Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

16/08/2008

Retour dans I’Aisne et entrée officielle à Libé Nord:

Texte de Pierre-Jules RENOUX

J’ai volontairement perdu de vue mes copains du groupe, Gauthier Crépin en particulier. La Feldgendarmerie allemande et la gendarmerie française me collent aux basques depuis le 15 mars 43, inutile d’attirer les foudres sur ces hommes courageux qui ont commencé le combat dès l’automne 40.
Deux anecdotes amusantes : en juillet 43, avant mon départ pour Grenoble, je passe une journée à la maison. C’est la sieste. Tout à coup, j’entends ma grand-mère dans la chambre voisine, chambre avec vue sur la rue: “Tiens, les boches. Voilà les boches ! ” Ça fait tilt. Je saute du lit, passe un short et saute du premier Étage; dans le jardin. J’escalade le mur du fond et me retrouve dans le cimetière de l’Abbaye. Je me réfugie dans les bois près de mon dépôt d’armes où je sais que mon père va me trouver. C’était une fausse alerte, 2 allemands étaient simplement venus pour téléphoner: ils étaient en panne à 3 km du village.
Un mois plus tard, je suis dans le midi à Grenoble. La Feldgendarmerie se pointe à nouveau. C’est mon père qui raconte : “Il est 13h15 et la radio de Londres débite des messages personnels à plein pot. L’officier menace et dit “Verboten, hommes et jeunes peuvent être arrêtés”. Soudain, mon père a une idée de génie. Sur le poste de la radio, il y a une photo du cousin Jean, marin sur le Jean Bart dans l’atlantique. Il montre la photo barrée de tricolore en disant:
“Nous écoutons les messages personnels pour avoir des nouvelles de ce neveu qui est prisonnier des anglais”. L’allemand n’écoute même plus. Il est davantage préoccupé par les petits drapeaux rouges qui se rapprochent inexorablement de la frontière allemande. L’Italie l’inquiète aussi. La consultation de cette carte éloquente le laisse pensif et il part en disant : “Quand vous écoutez Londres, mettez moins fort et fermez les portes”.
Je dois dire que, dans l’ensemble, la population du village a été très correcte. Bien sûr, les visites fréquentes des deux polices inquiétaient les braves gens, mais ça n’allait pas plus loin. Si, une fois, une dame a dit à ma mère au guichet de la poste: “Madame, si votre gamin était allé travailler en Allemagne, mon fils qui est prisonnier depuis trois ans serait de retour”. Le chantage à la relève avait fait son effet. Cette femme a fait cette seule réflexion et n’a pas été plus loin.
Ma mère mettait de côté les lettres qui étaient adressées à la Kommandantur ou à la Gestapo. Elle les décachetait. En général, le contenu de ces lettres était insignifiant, demandes d’autorisation de déplacement ou de visite. Une seule fois, dans une lettre adressée à la Kommandantur, une mère dénonçait son fils prisonnier évadé parce que celui-ci vivait chez une femme qui ne lui plaisait pas. Cette lettre ne parvînt jamais aux allemands, mais ma mère trouva un moyen subtil pour prévenir les intéressés sans mettre le renard dans le poulailler.
Mon père qui a quitté Montcornet pour Soissons à la direction des contributions indirectes, m’a trouvé du travail sous un faux nom, avec une nouvelle fausse carte d’identité. J’ai même un vrai Ausweiss allemand sous une fausse identité.

08beb4399ae4aac065cc621a4299a9a4.jpg

Groupe de résisants

Je récupère les métaux non ferreux pour le ministère de la production industrielle. Je suis affecté à Vic sur Aisne et j’attends en mairie que les gens veuillent bien apporter douilles, casseroles, bassinoires . . . etc., pourvu que ce soit du cuivre ou du zinc. Je ne fais pas de zèle et je reste à Vic dans un hôtel face à la mairie. Dans le coin, personne ne me connaît.
Depuis avril, toute la famille ; mon père, ma mère, mon frère Claude qui vient d’avoir 18 ans et moi, nous sommes à Libé Nord. C’est le facteur, Marcel Dolle. Qui a le contact avec les responsables. Le débarquement survient, j’espère que ça va bouger, je voudrais bien sortir les armes mais j’attends les ordres.

Les commentaires sont fermés.