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29/05/2008

LA BOUE. L'ARTOIE

Nous étions dans l’eau, souvent jusqu’au ventre et quand nous fûmes relevés, nous descendîmes dans un abri creusé dans le sol, assez loin d’où nous étions. A peine arrivé, je fus désigné pour aller chercher le ravitaillement, nous étions environ une vingtaine sous les ordres d’un adjudant. Nous marchions avec peine dans ce boyau, où dans les parties les plus creuses, l’eau nous arrivait sous les bras. Malheur à celui qui glissait et tombait, s’il était seul, il ne pouvait plus se relever, la boue collante le maintenait dans cette position et il devait mourir si l’on ne venait pas à son secours. Par la suite, j’ai appris que des équipes spéciales suivaient les relèves avec des échelles et des cordages pour sauver ceux qui s’étaient enlisés.
Arrivés sur la route pavée (probablement la RN 37), que l’on appelait route de BETHUNE, nous devions retrouver les cuisines roulantes venues nous apporter le ravitaillement, le café et la soupe. Au bout d’un moment, j’avais l’impression d’avoir des cailloux dans mes brodequins et cela me faisait boiter (tant et si bien que l’adjudant s’en aperçut et me demanda gentiment ce que j’avais ; cela peut étonner de lire qu’un adjudant, réputé pour être très dur, puisse parler ainsi : Nous n’étions plus à la caserne et il devait être réserviste, de plus, e paraissais un gamin, je venais d’avoir dix-huit ans, et tout le monde m’appelait “petit” avec une nuance d’affection. Je lui dis donc ce que je ressentais et tout en m’aidant à marcher, nous arrivâmes aux cuisines placées au bord de la route. Les cuistots remplirent notre quart de café brûlant arrosé d’une rasade de rhum et après la distribution des vivres s’effectua. L’adjudant, en me montrant au caporal d’ordinaire lui dit ”Tu emmèneras ce petit à la cuisine et il reviendra demain avec vous”. Je fus installé sur l’avant train qui traînait la roulante et un moment après nous étions installés dans les ruines d’un pays où les “cuistots” avaient leur dépôt. Ils avaient tous plus de trente ans et ne savaient que faire pour m’être agréable. Ils me firent un bon feu dans la cheminée avec des planches de caisses. J’étais assis devant l’âtre. Je mangeais ce que ces braves gens me tendaient. J’étais déchaussé et je me réchauffais. Tout à coup, je sentis une odeur de cochon grillé, machinalement je regardais mes pieds et je fus stupéfait de voir que ceux-ci avaient doublés de volume. Puis je m’aperçus qu’une braise avait sauté sur l’un de mes pieds, me brûlait sans me faire mal. Je compris aussitôt que j’avais les pieds gelés. Mes compagnons étaient aussi surpris que moi. Ils m’aidèrent à me coucher sur un tas de paille (car je ne pouvais plus m’appuyer sur mes pieds) et me couvrirent avec des couvertures. Le matin, le Major vint me voir et confirma ce que je pensais et il me fit une fiche pour être évacué sur l’ambulance 6/21 située à BRUAY LES MINES le 6 Novembre 1915.
“L’ambulance” était installée dans une école primaire (libre d’enfant), la région étant évacuée. Je fus couché et l’on me fit des enveloppements humides. Tout allait pour le mieux, jusqu’au jour où un obus de 380 vint éclater dans le pays. Toutes les 15mn il en arrivait un. Je revois encore, lors de l’éclatement du premier obus, notre infirmier, qui servait la soupe, sauter en l’air et envoyer son seau de soupe dans la chambre puis se coucher sous un lit.

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