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16/08/2008

Ouvrier agricole chez Deligny à Louâtre puis chez Lienart à Chaudun:

Texte de Pierre-Jules RENOUX

J’ai trouvé tout de suite à m’employer dans une grosse ferme à Louatre, chez Deligny. Nous sommes une demi-douzaine de réfractaires et prisonniers évadés. Nous logeons dans une bicoque. A la ferme, il y a cantine pour nous. Mon travail consiste à faire cuire des betteraves rouges, les emballer et les expédier aux halles, ou alors, je charge le fumier des chevaux pour les champignonnières de la région.
Un soir de mars 43, je suis à la maison en train de souper avec ma mère et ma grand-mère. On sonne. Ma mère va à la porte d’entrée, ouvre le vasistas: “police allemande”. Je ramasse mon couvert, le mets sous l’évier, range ma chaise et disparaît dans la salle à manger. Je me glisse dans un coin entre le mur et le piano. L’allemand dit: “Pierre Renoux, il est là !“ Ma mère répond: “non, il n’est pas là ! - où est-il ? - A Paris, chez sa soeur. - Ouvrez !“, ma mère obéit. Les deux Fritz traversent le couloir et vont jusqu’à la cuisine où ils voient ma grand-mère qui continue à manger sans les remarquer. Ils s’en vont en disant: “Dites à votre fils de rejoindre son travail au plus tôt.”
Dès le lendemain, ma mère envoie un télégramme chez ma soeur à Paris. Elle lui téléphone aussitôt pour l’informer de la situation. Une correspondance s’établit, qui servira d’alibi à l’occasion.
A la mi-avril, la Feldgendarmerie se présente à nouveau. Ma mère déclare aux allemands “après la visite de vos collègues, j’ai télégraphié à ma fille pour qu’elle fasse pression sur Pierre pour que celui-ci regagne Margival. Il a pris le train, mais depuis, on n’a pas eu de nouvelles de lui, je suis très inquiète”. Les allemands sont revenus encore deux fois en mai et juillet, puis c’est la police française qui prend le relais. Les flics de Paris ont débarqué un matin chez les beaux-parents de ma soeur à la fin mars. Fin mai, j’ai quitté la ferme Deligny où je commençais à être trop connu et vais travailler chez Lienart à Chaudun. Ces deux fermiers patriotes ont été déportés par la suite en Allemagne et ne sont jamais revenus.
Fin juillet 43, conscient des dangers qui pèsent sur ceux qui m’aident et sur moi-même, je décide de prendre le large et d’essayer de rejoindre le maquis. A la mi-août, j’atterris à Grenoble et me retrouve au bout de deux jours à Uriage.

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