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23/08/2008

Lettre de Maurice RENOUX à sa fille JANINE (lettre de Saint Lô)

Dimanche 21Juillet 1940

Ma petite Nine chérie,

Ta longue lettre du 12 m’est parvenue ce matin de Bordeaux, via Nantes, où ta maman en a pris connaissance.
Pauvre petite chérie, j’ai pleuré en lisant combien tu avais souffert et je suis bien fier et content de ton bon moral. A aucun moment, d’ailleurs, je n’ai douté de toi et ce n’est jamais cela qui m’a tracassé. Tu as obéi à ta conscience et tu as bien fait. C’est notre religion à nous, elle en vaut bien d’autres. Quand à tes camarades tu les remercieras de ma part. Leur action ne me surprend pas, comme parisien, à leur âge, j’aurai agi comme eux, tu peux me croire.
En raison de la lenteur de la correspondance, je suis toujours dans l’incertitude, ne sachant si tu es encore à Paris. Si ton oncle Emile devait revenir bientôt, la meilleure solution serait que tu restes avec lui. Ta maman étant sur le point de rejoindre Longpont, tu risquerais encore de faire un chassé croisé. Je te conseille donc d’attendre ton mandat de 300 FR car dès que je saurai que tu es fixée pour une huitaine, je t’enverrai 500 FR.
Entre temps ta maman et mi serons peut-être fixés sue ce que l’on va faire de nous, et d’autre part Tonton Emile sera peut-être revenu.
A moi maintenant de te raconter ce qui s’est passé depuis le lundi 17 ; Ayant été autorisé à partir en tant que mobilisable, je suis parti en auto avec mon chef de service, nous pensions passer à RENNES mais nous en avons été détourné à cause justement du bombardement de CESSON que nous ignorions. Passant à FOUGERES et VITRE de là j’ai essayé de téléphoner à Saint BETHEVIN-LAVAL (où ta maman avait été affectée par les PTT après son départ de Longpont) Mais rien à faire, J’ai demandé à pousser jusque là et quand j’ai vu le nid, il était vide. La voisine m’adit que ta mère et toi étaient parties la veille et Pierre et Claude l’avant-veille.
J’étais assez rassuré (quoique j’aurai préféré savoir dans quelle direction vous étiez partes) Après une journée d’arrêt à POITIERS, nous sommes arrivés à BORDEAUX, le 19 juin, juste pour être bombardés. Enfin, cela est un détail en ce qui me concerne. Aussitôt le soir même j’envoyais un télégramme –mandat à Lucette de 1000 FR pensant que les uns ou les autres pouviez être sans ressource. J’ai également télégraphié à CLERMONT FERRAND, mais les liaisons étant coupées, ce n’est qu’au bout de plusieurs jours que Lucette me fit part de l’arrivée des enfants, À ce moment là, d’après son terme j’ai pensé que tu étais avec, car elle aurait dû mettre les garçons. Je n’aurai pas hésité. Ce n’est que par un hasard extraordinaire que j’ai su que ta maman te recherchait et à ce moment mon inquiétude à ton sujet était immense comme tu peux l’imaginer. C’est seulement Lundi dernier que j’ai appris à Nantes, par ta maman que tu étais à Paris. Justement, j’avais eu mon ordre de mission pour rentrer ici et je suis parti le Dimanche 14 Juillet, m’arrêtant à Nantes sachant que ta maman s’y trouvait.
Tout est bien qui finit bien § et dans la famille jusqu’ici, i n’y a pas de victime dans cette bagarre, c’est un gros point.
Je voudrais pouvoir te prendre sur mes genoux et te câliner. Je confie au papier les milles bises bien tendres et affectueuses de ton papa
A bientôt
Maurice RENOUX

19:00 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

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