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16/08/2008

Je rentre aux F.T.P.

Texte de Pierre-Jules RENOUX

Un incident va précipiter les choses : c’est un samedi après-midi. Je suis à la mairie de Vic, bien au frais car dehors, il fait chaud, c’est le mois d’août. J’entends vociférer dans la rue. Je sors en curieux sur le perron. Je domine la situation. Une espèce de grand escogriffe, 1 m90 au moins, hurle en allemand. Je comprends tout de suite. Il vient de sortir de l’hôtel d’en face avec une femme, une française. J’apprendrai plus tard qu’elle était de Pont Saint Mard. Un des pneus de sa voiture stationnée sous le perron est crevé. Il crie : “terroriste saboteur !“. J’ai peut-être eu un sourire ironique. Soudain la femme me montre du doigt: “c’est lui ! D’abord à son age, il devrait être en Allemagne comme mon fils”. Bien sûr, je n’y suis pour rien. Je n’aurais pas été assez bête pour rester planté là. L’allemand se précipite pour me saisir. Sur mon piédestal je suis plus grand que lui. Je lui balance un grand coup de pied dans le bas ventre et un violent coup de poing à l’estomac. Il se casse en deux, j’en profite pour gagner au plus vite les bois qui bordent l’Aisne. Il n’est pas question de retourner à l’hôtel, je récupérerai mes affaires plus tard.
Je rencontre Suzanne Bardou, institutrice à Buzancy elle épousera plus tard un déporté, André Richier, dont trois soeurs sont mortes en déportation. Je lui raconte mon histoire. Elle me dit de retourner chez moi et d’attendre sans bouger. Un ou deux jours plus tard, je ne sais plus, se présente un personnage que je n’oublierai jamais. Massif en bourgeron bleu, un grand chapeau de soleil, un foulard rouge autour du cou, une main largement ouverte, il me prend par le bras et me dit: “Tu veux te battre, suis-moi”. Je l’aurais suivi au bout de la terre. C’est Henri Michel. Je lui dis: ‘j’ai des armes, est-ce qu’on les emmène? - Non, nous sommes à pied, là où on va, on t’en donnera”.

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