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16/08/2008

Le maquis de Missy aux Bois:

Texte de Pierre-Jules RENOUX

En fin de soirée, après maints détours, nous arrivons dans une vaste grotte très profonde avec différentes niches. Ce doit être une ancienne champignonnière. Le village est à 1 km et la R.N 2 à moins de 2 km à vol d’oiseau. Aussitôt arrivé, on me remet une mitraillette STEN et une paire de grenades quadrillées. Je suis affecte à un groupe, il y a 4 ou 5 groupes de 8. Avec moi, il y a Christian Jacquine du bois de Sapins ; Robert Brises du quartier Saint Christophe ; Raymond Ronchonneur de Buzancy; Robert Brisson dit Bibi, qui vient de Seine et Oise, Macadam du bois de Sapins ; Lépreux, de Cui en Amont.
Jacquine, c’est notre chef. Il a bien la trentaine, les autres ont mon age, 20 ans; mais certains comme Ronchonneur, sont plus jeunes.
Il y a 4 prisonniers allemands capturés quelques jours plus tôt. Ce jour là, c’est mon groupe qui est à la garde. Nous discutons avec les Fritz, ils ont notre âge. Ils montrent des photos de famille.. C’est l’opération séduction. Le lendemain au matin, le chef des F.T.P du secteur arrive. Il nous réunit et nous dit qu’il vient d’apprendre que 14 camarades ont été fusillés cette semaine dans le nord du département. Que fait-on des prisonniers ? “Il faut les fusiller”, dit quelqu’un “d’abord, il nous embarrassent! - Non, dit un autre, ils peuvent nous servir de monnaie d’échange”. Une voix s’élève et dit: “On combat le nazisme, on ne peut employer ses méthodes”. Les 4 soldats allemands sont témoins de la discussion. Ils sont livides, et il y a de quoi. Mon groupe emmène les 4 malheureux au fond de la grotte pour un simulacre d’exécution, là, on leur dit: “Nous terroristes, mais pas nazis, on vous remettra aux américains quand ils seront là”.
C’est ce jour là que j’ai adhéré au Parti Communiste. Le lendemain, nous partons en opération, un groupe est en camionnette, nous suivons à pied, direction l’on en Amont. Embuscade, 4 nouveaux prisonniers qui sont ramenés en camion au maquis, nous, nous étions en soutien. Nous soupons et couchons dans une ferme, le fils du patron est un ancien copain de classe, Henri Cluzelaud.
Au matin, nous partons pour regagner Missy, il nous faut traverser l’Aisne à pommiers. A l’abri sur le chemin de halage, il y a trois chars allemands, des “Mosquitos” passent en rase motte et vont mitrailler la gare de Mersin et Vaux. Nous profitons de la confusion pour traverser le pont sans nous faire remarquer avec nos mitraillettes et nos grenades dans la musette.

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Char Allemand pris par la résistance, à Droite Maurice RENOUX, commandant du groupe, sur le char son fils Claude

