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23/08/2008

Lettre de Maurice RENOUX à sa fille Janine (lettre de Normandie)

Mardi 13 Août 1940

Ma petite Nine,
Mes chers tous.
Je viens de lire cette bonne lettre collective qui vient jeter une note familiale dans ma solitude, car comme vous le pensez ce n’est pas très rigolo. Malgré cela, ici j’ai du travail et ma foi très agréable pour l’instant. Le temps est superbe et la région très pittoresque, j’aurai tort de me plaindre. J’ai trouvé un vélo d’emprunt qui est très confortable et je roule tantôt sur des routes excellentes mais aussi il nous arrive, pour atteindre les fermes isolées, de faire une partie de cross-country pédestre. A ce train là, je serai tout en fait en forme le cas échéant pour seconder le Général de Gaulle.
Vis-à-vis des bouilleurs de crû, tout se passe bien mieux que nous le pensions, à tel point que si je laissais faire, je serai « noir » tous les soirs.
J’ai déjà eu des nouvelles de ma petite Dédée dont l’état de santé m’inquiète. Elle maigrit d’une façon anormale et j’ai hâte qu’elle puisse se soigner sérieusement. Elle reçoit bien mes lettres, mais forcément pendant la période où elle s’est déplacée je n’ai rien écrit.
Comme je lui ai dit, le bilan des pertes matérielles aussi élevé qu’il soit pour nous, ne doit pas nous faire oublier que nous aurions piu être atteints encore bien plus cruellement, sui un des nôtres était resté dans cette bagarre. Nous étions déjà habitués à en baver, alors, en peu plus ou un peu moins.
Ma petite Nine n’est pas trop prolixe pour me raconter comment ses études sont organisées, j’aurai pourtant bien voulu être tenu au courant de cela, j’y pense souvent, mais je ne sais toujours rien.
Naturellement, je ne ai pas reçu de nouvelle de la Zone Libre depuis longtemps et ayant écrit au Tonton, la lettre m’est revenue avec la mention « inadmis » Les amateurs de bottes sont servis, cela a été progressif et ce n’est pas encore fini, nous en baverons encore .
Dimanche dernier, j’ai passé ma journée à la pêche à la truite pour tuer le temps, j’ai pris trois petites truites. Une grosse a coupé le fils au ras de l’hameçon si bien qu’elle est retournée à la rivière. J’aime beaucoup ce genre de pêche car on ne reste pas à la même place et c’est passionnant.
Je peux avoir terminé mon travail avant la fin du mois, mais je ne sais pas si après je rejoindrai l’Aisne. J’ai demandé à Andrée qu’elle intervienne auprès du Directeur de l’Aisne pour me rappeler mais je n’ai pas beaucoup d’espoir, nous sommes tellement dans mon cas.
La dessus et en attendant le plaisir de nous embrasser mutuellement, je vous envoie à la ronde mille bises et à ma petite Nine les affectueuses tendresses de son papa.

Maurice RENOUX

00:33 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

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