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29/05/2008

MON ARRIVEE A PARIS.LA GUERRE DE 1914/1918.

Mon frère Jean, qui était rentré de son service militaire en 1912 (c’est à dire depuis un an), demanda à son patron, s’il n’avait pas une place de second pour moi. Ce dernier ayant accepté, Jean me fit venir à PARIS, après acceptation de mes parents. Il était logé dans l’immeuble où se trouvait le magasin: ”Dentelles & Broderies” rue de RICHELIEU, près de la Bourse. Mon frère Jean occupait deux chambres de bonne au 6ème étage; une des deux chambres nous servait de cuisine et de salle à manger, dans l’autre chambre il y avait un grand lit et une penderie. Nous faisions notre “popote”. Puis un jour après que le magasin fut transféré rue du 4 Septembre, nous changeâmes de logement pour aller rue RAMEAU (petite rue bordant d’un coté le square LOUVOIS, lui-même situé en face de la bibliothèque nationale, rue RICHELIEU). Au 6ème étage nous avions une très grande chambre à coucher, une minuscule salle à manger et un coin cuisine de 2m x 1m. C’était bien suffisant.
Je fus adjoint à un “placier”, intéressé dans l’affaire, car il y avait très longtemps qu’il était dans ce métier, et, il avait la meilleure clientèle. Nous étions une trentaine d’employés, y compris ceux qui restaient au magasin, soit à la comptabilité, à la réception des marchandises et au rangement de celles-ci. En ce qui me concerne je travaillais souvent avec Monsieur MICHEL, dont j’étais le second; Je portais la "collection”, c’est à dire une grande valise contenant toutes les nouveautés de la saison. Nous ne visitions que les maisons de Haute Couture qui nous étaient réservées. Mon frère Jean, et les autres placiers avaient aussi leur propre clientèle. La mode dans ces années là permettait d’utiliser beaucoup de dentelles et de broderies pour les robes, ainsi que pour la lingerie fine. Je me souviens, fort bien, avoir livré des dentelles, de 0,70 m de hauteur. Comme il en fallait un grand métrage, (pour donner une certaine ampleur) cela représentait un prix élevé.
A titre de comparaison, dans l’année 1912, mon frère avait fait “6O.000Frs” OR d’affaires, soit à 10% de commission : 6000Frs OR de gains nets, à cette époque beaucoup de petits employés gagnaient l5OFrs (rarement 300) par mois.
Les “manutentions” où s’effectuait la réception des marchandises étaient en général situées au 5ème ou 6ème étage desservis par des escaliers étroits, obscurs et souvent crasseux.
La clientèle utilisait, par contre, de larges escaliers richement décorés, quelques fois même avec un ascenseur dans la cage d’escalier. Il m’arrivait souvent de monter trois ou quatre manutentions dans la matinée, quelques fois avec des paquets lourds et encombrants. Nous évitions de prendre le métro ou l’autobus, car cela n’était pas remboursé. C’est dire si la graisse ne nous envahissait pas ; mais à 16 ans, c’était l’ambiance qui me plaisait. Cette activité de ce PARIS grouillant mais très supportable à cette époque, les rapports commerciaux avec les employées aimables et agréables étaient bien pour me plaire. Je vécus ainsi jusqu’en Juillet 1914.
LA GUERRE DE 1914/1918.

Un certain Jeudi, le 30 Juillet 1914, alors que nous nous rendions au magasin vers 9H, mon frère Jean acheta son journal en passant près d’un kiosque. Tout en marchant, sur le trottoir, à coté de moi, il ouvrit son journal. Brusquement, il s’arrêta pile: Un titre “Mobilisation générale en RUSSIE”, lui fit comprendre que les événements dont on parlait très peu depuis l’assassinat de l’Archiduc d’AUTRICHE prenaient une tournure dramatique pour nous. Nous n’étions pas préparés du tout à ce qui allait suivre.
Quand je dis “nous”, je veux dire la plupart des gens, car on ne croyait pas du tout à la guerre, Pourtant, depuis le début du siècle quelques alertes sérieuses auraient pu nous inciter à nous méfier. Il est bien certain que dans les sphères gouvernementales les dirigeants étaient très attentifs. Nous étions alliés avec la RUSSIE et “l’entente cordiale” régnait entre l’ANGLETERRE et nous (les livres d’histoire relatent cela très bien).
Arrivés au magasin la conversation roule sur cet événement et chacun interpellait son collègue pour lui demander quand il partait. Nous nous attendions à apprendre que la FRANCE, à son tour, prendrait des précautions et mobiliserait son armée. Je savais que mon frère Jean devait partir “immédiatement et sans délai” dès que le jour de la mobilisation serait connu. Nous allions voir notre frère Émile, le soir même, et nous entrâmes rue RAMEAU, attendant la suite des événements.

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