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28/05/2008

L’évacuation, 2ème acte:

Texte de Pierre-Jules RENOUX

On arrive à la mi-juin. La famille, à peine rassemblée va se disloquer. Mon père part dans la Manche rejoindre la Direction Départementale des C.I. Mon frère Claude et moi partons en vélo pour le Lot; ma soeur aînée est dans un sana des PTT à Montfaucon du Lot.
Pour ma mère et ma soeur Janine, l’évacuation tourne au drame, à la limite de l’épouvante. Après notre départ, elles quittent Laval par le train le 16 ou le 17 juin en direction de Nantes. A Rennes, les trains de réfugiés, de militaires, de munitions sont bombardés par la Luftwaffe : un carnage ! Plusieurs milliers de morts... Ma mère et ma soeur ont sauté du train. Dans l'affolement général, elles sont séparées et se perdent de vue. Ma mère, pendant 3 jours, va faire les hôpitaux et les morgues pour retrouver Janine, en vain... Vers le 14 Juillet, elle saura enfin que ma soeur a été récupérée par de braves gens qui l’ont emmenée et hébergée à Vannes.
Pendant ce temps, mon frère et moi, 14 et 16 ans et demi, nous filons vers le sud. Les échos de la guerre roulent dans le lointain : ce sont les ponts de la Loire qui plient sous les bombes allemandes ou italiennes. Nous n’en avons cure, pour nous, cette période prend des airs d’escapade et de liberté. Pas de parents. Pas de profs, nous faisons près de 500 km en nous accrochant parfois aux camions, militaires de préférence, car ils vont plus vite. Nous posons enfin nos sacs à Montfaucon le 21 juin pour apprendre que Pétain vient de demander l’armistice. Nous sommes harassés et en loques, nos semelles de chaussures sont usées à force d’avoir remplacé les patins de freins déficients depuis longtemps dans les descentes.

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Avec notre futur beau-frère, nous nous installons dans une chaumière en bas du village. Nous touchons l’allocation des réfugiés, 10 Frs par jour je crois mais je n’en suis plus très sûr. Pendant 3 mois, nous allons vivre des vacances de rêves, nous qui ne connaissons que le Soissonais ou le Tardenois. Nous découvrons des paysages, des climats, des accents nouveaux. Chaque soir, nous montons au village pour écouter Londres chez une amie de ma soeur qui est anglaise d’origine. Nous applaudissons les exploits de la R.A.F. lors de la bataille d’Angleterre, par contre, nous sommes choqués par l’affaire de Mers El-Kébir. Plus de 50 ans après, je continue à penser que ce raid meurtrier contre l’escadre française basée en Algérie fut une grosse erreur car 2 ans plus tard, au lieu de rejoindre l’Afrique du Nord, la flotte française préféra se saborder dans la rade de Toulon ni aux allemands, ni aux anglais. La France Libre fut ainsi privée d’un renfort qui aurait pesé lourd dans le rapport des forces en Méditerranée.
Tout à une fin, même les allocations aux réfugiés. Début octobre, nous décidons de rentrer en zone occupée. Je n’oublierai jamais le pincement au coeur ressenti en voyant les silhouettes vert de gris debout jambes écartées tous les 10 ou 15 mètres sur le quai de la gare de Vierzon

20:03 Publié dans Exode 1940 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Exode, Capitulation

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