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16/08/2008

La poche de Saint-Nazaire.

Texte de Pierre-Jules RENOUX

Fin février 45, nous sommes embarqués en train pour le front de l’Atlantique. Nous relevons un bataillon de chasseurs qui a passé tout hiver dans la boue et le brouillard. Nous, nous trouvons qu’il fait moins froid que sur la Meuse. Nous sommes d’abord au Temple de Bretagne. Les allemands sont de l’autre côté d’un canal. Entre eux et nous, il y a un no man’s land truffé de mines. On ne nous a laissé aucun plan. Nous passerons la première semaine à localiser les pièges.
Heureusement il y a avec nous Félicien Latour, un spécialiste courageux, adroit et précis. Je n’ai pas le souvenir qu’il y ait eu un accident dans notre section. Je crois que Félicien a sauté sur un engin en participant à un déminage en Alsace quelques mois après l’armistice.
Il y avait une longue ligne droite à la sortie du village ; en face, les tireurs d’élite faisaient des cartons. Je me rappelle du premier mort couché sur un billard dans un café. Un visage d’ange avec un petit trou rouge à la tempe. Il était de la Capelle. J’ai pensé au poème d’Arthur Rimbaud, “le dormeur du Val”.
Après, nous sommes allés à St.-Etienne de Montluc. Là, tous les jours sur les coups de 11 heures le matin, l’artillerie américaine tirait deux ou trois salves sans raison apparente sur les positions allemandes. Les départs avaient lieu dans notre dos, les obus sifflaient au dessus de nos têtes, quelques secondes plus tard, on voyait les panaches des explosions sur la colline d’en face.
C’est à Saint Etienne de Montluc que nous avons appris la fin des hostilités ; j’ai honte d’avouer que je n’ai aucun souvenir précis de cette journée. Est-ce parce que nous nous sentions les mal-aimés de l’armée française ? Nous étions en loques et une certaine amertume régnait dans nos rangs.

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