Nous sommes à nouveau la garde des prisonniers. Maintenant, il y en a huit. Des rafales de mitrailleuses sont tirées, ça vient de la R.N. 2. J’arme ma STEN, la gâchette n’accroche pas, le chargeur se vide ; entre les jambes de Lepreux, il y a un petit entonnoir. Nous sommes tous aussi verts que les “verts de gris”.
Le jour de ces bombardements, Paul Jacques, ancien élève du collège est arrêté puis sera déporté. Jean Scheydecker nous a rappelé cette histoire lors d’une récente visite en Ardèche Paul est de Villers Cotterêts, c’est un ancien élève du collège. Il fait parti des auberges de la jeunesse. Le jour du bombardement de la gare de Mercin, il est sur place et prend des photos. Les allemands le prennent pour un espion et l’emmènent à la place Mantoue, siège de la Gestapo. Ils le gardent tout l’après midi, le cuisinent et le libèrent en fin de soirée. Il est sur le trottoir et ne sait où aller. Survient alors Jean Scheydecker, directeur de l’école, qui lui dit de ne pas rester là. Il l’emmène à Rozières sur Crise à l’école des filles Altier Éliane et Renée qui s’occupent des A.J. Jacquez passe la nuit à l’école et repart le lendemain matin pour Villers, chez ses parents. La Gestapo l’y attend. Il sera déporté et ne reviendra pas.
Quelques jours après ce bombardement, un accrochage se produit à la sortie de Missy: une voiture conduite par un ss est sur la route qui mène à la carrière. L’officier est tué, la fille qui était avec lui est amenée à la grotte. Ça fait l’affaire de quelques uns, moi ça me soulève le coeur. Six autres allemands sont “chopés”. Ce sont donc 14 allemands et une femme qui seront remis aux américains. Notre groupe n’a pas assisté à cette remise, mais je suis sûr que nos prisonniers ont vu en eux des libérateurs.
L’objectif de notre groupe était la gare de Berzy le Sec où, un bref engagement a eu lieu. C’est là que pour la première fois que j’ai entendu siffler les balles à mes oreilles. Nous passons la nuit chez Suzanne Bardou dans le préau de l’école de Buzancy.
Au matin du 29 août, nous partons les armes apparentes, le brassard F.F.I. est arboré. Objectif Soissons. Au carrefour de la R.N. 37 et de la route de Septmonts passent les premiers camions américains. Ils ont une grande bâche rose sur les capots à cause de leurs propres avions. A ce moment, des gens nous signalent en criant : “ un milicien, ce salaud, va se tirer, attrapez le !“. Nous le “chopons”. Raymond le connaît, c’est un gars qui a dénoncé plusieurs résistants qui ont été déportés. “Fusillez le, ce ne sera pas une grosse perte”. On le ferait bien, juste à l’angle de la route où il y a un pylône électrique. Soudain, arrive tout soufflant et en claudiquant un ancien combattant. Il tient un café épicerie à mi-côte en direction de Bercy. C’est un responsable de la résistance, le père Faucon:
“Arrêtez camarades, vous n’allez pas faire çà, vous n’avez pas le droit, livrez-le à la justice.” On l’écoute, le milicien nous embarrasse alors, je crois qu’on l’a remis aux américains. Trois ans plus tard, je l’ai croisé dans les rues de Soissons, narquois et arrogant. N’importe, je pense que l’ancien a eu raison de freiner notre zèle.
Nous continuons notre route vers Soissons. Sur la route à l’entrée de Belleu, gît le corps d’un allemand mort recroquevillé sur le bas côté. Plus loin, au pont de Belleu, c’est un américain. Je récupère son fusil. Sur la crosse est gravé grossièrement au couteau ‘Moose “, ce qui signifie Elan ou orignal : le pauvre a été tiré comme un gibier.
Quand nous arrivons place de la République, ça tire de partout; une chenillette américaine tire au canon automatique sur les tours de Saint-Jean des Vignes. On voit voler des éclats de pierre et quelqu’un demande au G.I de cesser le feu. On le prend le relais, mais avec des armes plus légères. On progresse de platane en platane dans l’espèce d’avenue qui remonte vers Saint-Jean. Les balles sifflent et il y a plein de curieux qui s’abritent dans les rues adjacentes et nous indiquent des cibles réelles ou imaginaires. Ça dure une petite demi-heure. Nous arrivons ensuite à l’hôtel de la Croix, c’était en quelque sorte le club pour les officiers. Les allemands viennent d’en être chassés. C’est du délire. Plusieurs F.T.P. vident leur chargeur sur les portraits Adolf l’excitation monte. C’est alors que Henri, Roger Biard monte sur une table ou une chaise pour calmer le jeu. L’état major de la résistance est là au complet, Libé Nord, le Front National, les F.T.P. et l’OCM.
Je crois que Roberte n’était pas encore rentrée de St Quentin mais on l’attendait. Il y avait Biard dit Henri; Roger Pannequin dit Marc, le capitaine Alain, Henri Michel, Chamand pour l’OCM, le capitaine Lepape, A. Faucon dit Pierre, bref du beau monde. Le comité local de la libération viendra plus tard se joindre à eux. On nous installe dans les chambres des étages ; ça pourrait être confortable mais on est trop nombreux.
Le lendemain, je suis nommé sergent chef et on m’envoie avec un groupe pour “nettoyer”, c’est un bien grand mot, le secteur de Margival. En fait, nous crapahutons pendant deux jours. Nous capturons un prisonnier, mais surtout, nous sommes chargés d’interdire tout pillage et de garder les stocks de richesses accumulées dans les blockhaus. Nous serons relevés je crois par une unité de gendarmes professionnels.
Le 1er septembre, nous regagnons Soissons et l’hôtel de la Croix d’Or. Il est environ 18 heures et je dis aux copains : “je suis crevé, je n’ai pratiquement pas dormi depuis quatre nuits et je vais roupiller chez ma frangine”. Elle habite au 8 de la rue de l’Evêché, à 200 m à peine de la Croix d’or. Quand je me pointe le lendemain à l’hôtel, c’est la consternation, j’apprends le désastre du bois des Châssis. Tous mes copains y étaient : Bibi, Ronco, Bébert, Macadré, Lepreux; ils l’ont échappé belle car il y a eu une quinzaine de morts fusillés et massacrés.
Dans les jours qui suivent, nous quittons la Croix d’Or pour la caserne Gouraud, tandis que le Comité de la Libération ou plutôt l’Etat Major de la Résistance reste à la Croix d’Or. Il me semble que le C.L.L a pris possession de l’Hôtel de Ville, ce qui parait logique

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