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23/08/2008

Lettre de Marguerite HENAULT et Berthe GEORGET à Luce TOUX

Villiers le 4 Juillet 1940

Mon cher petit,
Aujourd’hui seulement je t’écris te sachant avec tes frères, cela nous tranquillise car depuis leur départ de chez Berthe nous ne vivions plus, nous demandant chaque jour ce qu’ils étaient devenus. Nous regrettions de les avoir laissé partir ; enfin ils sont en lieu sûr, mais comment fais-tu ? Je voulais t’envoyer un peu d’argent, nous ne le pouvons pas (la poste n’accepte pas les mandats, et je me demande comment nous allons faire. Nous avons reçu un télégramme de ton petit père qui est à Bordeaux, nous mettant au courant de la situation. Ta maman est à Rennes, elle a quitté Laval avec Janine et moi, je suis chez Berthe, attendant les évènements. Ton oncle, ta Tante, tes cousines doivent être à Clermont Ferrand. C’est te dite que toute la famille est dispersée. Il y a déjà longtemps que tu as écrit, fais le pour nous rassurer et nous dire comment tu fais pour y arriver ? Ta tante veut t’écrire. Je fini donc ma lettre pour lui laisser la place et je t’embrasse bien, bien fort comme je t’aime. Ta mémère qui ne cesse de penser à toi.
Marguerite

Ma chère Lulu,
Que d’ennuis depuis ta dernière lettre, l’arrivée de la Grand-mère le 16 Juin, celle de Pierre et Claude le lendemain, leur départ précipité le 19, tout cela pour arriver à quoi ? à tomber sur ce qu’ils voulaient éviter. Le jour de leur départ nous avons couché dans la cave de la classe avec Monsieur Villedieu, Colette et ses grand-père et grand-mère. Colette a trouvé que c’était joli d’être tous ensemble, elle aurait voulu recommencer, le lendemain Jeudi à notre rentrée dans notre maison les « 1ers éléments » ont fait leur entrée dans le bourg. J’ai eu l’honneur la première de leur donner des renseignements. J’étais très, très calme, il n’y a absolument rien eu , tes frères auraient resté ici ils auraient mieux fait, c’était pour eux comme pour les autres , rien, rien. A Mézières, il y a eu bataille. Lucienne et ses enfants, et tout le monde du reste, est indemne. Comment fais tu ? Je me le demande, Quelle idée d’aller te retrouver, pauvre enfant ! Enfin espérons des jours meilleurs. Ici nous manquons à peu près de tout sauf de pain. Il se tue veau et porc, on en a un kilo par ci, par là. Il y encore quantité de réfugiés et ils n’ont pas le droit de partir.
Ecris nous, ma chère Lucette si tu as le temps ou fais écrire à tes frères. Ils auraient bien pu le faire pour nous rassurer. Je t’assure que je regrette de les avoir laissé partir. Je les croyais à saint Hilaire, aujourd’hui, seulement, Jules nous avise qu’ils n’ont fait qu(y coucher.
Préviens ta mère si tu peux. Reçu une dépêche de Maurice hier qui nous dit qu’Andrée est à rennes. Direction Régionale et Janine peut-être à Angoulême.
Ta grand-mère ne peut pas te le dire, mais je trouve qu’il vaut mieux dire la vérité.
Je vous embrasse tous les trois bien affectueusement pour Auguste aussi. Votre tante qui vous aime Bien
Berthe

23:38 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ex

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