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16/08/2008

Automne 40. La vie en zone occupée:

Texte de Pierre-Jules RENOUX

Ma mère est rentrée la première à la fin juillet. Elle trouve dans le nid familial 12 pensionnaires en uniforme qui consentent à lui laisser une chambre. Il faut qu’elle se débrouille pour faire remettre des vitres et réparer les portes. Elle récupère dans le village quelques effets et meubles du patrimoine qui avaient été utilisés par les vagues successives de réfugiés ou de militaires. Bref dans ce domaine, nous n’avons été ni plus ni moins pillés et sinistrés que la plupart des gens des régions envahies. Avoir 4 mûrs et le toit sur la maison, c’est déjà pas mal.
Mon père, à la mi août, a rejoint son poste à Montcornet en zone interdite, Janine est à Colombes chez sa tante et se remet petit à petit des terribles épreuves du mois de juin. Claude et moi rentrons à Longpont dans la première quinzaine d’octobre, car il a fallu attendre que les douze Feldgrau quittent les lieux. La vie reprend donc un cours à peu près normal.

Dégâts de l’attentisme et du pétainisme:

Dans une baraque Adriant jouxtant le bureau de poste logent une petite vingtaine de prisonniers français. Ils sont là parce qu’il n’y a pas assez de place dans les camps en Allemagne près de 2 millions de prisonniers en moins de 2 mois, Hitler n’avait pas prévu ça. Ils sont donc en semi-liberté en attendant. Un sous-off allemand vient tous les lundis faire l’appel. Les vingt KG-Kriegsgefangenen, sont occupés à de menus travaux dans le village, nettoyages, réparations diverses. Nous leur parlons souvent et leur disons: “Barrez-vous, on va vous trouver des vêtements civils. Les boches ont autre chose à faire que des occuper de vous. ‘Oh non, c’est pas la peine, de toute façon Pétain a dit que l’on serait libéré avant l’hiver”.
Un seul prendra le risque, c’était un normand, Pierre L’Honorey de Baynes dans le Calvados ( Il devint le parrain de Pierre-Paul RENOUX, fils de Claude) Ma mère lui fournit des habits de mon père et il rentra chez lui très tranquillement. Il se fit régulièrement démobiliser à la gendarmerie sans jamais être inquiété. Ce fermier normand nous envoya tous les mois, sauf l’été, et pendant 5 ans, un kilo de beurre. Claude et moi après l’armistice allâmes passer à tour de rôle huit jours dans sa ferme pour nous requinquer. Quant à ses copains qui s’étaient fiés aux promesses de Pétain, ils furent embarqués trois semaines plus tard, direction la Poméranie dans les cantonnements que les allemands leur avaient préparés.

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