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29/05/2008

LA MOBILISATION DES FASCICULES NUMERO TROIS.1938

Peu de temps après la mort de ma mère, les événements se sont précipités. Le 24 Septembre 1938, alors que j’aidais ma femme au standard, je reçus un appel de VILLERS-COTTERETS. C’était un M. TUFFY de LONGPONT qui me demandait de bien vouloir prévenir son fils que les gendarmes étaient en train de poser des affiches de mobilisation pour tous les hommes ayant un fascicule portant un énorme N°3. J’eus la curiosité de regarder mon livret militaire, je vis que j ‘avais le fascicule N°3. Je ne pouvais pas cacher à Andrée cela, car il me fallait partir “immédiatement et sans délai”. Je téléphonais à la gare pour connaître l’heure du premier train pour HIRSON et LA CAPELLE. I1 était à l3Hoo. Je passe sur la consternation qui régnait dans toutes les maisons, car cette mesure ne visait que les “frontaliers”. Andrée fut très courageuse, elle savait bien que je n’étais pas le seul!.
Au cours du voyage jusqu’à LA CAPELLE, je fus heureusement surpris par la résolution qui se lisait sur tous les visages. On ne pouvait pas accepter une fois de plus qu’HITLER fasse la loi au Monde entier. A l’arrivée, en sortant de la gare vers 19h, des affiches nous invitèrent à passer au bureau provisoire installé en toute hâte dans une maison près de la gare, pour recevoir une affectation précise et connaître le lieu de cantonnement de notre unité.
Nous étions en avance de 24Hoo, les affiches ayant été apposées plus tôt que prévu, ce qui provoqua un grand trouble dans le déroulement des opérations. Etait-ce déjà le début d’une trahison??? Ce n’est pas à moi de le dire. Nous fûmes dirigés au marché couvert de LA CAPELLE et comme il était déjà tard, je m’allongeais sur le comptoir, enroulé dans la couverture que j’avais eu la précaution d’emporter.
Le Dimanche 25 Septembre 1938, je me suis présenté au Commandant faisant fonction de Colonel pour lui signaler que dans ma compagnie le Lieutenant Commandant n’était pas là; en tant que Sergent- Chef Adjoint, j’avais pris provisoirement le commandement de la compagnie, et je venais lui en rendre compte et prendre des ordres .Il me répondit “Allez au CM 21 (centre mobilisateur) et demandez le dossier mobilisation de la deuxième compagnie et conformez-vous aux instructions détaillées qu’il contient”.
M’étant rendu à ces bureaux, le sous-officier qui me reçut me dit “Pour le 25ème Régiment de Travailleurs, je n’ai que des fusils et des masques à gaz, voila le dossier de la deuxième compagnie, tu auras de quoi lire!!! Reviens avec une corvée d’hommes pour enlever ce matériel”.
Je revis plus tard le Commandant du régiment pour lui dire que ses hommes avaient consommé leurs vivres personnels et que la compagnie n’ayant pas reçu de ravitaillement, il était urgent de s’organiser.
Il me répondit “L’officier des détails, et l’officier d’approvisionnement ne sont pas arrivés, que voulez-vous que je fasse ???”. Je lui demandais alors de m’autoriser à me rendre chez les commerçants du pays pour acheter ce qu’il fallait. Pour le paiement, nous leur délivrions un bon provisoire détaché d’un carnet “MANIFOLD”. Trouvant mon idée très bonne, il accepta. Je vais aussitôt chez un papetier acheter un “MANIFOLD”, puis chez un marchand de paille pour coucher les gars. Je commande ce qu’il fallait pour la compagnie. Il ne fit aucune difficulté. Je vais successivement chez les autres commerçants pour assurer le repas de midi. Puis je me rends chez le quincaillier où j’achète des lessiveuses et une marmite en fonte, avec foyer pour bois. Je vais chez le boucher, où je prends la viande pour le soir. Pour les légumes, je les trouve dans le pays. Enfin, le soir la soupe est servie à l’heure à peu près normale. Les gars se rendent compte que j’avais fait un effort pour accomplir mon travail (Heureusement que j’avais conservé un manuel sur lequel figurait un tableau des rations de guerre, sans cela je n’aurais pas pu m’en sortir).
Enfin le commandant de compagnie arriva le Lundi 26, il m’expliqua qu’il avait été alerté par sa femme, alors qu’il était en voyage dans Midi.. Il me remercia d’avoir déjà organisé la compagnie et de continuer...car, il doit se présenter au Colonel. Il revint le soir et me dit “Nous sommes allés voir le terrain, les travaux doivent être effectués, à l’endroit précis indiqué dans le dossier de mobilisation, par un fragment de carte au 1/50000. Un endroit est encadré au crayon rouge et garni de hachures. C’est clair, net et précis!!, ou, plutôt, on doit supposer que c’est ainsi ”Mon cher, me dit-il, vous savez que le plan indique que la compagnie doit être prête à embarquer à l’heure “H”, et nous n’avons rien fait, n’ayant pas d’outil. De plus, il faudrait l’effectif du bataillon et trois mois de travail pour établir un terrain d’aviation (même sommaire). Nous devons nous réunir demain, il y aura aussi des officiers du Génie”.
Il me laisse donc le commandement de la 2ème Compagnie, et je fais la navette entre le cantonnement et le Centre Mobilisateur N°21 pour percevoir ce qui nous manque et ce qui reste au dépôt, (le 30/09/38).
On nous donne des capotes, (les fusils reçus la veille ont bien une baïonnette au bout et un porte baïonnette fixé après), mais il nous manque le ceinturon, des cartouchières et. .les cartouches.

Comment je m’aperçois que la mobilisation n’a pas été surveillée sérieusement.. Ou bien qu’elle fût sabotée.


Le Lieutenant revient le soir et m’apprend une chose stupéfiante, ”Nous sommes allés avec les officiers du Génie voir le terrain dont je vous ai parlé hier et que nous devions remettre en état; Alors, que nous étions sur ce terrain, il est arrivé le Maire de la Commune où nous étions, CLAIREFONTE, il nous déclare qu’il est surpris car le terrain que nous étudions n’est pas le bon terrain. Le terrain prévu se trouve de l’autre coté de la route, il doit avoir une erreur quelque part”.
En effet, il avait raison, l’endroit qu’il nous indiqua correspondait bien à un terrain d’aviation. Il était tout prêt, il n’y avait qu’à enlever les fils de clôture, et à couper quelques pommiers plantés depuis 1918. Alors que la veille on parlait qu’il fallait l’effectif du bataillon et trois mois de travail!!!.
Est-ce une faute volontaire ou involontaire ?. Il y avait six jours que nous étions arrivés et nous n’avions rien fait de sérieux. Heureusement qu’un accord fut signé à MUNICH entre les puissances intéressées.
Le Dimanche 2 Octobre j’étais de retour à LONGPONT dans ma famille. J’étais donc parti du 24 Septembre au 2 Octobre 1938, (huit jours).

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