Antonin Magne autant que de d’Artagnan et les 3 boys scouts ‘-Conscients de faire partie d’un grand peuple - (fallait voir le monde qui nous accompagnait) nous ôtions libres comme l’air, maîtres de nos destinées et fier comme Artaban.
Et tout ça au milieu d’une pagaïe monumentale, sans le moindre BISON FUTE pour y mettre un peu d’ordre.
Nous ne savions pas encore que nous étions les précurseurs de ces migrations annuelles qui Jetteraient des millions d’Européens sur ces mêmes routes, cap sur le sud, à partir des années 50.
Les intellos appellent ça 1’ instinct grégaire avec une certaine teinte de mépris qui ne les empêchent pas de faire partie du troupeau.
A propos de troupeau, revenons à nos moutons.
Le Popeye nous a conté notre baptême du feu à Neuilly Saint Front.
J’ y reviens.
Lorsque les premières bombes ont commencé à tomber, je trouvais cela extrêmement excitant, spectaculaire, captivant.
Je vivais enfin la guerre, POUR DE VRAI! Mieux; je la faisais, je pourrais comme le Popeye la raconter à mes descendants.
Oui, mes petits, ces bons dieux de Boches m’avaient visé et manqué. Je ne doutais pas, en ma naïve candeur que nous constituions un objectif militaire de première importance -le noyau central de la défense élastique.
Depuis quelques temps de menues branchettes me tombaient sur la tête, coupées nettes. Je n’y attachais aucun intérêt dans mon exaltation. Mon cerveau, dans les grandes circonstances, fonctionne toujours avec une certaine lenteur, que j’attribuais, à l’époque à un très flatteur mépris du danger.
Cerveau.., lent . .. . mais. . . ces branchettes étaient coupées “ net “ ... Nom de. bleu! Mais c’est bien sûr, LES ECLATS DE BOMBES! Et tout ça à quelques centimètres de ma pauvre tête! Je fus pris subitement d’un amour sans pareil pour la terre nourricière, et je ne jurerais pas que l’empreinte de mon visage n’y soit pas encore imprimée. Je réalisais enfin que ça n’était pas du cinéma, d’autant que j’entendais mon cher Popeye qui HURLAIT
“Nom de Dieu, on est sur un dépôt de munitions, c’est ça qu’ils visent!”
Enfin lucide, je sentis monter en moi un brutal flux de quelque chose que je sus plus tard être de l’adrénaline, faute de connaître la chose, j’employais le mot trouille, tout simplement.
Heureusement, les pilotes nazis n ayant pas remarqué ma faiblesse passagère, partirent chercher ailleurs, d’autres victimes innocentes.
N’écoutant que son courage, notre petite troupe se rua vers le Sud. L’amour sacré de la Patrie ne conduisant plus nos bras vengeurs, il fallut chercher à l’étage du dessous le soutien de nos mollets.
Qui répondirent PRESENTS! Nous avons dû faire, Pierre et moi, une sacrée moyenne ce jour là! Il me semble même que la voiture avait du mal à nous suivre.
Il est vrai qu’elle était en surcharge et que le Popeye ne conduisait que d’un bras, l’autre étant réduit à l’impuissance par un anthrax passé sournoisement à l’ennemi.
A l’étape se situe l’épisode de Morin. Je ne puis rien en dire, sinon que pendant des années j’ai entendu le récit de cette nuit d’épouvante. Moi, je me souviens simplement m’être écroulé sur le billard du bistrot - mort de fatigue au point d’oublier de ne sustenter. (Je n’ai su que plus tard que j’avais dormi avec le Popeye).
Profitait de mon sommeil la FRANGE s’écroulait, son armée victime d’une erreur d’orientation partait courageusement à l’assaut de la Méditerranée et des Pyrénées.
Et toujours je dormais
Il est probable que j’ai dû continuer à dormir debout, puis assis jusqu’à Pithiviers.
Car pour permettre sans doute à la voiture d’aller aussi vite que les vélos, le Popeye avait eu l’ingénieuse idée de fixer ceux ci sur le toit de celle là.
Cette surcharge conséquente fut acceptée sans trop de mauvaise humeur par la 10 CV Renault qui y trouvait son compte sur le plan de l’amour propre.
Pithiviers nous laissa le souvenir de son pâté d’alouette et de sa recette bien connue: mélange de viande de cheval et d’alouette, moitié moitié, un cheval- une alouette. La même recette a été appliquée depuis au Centralisme Démocratique. Question à 10 Frs: qui fait le cheval?

11:01 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

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