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28/05/2008

Mercredi 15 MAI 1940 L’EXODE

Toujours le même défilé, nous étions les rares fonctionnaires a être restés, mon chef ne paraissait pas vouloir prendre l’initiative de partir. Mon vélo était chargé. Dans l’après midi, je vais sur la place le long de la route, soudain, j’aperçois un détachement de soldats du P.M.A qui avait été cantonné à MONTCORNET, avant l’attaque. Ils marchaient en colonne par un, à cinq ou six pas de distance le long des murs, de chaque coté de la route. M’approchant d’un sous-officier, je lui demandais de quel coté ils se dirigeaient, il me répondit: “Nous nous replions sur MARLES, est-ce loin ????”. Je lui répondis “dix-huit “ kilomètres!”. Cette fois-ci, .j’étais fixé, et bien décidé à retourner voir mon contrôleur- receveur, je lui dis, ”Je vous ai rendu mes comptes, êtes-vous au courant de ce qui se passe ?” “Non je ne vois pas”. Je lui explique l’arrivée, plus exactement le passage de l’armée qui se repliait. Nous ne pouvions plus recevoir d’ordre de repli en ce qui nous concernait (puisque les communications étaient coupées). Il nous fallait prendre la décision nous mêmes. Il me répondit “Je suis de votre avis, nous ne pouvons pas rester là. En ce qui me concerne, je vais à la poste effectuer mon virement comptable et je vais rejoindre ma femme dans ”.
Je lui fais mes adieux et je pars en vélo, il était environ l3Hoo. Je connaissais bien la route, je suis passé à CLERMONT les FERMES et je reconnus en passant des gens qui me firent un signal amical, mais ils avaient l’air anxieux. Puis, un peu plus loin, aux abords de BUEY-les-PIERREPON j‘aperçois des soldats qui courent et subitement s’arrêtent; ils mettent un fusil mitrailleur en batterie sur le bas coté de la route. Je suis tenté de me retourner, mais j’appuis un peu plus sur les pédales et je continue ma route de concert avec un couple de Belges, également à vélo. Je vois les avions allemands qui passent en direction de LAON, j’abandonne l’idée de passer à la Direction des Contributions Indirectes et je contourne la ville par le SUD, je croise un convoi de plusieurs canons anti-chars de 77 qui semblent sortir de l’usine. A l’entrée de SOISSONS, je vois un régiment d’infanterie qui marche en direction de LAON. J’ai su plus tard que ces soldats allaient prendre position sur le canal de l’AISNE. Je traverse SOISSONS, puis à la sortie de la ville, je m’arrête dans un café pour casser la croûte, il doit être 2Ohoo. Je m’installe dans le jardin de ce café et je vois défilé d’innombrables réfugiés, l’un d’eux a un pansement à la tête, je lui demande s’il a eu un accident. ”Non me dit-il, ce sont les Allemands qui m’ont tiré dessus, alors que j’étais sur le pas de ma porte à ROZOY sur SERRE, les trois automitrailleuses allemandes ont débouché dans la rue principale et ont ouvert le feu aussitôt pour dégager la route, je fus éraflé par une balle et je suis entré aussitôt à l’intérieur, ma femme m’a fait un pansement sommaire. Nous sommes passés par une porte de derrière, où se trouve le garage, j’ai pris ma voiture qui était déjà prête pour le départ et sans plus attendre nous prîmes une route parallèle pour rejoindre la route de SOISSONS.”
Je connaissais bien ROSOY sur SERRE, puisque nous y allions en tournée au moins une fois par semaine. Peu après une femme passe près de moi, elle sortait du café, et je l’entends dire aux personnes qui étaient avec elle, ”Je ne peux plus retourner chez moi, je me suis trouvée nez à nez avec trois automitrailleuses allemandes”.
Cette fois, il n’y avait plus de doute, les Allemands avaient rompu le front. Sur ma route, je n’avais pas rencontré de renfort de troupes françaises qui allaient barrer la route aux Allemands. Je n’avais plus de temps à perdre, je repartis aussitôt et après quinze kilomètres très pénibles j’arrivais à LONGPONT, où tout était bien calme. Pas de lumière, je sonne et j’entends descendre ma femme et crier “Qui est là?”- ”C’est moi. Maurice”. Elle ouvre le vasistas et ensuite la porte en me disant, ”Mais pourquoi es-tu là ?”, réponse brève, ”J’ai les hoches au cul”. Elle n’en croyait pas ses oreilles.
Là dessus, les enfants, qui ont entendu sonner et reconnu ma voix, descendent à leur tour et je dois raconter les événements. Ils ne savent pas du tout ce qui se passe, tout c’est passé dans le secret quasiment absolu, je leur dis de remonter se coucher, que nous devons tous nous reposer car nous ne savons pas ce que l’avenir nous réservera.
J’avais fait quatre-vingt dix kilomètres sur un vieux vélo et j’étais très fatigué. A partir du Jeudi 16 Mai 1940, je commençais à préparer le départ de notre petite famille et nos aventures à travers la FRANCE, sous les bombardements allaient commencer.

23:22 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

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