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28/05/2008

L'Exode vu par Pierre-Jules RENOUX

A la fin 37, mon père est reçu au concours, il devient commis aux contributions indirectes, son premier poste -MQNTCORNET- 80 km de Longpont au nord du département.
Entre Montcornet et Soissons, à part quelques soldats éparpillés en tirailleurs le long des routes, aucune formation militaire; c’est à dire que la voie est libre pour l’invasion. Mais Hitler a un plan diabolique : il fait foncer ses panzers en direction de la mer pour prendre au piège l’armée française qui s’est portée le 10 mai 1940 en Belgique, vers la Meuse. Un répit est donc accordé à notre région. Cela, nous le comprendrons plus tard.

L’évacuation, 1er acte:

Le vendredi 17 mai, la femme du facteur Marcel Dolle qui est aux armées, demande à mon père qui doit rejoindre Laval dans la Mayenne, de conduire sa voiture pour évacuer sa famille vers le sud. Tout le monde embarque : madame Dolle, ses deux enfants, mon père bien sûr et ma soeur Janine. Mon frère Claude et moi suivons en vélo. Seule ma mère reste à son poste au bureau des PTT de Longpont. Elle ne partira que dans les tous derniers jours de mai après qu’une bombe, tombée sur la route à 15 mètres de la maison, ait fait voler en éclats portes et fenêtres. C’est un officier d’une unité de cavalerie qui lui dit : “Mais, madame, il faut partir. Vous ne recevrez de vos supérieurs à Laon aucune directive. Il y a longtemps que tout le monde a foutu le camp.”
Elle part sur une auto mitrailleuse jusqu’à Meaux où elle peut prendre le train pour rejoindre Laval, où nous sommes arrivés le 20 Mai.
A Pithiviers, Madame Dolle a retrouvé son mari. Nous quittons donc la famille Dolle, et c’est par le train, après de multiples changements et péripéties diverses, que nous arrivons dans le chef-lieu de la Mayenne, point de regroupement des fonctionnaires de l’Aisne, toutes administrations confondues. Nous avons trouvé à nous loger à St Berthevin les Laval. Mon frère et moi avons du boulot dans une ferme : on coupe, on met en bottes, et on rentre le foin. Ce n’est pas le bagne, loin s’en faut : travail 2 heures, collation, travail, collation etc. A ce rythme, on attrape peut-être des ampoules, mais on se fait surtout du lard. On en oublie presque la guerre, mais elle ne va pas tarder à nous rattraper.

20:05 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

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