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28/05/2008

L'Exode vu par Claude RENOUX

Texte de Claude RENOUX

AVERTISSEMENT
Deux vérités premières:
• Si la vérité sort toute nue du puits, c ‘est pour que chacun puisse l’habiller à sa façon.
• L’information est sacrée, le commentaire est libre Bref, si le cadre historique de ce récit est rigoureusement authentique, si toute ressemblance avec des personnes etc... etc... est parfaitement vraie, n’a rien de fortuite etc... etc... La façon de donner vaut mieux que ce que l‘on donne. .. . Tout cela pour vous dire que l’assaisonnement est de mon cru, que j ‘ai pu quelquefois forcer le trait, que pour suppléer aux défaillances de ma mémoire, j’ai pu de ci de là, faire appel à mon imagination.
Claude RENOUX

L’EXODE
Tribulations, heurs et malheurs de quelques pauvres créatures et particulièrement des frères RENOUX, Pierre 16 ans, Claude 14 ans. Malgré son titre biblique ce récit n’a rien à voir avec l’ancien testament, ni avec le nouveau d’ailleurs.
10 Mai 1940 vers 9 H du matin:
Nous sommes au collège de Soissons, nous sommes à l’étude, ce qui ne veut pas dire que nous étudions, en tous cas pas moi. Par extraordinaire, le pion qui surveille l’étude en général et moi en particulier, semble m’avoir totalement oublié.
Il a trop a faire à parcourir la presse du matin: LA DRÔLE de GUERRE est terminée, La GUERRE pas DRÔLE vient de commencer. Les armées allemandes sont entrées en Belgique, en Hollande, au Luxembourg et en France. Des villes, des gares sont bombardées, des milliers de familles sont lâchées. Sur les routes dans une pagaie infernale, les journaux parlent de guerre TOTALE, d’invasion. Je me revois quelques jours après à Longpont. Le Popeye arrive en vélo de Montcornet (45 Km) et nous crie “j’ai les boches au cul”.
Je regarde instinctivement dans la direction de Soissons a attendant à “ les voir “, je presque déçu, mais quand même rassuré de constater qu’en vélo mon père est plus rapide que les PANZERS. Je dois préciser qu’à l’époque nous étions sérieusement intoxiqués par les communiqués. (Le communiqué, comme son nom l’indique, est une communication quotidienne de l’état major destiné à la population). L’héroïsme nous était servi à la louche, nous étions les plus fort, grâce à l’acier victorieux, la route du fer était coupée et si les allemands avançaient si vite les sots! , c’est que nos stratèges allaient les piéger vite fait. La grande stratégie de notre G.Q.G était absolument FABULEUSE. Nos troupes pratiquaient comme à la parade le REPLI ELASTIQUE sur des positions préparées à l’avance GENIAL!!. Popeye, avec sang froid et astuce, avait sur son vélo, attiré l’ennemi à sa poursuite pour que la tenaille se referme sur lui. Nos armées glorieuses n’auraient qu’à ramasser les prisonniers allemands coupés de leurs bases.
Bien fait! Mais je ne posais quand même la question: “ où va t’on les loger? “. Ils allaient eux mêmes résoudre le problème, mais n’anticipons pas.
J’étais à l’époque grassement nourri de littérature ne figurant pas au programme; à 14 ans, on préfère d’ Artagnan à Rodrigue; entre deux traîneurs de sabre, je préférais celui qui ne parlait pas en alexandrin: question de goût. Ce qui ne devait être que provisoire d’ailleurs le Poupou, (que Je ne connaissais pas), ne m’avait pas encore présenté Cyrano de Bergerac, que je connaissais de réputation, mais sans plus. Pour le présent, c’est à dire mi-mai 1940, je m’identifiais à Raoul, vicomte de Bragelonne, et j’avais fait de mon père un grand CONDE tout à fait présentable, sauf que le grand Condé ne montait pas à bicyclette tandis que le Popeye avait fait ses début au 26èmè B.C.P, compagnie cycliste.
Mes 14 ans étaient frustrés. Ca allait trop vite! Jamais Je n’aurais le temps d’intervenir - croyais Je! Mais l’essentiel est de participer. Et pour participer... on y a participé à la défense élastique! Nous en tûmes, Pierre et moi, le centre, le noyau dur, la cible mobile, le leurre.
Et quand c’est LEURRE! Nous avons attiré les hardes barbares, successivement sur l’Ourq, la Marne, la Seine, la Mayenne et la Loire avant d’atterrir, vidés, exténués et la langue pendante à Montfaucon du Lot. Ah, on leur en a fait voir du pays, mais ils nous en ont fait voir bien davantage, car chaque fois que nous arrivions à une ligne de résistance soigneusement préparée à l’avance par le G.Q.G. VLAN! “ Ils” arrivaient sur nos talons. Tels l’héroïque Popeye, nous avions “ les boches au cul. Nous étions heureusement d’excellents cyclistes. Etant les moins forts nous nous devions d’être les plus rapides. Cette promenade de santé, ce parfum d’aventure et la découverte chaque jour d’un nouvel horizon; c’était vraiment trop beau. Admirateurs de Viétto, d’ Antonin Magne autant que de d’Artagnan et les 3 boys scouts conscients de faire partie d’un grand peuple - (fallait voir le monde qui nous accompagnait) nous ôtions libres comme l’air, maîtres de nos destinées et fier comme Artaban.
Et tout ça au milieu d’une pagaïe monumentale, sans le moindre BISON FUTE pour y mettre un peu d’ordre. Nous ne savions pas encore que nous étions les précurseurs de ces migrations annuelles qui Jetteraient des millions d’Européens sur ces mêmes routes, cap sur le sud, à partir des années 50. Les intellos appellent ça 1’ instinct grégaire avec une certaine teinte de mépris qui ne les empêchent pas de faire partie du troupeau.

20:35 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode

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