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28/05/2008

La Tante Berthe à Villiers (Indre)

Texte de Claude RENOUX

Aux aurores le lendemain, frais comme des gardons, après avoir fait nos adieux à notre bonne hôtesse, et avoir été affectueusement pressés sur sa généreuse poitrine, nous prenions la direction de Villiers. OBJECTIF: TANTE BERTHE, soeur de notre grand père maternel (que nous n’avions pas connu).
Tante Berthe! Le fromage de ses chèvres, les oeufs de ses poules, ses lapins savoureux et les odeurs si particulières de sa maison, ex. rendez-vous de chasse. Odeurs complexes de bois, de copeaux, de cuir, de vernis, de peaux de sangliers... Un univers olfactif! Son mari, l’oncle Auguste ayant été de son vivant sabotier et garde chasse. Deux métiers de fainéant disaient les paysans, ce qui manquait d’indulgence, sinon d’objectivité. On lui reprochait également de courir les filles, ce qui était très exagéré, car sa réputation était telle que ce sont les filles qui lui courraient après. Puisque nous en sommes aux histoires de famille, sachez que l’oncle Auguste était un homme superbe, de haute taille, et qu’il avait été cuirassier pendant le service militaire ( sept ans! ). Faisant fonction de prévôt d’armes, c’est à dire entraîneur d’escrime. Avec ses jolies bacchantes et sa belle prestance, pas étonnant qu’il ait fait des ravages parmi ses contemporaines. Ma mère m’a raconté une fois que son grand père avait surpris un jour son gendre Auguste en train de besogner une de ses belles voisines sur le rebord d’un talus, et qu’il lui administra un maître coup de pied dans 1’ arrière train (j’en déduis que mon arrière grand père eut tort, risquant de rendre sa fille cornue de quelques centimètres de plus).
Revenons en 1940 chez Tante Berthe. Je pensais à tous ces récits de famille en pédalant derrière Pierre éperdument, car si mon frère disposait du fameux vélo de course de l’oncle Jean - vélo qui avait fait Bordeaux Paris avant la guerre 14 - moi je ne disposais que d’un vélo de femme ce qui me laissait le temps de penser dans les moindres descentes en pédalant dans le vide.
J’évoquais les merveilleuses vacances passées chez Tante Berthe en 1930 et 1932, avec ma soeur Janine. Tante Berthe avait autant de personnalité que son mari, mais pas dans les mêmes domaines. Fille et petite fille d’instituteurs, très instruite, elle chantait très bien, connaissait une foule de chansons du Berry et d’ailleurs, cuisinait merveilleusement et était un peu sorcière. Pas une méchante sorcière, non, une gentille. Pour tout dire elle avait les « dons ». En 1914, juste avant la déclaration de la guerre, elle avait vu dans le ciel une immense faux, présage de la grande moisson que la Mort allait faire parmi la jeunesse européenne.
En plus, elle attirait la foudre... Savez vous que dans le Berry on dit “ Saulnay, Paulnay et Villiers, trois pays de sorciers “. Il faut croire qu’il y a une part de vérité là dedans car aujourd’hui encore rebouteux et jeteurs de sorts y prolifèrent à l’aise. Marquée par la foudre, Tante Berthe portait sur le bras et l’avant bras une cicatrice en forme de fougère. Lucette ma soeur aînée vous en parlerait mieux que moi, car elle se trouvait sur ses genoux le jour où la foudre passant par la cheminée la projeta à travers la pièce. Elle garde le souvenir du curé bénissant la maison.
Tout cela pour vous dire que “ Tata Bée “ bénéficiait d’une aura particulière chez ses neveux et petits neveux. A notre arrivée, Tante Berthe, après les embrassades d’usage, nous attira dans un coin pour nous glisser dans l’oreille: « méfiez vous, ici il y a le péril rouge ». Je dois dire que depuis quelques jours nous nous sentions d’avantage concerné par la peste brune; les périls rouges ou jaunes étaient à l’époque bien loin de nos préoccupations.

20:27 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode, Capitulation

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